‹ Cours théorique et pratique d'accouchemens (volume 3)Chapitre 13 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Physiologie et hygiène de la femme en couchas.

Ce serait une grande erreur de croire que l'accouchement , tel que nous l'avons examiné, fut une maladie proprement dite, puisque tout s'y passe conformément au vœu de la nature. A la vérité, la femme souflfre pour se débarrasser du produit de la conception; on dirait même que tout son corps s'ébrame et se disloque, pendant que l'enfant traverse la filière du bassin. Mais que ces douleurs et ces agitations sont différentes de celles qui tiennent à une lésion d'organes et de fonctions Elles n'ont ni la même cause, ni le mêiùe caractère, ni la même continuité. D'ailleurs, les suites en sont rarement fâcheuses par elles-mêmes , attendu qu'elles sont aussi naturelles que le principe d'où elles dérivent. En un mot, l'état d'une femme nouvellement accouchée appartient plus à la physiologie qu'à la pathologie, et les ressources de la tnérapeutique y sont moins Indiquées et moins nécessaires que les préservatifs de l'hygiène. Exposons donc succinctement les principau'x phénomènes qui suivent l'accouchement naturel, afin de mieux faire sentir 1 utilité des soins que la femme exige après la déhvrance et pendant tout le temps des couches.

t^ PRINCIPES

articîLe premier.

Des suites de Vaccouchement naturel.

Quand on se représente les eâbrU de la femiàe en travail , surtout dans un premier accouchement , faut>il être surpris qu'elle en soit fatiguée et même harasse'e? Aussi, dès qu'elle est délivrée^ malgré le plaisir qu'elle éprouve d'être mère, se plaint^lle toujours d'un sentiment de faiblesse ou de lassitude, comme après un exercice violent ou une marche forcée. Il lui semble pendant quelque temps que tout son corps a été meurtri, comme dans une courbature générale. Ses membres sont endoloris ; le bas-ventre,la matrice et la vulve ont plus de sensibilité ; le visage est moins coloré, l'œil moins vif, la voix moins sonore, le pouls moins fort et moins fréquent ; la femme ne sent plus la même chaleur ; quel-

?uefois tout son corps frissonne. Pendant le travail , tout était a&ns état d'érétisme et de tension ; après l'accouchement , tout est dans l'état d'atonie et de relâchement. La femme ne soupire plus qu'après le repos ; quelquefois même elle s'endort sur le lit de travail , et ce premier sommeil est un bienfait de la nature, qui ne con-* tribue pas peu à la délasser et à réparer ses forces.

Cependant cet état de faiblesse et de prostration qui succède k l'accouchement n'est que momentané ; bientôt les propriété» vitales reprennent de } énergie ; la chaleur se ranime, le poub se réveille, une légère moiteur se répand uniformément sut toute la surface du corps, et la femme éprouve un sentiment de bien-aise qui, en lui faisant oublier les douleurs de l'enfantement , lui laisse 1 intime conviction d'une santé entière ou facile à réparer.

La matrice en particulier oflVe des phénomènes qui méritent de fixer l'attention du médecinvaccpucheur. Aussitôt qu'elle est débarrassée du produit de la conception , elle se resserre par sa contractilité naturelle 5 mais elle ne revient pas surJe-champ à son volume ordinaire ; ses parois restent encore plus ou moins engorgées , et les différens fluides qui les abreuvent ne s*en expriment que d'une manière lente et successive. Dans les premiers momens après la délivrance, on voit couler par la vulve un sang pur qui s échappe par les extrémités encore béantes des sinus utérins ; au bout de quelque temps, il ne sort plus que des caillots noirâtres

J)lus ou moins volumineux. A mesure que lia matrice se contracté , es vaisseaux en deviennent plus tortueux, et perdent de leur calibre. Passé les premières vingt-quatre heures , il ne coule par la vulve qu'une sérosité roussatre, qui prend bientôt une apparence puriforme, et qui ne se supprime que pendant la fièvre de lait. Enfin, cette espèce d'écoulement utérin devient blanchâtre, et acquiert une odeur particulière, à laquelle un accoucheur exercé ne saurait se méprendre ; les taches qu'il laisse sur le linge ressem^ blent à.peu près à celles du lait.

Telles sont donc l'origine, la maréhe et la distinction des lochies ou vidanges que les auteurs, plus attentifs à la couleur qu'à la

DE L'ART DJBS ACCOUCHEMENS. ' ijj

nature de cette excrétion utérine, divisent en sanguines, en séreuses et en puriformes ou laiteuses.

Les premières ne durent guère que pendant vingt-quatre heures, les secondes pendant trente -six ou quarante>huit. heures, jusqu'à la fièvre de lait ; les dernières se prolongent pendant quinze ou vingt jours, quelquefois jusqu'à six semaines ; à cette époque il est fort difficile de les distinguer d'avec la leucorrhée ou fleurs Uanches, auxquelles tant de femmes sont sujettes , surtout dans les grandes villes.

Quelle méprise" ne serait-ce pas de comparer, comme l'a fait Van-Swieten, ces trois espèces de lochies aux phénomènes que présente une solution de continuité, par exemple, une plaie! Dans celle-ci , le sang coule d'abord à cause de la division des vaisseaux ; bientôt après il ne suinte plus de ses bords qu'une sérosité roussâtre , qui disparait durant Tintlammation ; enfin, la suppuration arrive, les bords s'affaissent, et la cicatrisation s'opère. Mais après l'accouchement naturel, que voit-on de semblable dans la matrice? D'abord, ce viscère ne souffre aucune sorte de lésion ; car le placenta et les membranes n'étant que contigus à sa surface interne , leur décolleqient ne peut être ulie véritable déchirure , comme le supposait le célèbre commentateur de Boerhaave ; donc on n'a point à redouter l'hémorrhagie , l'inflammation , ni la suppuration qu'on observe dans une plaie ; et la prétendue analogie de ces phénomènes avec ceux des lochies n'est rien moins qu'exacte. Si la matrice, après Taccouchement , rend d'abord du sang pur, et ensuite une sérosité dont la couleur ressemble à celle du pus ou du lait , ce n'est

Sas parce qu'elle s'est enflammée , mais parce qu'elle achève de se égorger pour revenir à son volume naturel. Les lochies ne ressemblent pas non plus aux fleurs blanches , quant à leur origine ; car celles-ci tiennent à une irritation accidentelle de la membrane interne de la nlatrice, et celles-là ne sont qu'un effet de la contraction naturelle de ce viscère.

Quoi qu'il en soit de la manière d'expliquer la génération des lochies, cette espèce d'excrétion utérine varie suivant une foule de circonstances, tant individuelles qu'hygiéniques , telles que le tem-

J)érament , la constitution , l'âge et la manière de vivre de la femme , e régime qu'elle suit dans ses couches , la sensibilité propre des organes génitaux , la saison , le climat , l'état habituel de la menstruation , les affections morales. L'expérience atteste aussi que l'allaitement diminue l'abondance et la durée des lochies. Mais rien n'est moins prouvé que l'influence attribuée par Hippocrate au sexe de l'enfant sur l'écoulement lochial de la mère. Une fiUe n'est ni plus impure qu'un garçon , ni plus propre à prolonger la durée des vidantes.

Les parois de la matrice ne se dégorgent pas toujours avec facilité , parce que les extrémités de ses vaisseaux sont dans un état de spasme ; d'ailleurs les caillots qui se forment dans la cavité de ce viscère, après l'accouchement naturel , peuvent y être retenus plus ou moins de temps, à cause de leur volume excessif, ou à cause du

resserrement de Torifice utérin. De là , de nouydles contractions et de nouveaux efforts pour les expulser; de là enfin ce94oiilei}rs plus ou moins s^nblaUes à celles du travail , et ausHjueUes on ^ donné le nom (le tranchées utérines. Elles sont plus ou moin» aiguës, sui« vaut la sensibilité de l'individu, et surtout de la matrice en parti-^ culier. On les observe plus tôt ou plus tard , mais toujours dans les premières vingt-quatre beures qui suivent la délivrance; leur durée varie depuis un ou deux jusqu'à trois ou quatre jours. La femme en est peu tourmentée après un long et pénible accoucbement , soit

Sarce que la matrice a eu jdns de temps alors pour se dégorger urant le travail, soit parce que son orifice, trop relàcbé, ne peut se contractei: que fiûblement pour s'opposer à rissue des cailbts. Voilà sans doute pourquoi , après le premier accoucbement , qui , l;outes cboses égales , est plus long et plus difficile que les autres , l'absence des tranchées utérines dédommage de la violence et de la durée des souârances qui ont précédé.

Ces sortes de douleurs consécutives , quand eUes sont causées par la résistance d'un caillot , s'étendent et se dirigent du nombril vers le siège , comme celles du travail Elles ne sont pas continues ; elles sont an contraire entrecoupées par des intervalles qui deviennent de plus en plus longs, et dans' lesquels ri^i ne coule delà matrice. Seulement le calme qui succède à chacune d? ces quintes douloureuses est marqué par un caillot on par un liquide dont k feiôme se sent momUée. Tels sont les caractères qui distinguent cette espèce de tranebées , d'avec cdles qui sont occasîonées par l'engorgement des parois de la matrice ou par la crispation de ses extrémités artérielles. Celles-ci attaquent ordinairement les femmes qui sont tourmentées de coliques durant la menstruation; elles sont plus douloureuses et plus opiniâtres que les pi*écédentes , et ne sont point suivies de caillots de sang. Enfin elles laissent la matrice vohiiàineuse et son orifice toujours ouv^t ; d'où il résulte quis le sang coule en même temps. ^

Du troisième au quatrième jour après la délivrance, quelquelois plus tôt, rarement plus tard, lorsque les locbies puriformes cessent, et pendant que les tranebées durent encore, il s'opère, dans toute l économie de la femme, .une espèce de trouble ou de révolution ép^iémère, à laquelle on donne le nom àejîèvre de UUt; peut-être mérîterait-eUe encore mieux celui àejièffre puerpérale^ parce qu'elle est une suite naturelle de l'accoucbement. Quoi qu'il, en soit, les physiologistes ne sont pas d'accord sur la cause de ce mouvement fébrile. Les plus vulgaires l'attribuent au reflux du lait qui, après raccouchement, se porte de la matrice aux mamelles, comme si ce liquide avait été destiné à nourrir le fœtus durant la grossesse , ou s'il ne s'était pas déjà formé dans le sein de la mère avantJa fièvre de lait , et mêmç quelque£[>is avant le travail de l'enfantement. Van-Swieten, en adoptant en partie l'opinion précédente, regarde cette fièvre comme un effet de l'inflammation et de la suppuration utérines qui succèdent à la délivrance. Mais nous avons déjà fait sentii* tout le vide -et tout le ridicule de. cette bjpotbès^.

Ënfia , ne i^erait-ce pas confondre Teifet àvee la câtise, que d^ttrlbuer uniqUetnent la fièvre de lait à la distensioa d^ mamelle ^ comme Tenseigne le professeur Monteggia? Tout nous porte doue à croire que cette révolution laiteuse n'est qu'une sorte de cHsê provoquée par la nature , pour rétablir l'équilibre dam^ tout Torganisme de la femme. En effet, pendaht la grossesse, la matrice était devenue un centre d'action ou de vitalité , qui maîtrisait, pour ainsi dire , toutes les fonctions, et les faisait concourir d'une manière plus ou moins immédiate au développement du fœtus. Mais l'accouchement terminé, ce viscère se contracte, et repousse les monveâiens flùxionnaires qui venaient y aboutir, et dont il n'a plua que faire. De là cet embarras momentané , cette pléthore vas^^ulaite, en un mot, cette réaction fébrile qui n'est que le premier degré de la fièvre inflammatoire , et dont le résultât est la direction des propriétés vitalqs vers les mameUcs, où dlés augmentent et perfectionnent l'excrétion laiteuse.

Toutes les femmes ne sont pas également disposées à la fièvre de lait. Celles dont la transpiration est très-abondante en sont presque exemptes ; il en est de même de celles qui nourrissent ; de celles •q'ui ont peu de lait , de celles qui se livrent habituellement à dés trA- Taiix péniUes , de celles qui vivent avec sobriété, et de celles qui ont des règles modérées.

Quelques praticiens assurent avoir observé cette fièvi^e durant le travail; mais it est diffidle de condevoir une telle anticipation^ surtout quand l'accouchement est naturel. Si la révolution laitçuâe n*a pour but que de favoriser la sécrétion ou l'élabbratioii du lait dans le sein, pourquoi s'opérerait-elle avant que le fœtus ait cessé de communiquer avec la matrice, ou avant qu'il soit venu au monde ? Il est vrai que , chee plusieurs femmes , les mamelles sont

forgées de lait avant l'accouchement , ou pendant l^s dçr^ers mois e la grossesse ; mais ce n'est point là un eSet dé la fièvre dont nousparlons. Ce n'est qu'un résultat de la sympathie ou correspondance entre la matrice et les mamelles : sympathie admirable que le père de la médecine avait si bien obsei^vée ^ et qui démontre que l'intention de la nature n'est pas d'abandonner l'enfiint après sa naissance. Au début dé la fièvre de lait , la nouvelle accouchée ressent un peu plus de malaise qu'à l'ordinaire; sa peau est plus^ sèche; quelquefois elle éprouve des frissons vagues. Peu de temps après , il se forme vers le sein une sorte d'irradiation que des physiolpgiste»^ attribuent à l'ascension du lait ; les mamelles se gonflent , se tendent , et deviennent douloureuses ; il s'y manifeste des élancei^oens ;. les lochies se suppriment; peu à peu le pouls s'anime et s'accélère ; la respiration se presse , la chaleur augmente ;• le visage se colore ; les yeux étincellent , la soif est plus ou moins vive ; il y a constipation , mal de tête, quelquefois une sorte de léger délire ou de rêvasserie. Dans la plus haute période , le gonflement du sein se pro- 5 âge jusqu'aux clavicules et aux aisselles. La femme alors est obligée 'écarter les bras , qu'elle ne peut approcher du tronc sans souflrir ; ia respiration est plus bu moîn^ gênée^

,8o PRINCIPES

Cet état d'érétîsme ou d'excitation nedure guère que vingt-quatre heures , au bout desquelles il survient une détente générale. Alors tous les symptômes s'apaisent 9 les lochies reprennent leur cours, la femme se plaint de picottemens incommodes, et se sent bientôt inondée d'une sueur abondante , dont l'odeur aigre fait croire au vulgaire que le lait s'écha{>pe par les pores de la peau. Le ronflement du sein diminue aussi , et le lait coule , pour ainsi dire , à flots. C'est ainsi que se juge la fièvre de lait, et que le calme se rétablit dans toute l'économie.

On peut encore considérer comme une des suites de l'accouchement , même le plus naturel , le relâchement des parois abdominales, ainsi que les rides ou les verçetures qui en sillonnent la surface cutanée. La matrice, en se aéveloppant d'une manière lente , mais continue et graduée, repousse le péritoine , les muscles abdominaux , le tissu cellulaire et la peau. Distendus outre mesure pendant la grossesse, et fatigués parle travail de l'accouchement , ces organes tombent, après l'expulsion du fœtus, dans une sorte d'atonie qui ne leur permet plus de recouvrer leur ancien état. C'est de cette même cause que dépendent la disposition à la lipothymie ou à la syncope , et l'engorgement des viscères abdominaux chez la femme qui vient d'accoucher. Le vide plus ou moins

f)rompt de l'abdomen, joint au relâchement de ses parois, fait que e sang et les autres fluides n'éprouvent plus la même résistance en Earcourant les vaisseaux qui arrosent cette cavité splanchnique. s y affluent donc des parties supérieures et s'y précipitent , comme après la déplétion trop subite de l'abdomen chez un hydropique à qui l'on fait l'opération de la paracenthèse.

ARTICLE n.

Des soins que la femme exige après la déUirance,

Si la femme n'est point malade après un accouchement naturel , elle est au moins disposée à le devenir ; car elle a été plus ou moins affaiblie par le travail, et sa sensibilité s'est exaltée; la matrice conserve plus de volume et de pesanteur qu'à l'ordinaire , ce qui la rend plus sujette à se déplacer ; les parois abdominales sont flas-

2ues et presque sans ressort ; le vagiû et la vulve ont été distendus , 'oissés , contus par la tête du foetus ; enfin , les lochies peuvent se déranger, et la révolution du lait peut être plus ou moins orageuse. Concluons donc que, si la femme doit se passer de médicameus après un accouchement conforme au vœu de la nature , elle a néanmoins des précautions à prendre ou des écarts à éviter, jusqu'à ce que tout soit rétabli dans l'ordre.

Immédiatement après la déhvrance , que l'accoucheur s'empresse de porter une main sur l'hypogastre de la femme , pour examiner si la matrice se contracte , ou revient sur elle-même. C'est alors un bon signe que de trouver au-dessus du pubis et sous la vessie un corps de la grosseur du poing , dur et arrondi ; c'est une preuve que la matrice jouit de sa contjractilité , et qu'on n'a point k craindre

DE L'ART DES ACOOtTCHEMENS. idi

rinertie de ce viscère, ni l'hémorrhagie qui en dépend. Que si Ton trouve, au contraire, en palpant Thypogastre, un corps mollasse et sans énergie , il faut y pratiquer de légères frictions , pour exciter les contractions utérines. La maiu ne découvre-t-elle rien qui indique la présence de la matrice, ou àent-elle un vide en forme de C4il-ae-lampe , il est à craindre que c^^îscère n'ait été entraîné ou son fond renversé par la délivrance ; on s'en assure alors , en introduisant sur-le-cnamp le doigt indicateur dans le vagin , et on prend les mesures nécessaires pour replacer ou réduire la matrice.

Lorsque ce viscère s'est dégorgé, et qu'il ne rend plus de sang liquide , il faut changer la femme de lit , à moins qu'on n'ait à craindre des accidens. Plus on la laisse sur le lit de travail après la délivrance, plus elle est agitée ensuite, quand elle passe dans celui où elle doit rester le temps des couches. D'ailleurs , le repos qu'elle prendrait sur le premier ne serait qu'imparfait et peu salutaire à cause de l'ordure et de l'humidité dégoûtante où . elle croupirait. .

Qu'on se garde bien de pernfettre à l'accouchée de se tenir detout ou de marcher pour se rendre à son lit; il faut qu'on l'y transporte, mais avant on a soin de la changer de linge. On renouvelle sa coiffure , surtout quand elle a sué pendant le travail , et on couvre plus ou moins sa tête , suivant l'habitude et la saison ; on lui passe une chemise propre , pour l'ordinaire fendue len devant , qu'on a soin de sécher et de chauffer légèrement ; on garnit son cou et ses épaules d'un fichu, et on lui lait endosser une camisole plus ou moins chaude, suivant la température. habitudle de l'air. On lui applique aussi une serviette ouvrée ou un morceau d'ouate sur le sein , pour le garantir du froid , si c'est en hiver ; et on lui entoure le ventre d'un bandage médiocrement serré, ou d'une ceinture élastique, pour en soutenir les parois, pour prévenir la syncope , ainsi que la hernie et l'engorgement des viscères , abdominaux ; peut-être aussi pour favoriseçp l'écoulement des lochies , et pour rendre les tranchées plus supportables , en fournissant un point d'appui à la matrice.

Il est des femmes qui compriment leur sein , et y appUquent même des topiques astringens^ pour empêcher le lait de s y porter, et d'en altérer la forme et la beauté; c'est à l'accoucheur de s'élever contre de tels abus , et d'en faire sentir les dangereux inconvépiens. Une mère peut-elle être assez légère et assez imprudente pour acheter, au prix de sa santé et de sa vie, le futile ayantage de conserver (Juelques appas? Peut-il y avoir pour elle de plaisir comparable à celui qu'elle goûte en allaitant ses enfans?

Peu, Maunceau et de Lamotté se sont aussi récriés contre le bandage de corps; mais, loin de le proscrire entièrement, ils n'en ont condamné que le mauvais usage. Il y a des femmes qui , pour diminuer leur ventre après Taccouchement , pour en prévenir les rides , et surtout pour recouvrer cette finesse de taille que 1^ grossesse avait fait disparaître , se font, pour ainsi dire , garrotter le corps au-dessus des hanches, et s'exposent ainsi à l'inflammation

iga PRmCIPES

des viscères abdominaux, à la suppression dès iochies, i Fapoplexie , etc. Or, de tels accîdeiis ne sont point à craindre quand on applique sur le ventre de raccouchée un bandage simplement contentîf, telquele conseillenftSmellie, Antoine Petit, Bauddocqne, Alphonse Le Roy , et tous le^ bons praticiens.

Deux serviettes suffisent pâ«^r ce bandage ; Pune , douce et mcllette , est pliëe en forme de carré ou de triangle , et appliquée Stir rhypogaslre ; Tautre , plus forte , est pliée en long , et fait le tour du corps. Comme le volume de la matrice diminue chaque jour, et que le ventre s'aflaîssé , ce bandage se relâche', et Se déplace nëcessairement ; on doit donc le renouveler de temps en temps, et le serrer un peu plus chaque fois.

La femme ainsi habillée , le sein garni , et le ventre soutenu, on essuie légèrement avec une éponge trempée dans l'eau tiède , on dans une décoction mucilagineuse , les parties génitales externes , et le haut des cuisses , qui ont été plus ou moinà souillés de sang. On applique ensuite contre la vulve, sans la boucher exactement, un chaufl'ôir ou un linge plié en plusieurs doubles, blanc de lessive, sec et pas trop rude ni trop froid. Enfin, on transporte la femme dans son lit, qu'on a soin de préparer d'avance , en. le garnissant de draps blancs, d'alèzes et de couvertures, suivant la saison. Si le temps est rigoureux, on y passe la bassinoire pour en ôter l'humidité ; mais alors on attend que les vapeurs , dégagées de la braise ou du charbon, se soient oissipées, avant d'y placer la femme.

Tels sont les soins qu'exige FaicCouchée depuis la délivrance jusqu'à ce qu'elle soit dans son lit. Passons maintenant aux soins et au

résfime de la femme en couches.

éP ■

ARTICLE m.

Des soins et du régime des femmes en couches.

Que l'appartement de la femme en eoaches soit parfaitement sain ; qu'on le choisisse commode, Taste, propre, bien aéré, loin du tumulte et du grand bruit. Celui qui donne à l'est ou au nord est préférable à celui qui regarde le midi ou le couchant. En hiver, on y allumera du feu pour en adoucir la température et pour en dissiper l'humidité. Dans le cœur de l'été, on y^entretient une douce fraîcheur, en y tenant de Peau en évaporation , ou en l'arrosant de temps en temps. L'air doit être pur et exepipt de tout mélange nuisiUe ou délétère , tel que la vapeur du charbon , les miasmes des marais ou des hôpitaux , les émanations des latrines, l'odeur des poêles , et même de certaines fleurs-qui portent à la tête ; qu'on le renouvelle aussi de temps en temps pour le purifier, le matin en été, et l'hiver à midi; qu'on enlève soigneusement l'urine, les excrémens, le linge sale et surtout l'arrière-faix , après que la femme est délivrée. Le jour, lorsque la lumière sera trop vive , on en modérera l'impression en fermant les volets , et la nuit on se

DE L'ART DES ACCOIT/GHEMENS. ^

contentera d'aQ tuner une simple reilleuse, q^n'on aura soin de cacher dans la ehemmëe , ou de placier dans une pièce voisine.

Le lit de l'accouehée doit tenir un juste milieu entre une dureté excessive et une mollesse voluptueuse. U ne sera place ni dans l'en^ droit où l'air circule trop librement , comme auprès de la porte ou des croisées , ni dans celui où il croupit, comme dans les alcôves trop enfoncées ; les rideaux n*en seront fermés exactement que pendant le renouveUement de Taiv. C'est ici que la plus grande propreté est nécessaire; qu'on ehange donc les alèzes, .les cbauf* foirs , les bandages, même les draps et le linge de corps, toutes les £ùâ& qu'ils ont été mouillés par la sueur ou salis par l'écoulement des vidanges. Rien de plus opposé aux préceptes de l'hygiène que de laisser la femme dans les mêmes vêtemens jusqu'au septième jour; il faut seulement avoir l'attention , quand on la change , de n'en jamais donner de froids ni d'humides.

Antoine Petit conseillait aux femmes de se faire couper les che- Teux avant d'accoucher ou à la suite des couches, pour favoriser la transpiration de la tête ; mais cette pratique ne serait pas moins dangereuse ici qru'après une maladie aiguë. La chevelure est le vêtement naturel de la tête ; l'en dépouiller, c'est l'exposer à l'im-

Sressîon plus ou moins brusque du froid , et aux maux qui en érivent , surtout lorsque le corps a été plus ou moins anaibli , comme après l'accouchement. Que la femm« qui porte de la poudre se peigne à fond avant d'accoucher, c'est une très-bonne précaution. En se décrassant ainsi la tête , eUe prévient la céphalalgie , et peut-être aussi des éruptions que causeraient la pommade et la poudre en s'échauflant ou en s altérant sur le cuir chevelu.

Chez la femme eti couches , on doit surtout avoir soin d'entretenir la propreté de la vulve et des parties génitales externes. On y fera donc de temps en temps des lotions adoucissantes avec quelque décoction mucilagineuse , telle que l'eau de guimauve , ou le lait dans lequel on aura fait bouilHr une poignée de cerfeuil. Qu'on se garde bien d'y appliquer des spiritueux ou des astringens; car, outre que ces topiques pourraient supprimer les lochies et enflammer les parties déjà irritées par le travail de l'accouchement , ils ne produiraient point l'eflet qu'on leur attribue et qu'on désire , de rendre à la vulve sa tonicité et son élasticité naturelle. Si Ton ^t obligé de consentir à de telles applications , que ce ne soit au moins jamais pendant les* premiers jours des couches, mais seulement ^ après l'écoulement des lochies , époque où elles peuvent être inu-^ tiles , mais jamais nuisibles.

Quels alimens faut-il accorder à la nouvelle accouchée ? doit-elle observer une diète sévère , comme si elle avait été dangereusement malade? Non : celle qui nourrit n'a presque rien à changer à sa manière de vivre ordinaire , parce que les suites de ses couches sont rarement orageuses; quant aux autres, on doit avoir égard à lage, au tempérament, à l'appétit, à l'habitude, et surtout à la Manière dont l'accouchement s'est terminé. C'est un usage asse» généralement reçu de leur, faire prendre un bon consommé ou

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un verre d'eau rougîe après la dëlivrance; ensuite ou.leur^sert deux ou trois potages légers par jour, au riz ou autrement, jusqu'à la fièvre de lait , pendant laquelle on ne leur donne que du bouillon et de la tisane ; après cette révolution , on leur permet un peu de légumes bien préparés , des œufs frais , du poisson léger, du

Soulet rôti ou bouilli. Ce régime peut convenir à quelques indivîus privilégiés, doués d'une bonne santé, dont le travail de l'accouchement a été court , peu laborieux , et dont rien ne trouble l'état ou disposition babituellement saine ; mais on doit être plus réservé pour les alimens 4 l'égard des nouvelles accouchées , qui sont dans des conditions moins avantageuses. Dans tous les cas , la sévérité est ici moins redoutable que l'excès contraire.

Toutes 'les femmes n'ont ni le même goût, ni la même force digestive ; elles ne peuvent donc prendre toutes ni la même qualité ni la itiême quantité de nourriture. Dans le repas , on leur donne pour boisson un peu de bon vin coupé avec un tiers ou partie égale d'eau. Dans les intervalles , rien de plus propre à prévenir ou à. modérer la soif, que l'eau d'orge, de chiendent ou de réglisse , l'eau sucrée , ou l'eau commune édulcorée avec un peu de sirop de guimauve, de capillaire,. de vinaigre ou de groseille, suivant les circonstances. Une légère infusion de fleurs de tilleul, de camomille ou de feuilles d'oranger, de mentbe ou d'hysope , est plus ou moins indiquée , selon que la femme est nerveuse , tourmentée de flatuosités ou dans un état de relâchement. Que l'accoucheur ne soit jamais assez complaisant pour permettre certaines boissons usitées parmi les femmes du peuple , telles que les rôties au sucre et à la cannelle, l'eau-de-vie, le café pur, etc. Ces liqueurs excitantes et incendiaires , tout au plus tolérables chez la femme faible et lymphatique , prod^iiraient les plus grands désordres chez celle qui serait naturellement sanguine et irritable.

Des accoucheurs placent l'accouchée horizontalement sur le dos, et lui interdisent toute espèce de mouvement pendant les premières vingt-quatre heures ; mais à quoi bon cette gêne , surtout quand il n'y a point d'^accident à craindre? Rien ne délasse autant la femme que la liberté de se mouvoir dans^son lit, de se placer sur le côté ou de se lever sûr son séant. Cette dernière attitude peut mgme favoriser l'écoulement des lochies , dissiper le mal de tête , l'anxiété ou le malaise que peut causer le séjour du lit.

Adopterons-nous la pratique de de Lamotte, qui défend à la femme de dormir pendant les trois ou quatre premières heures après l'accouchement, sous prétexte de prévenir une perte utérine? Mais cet accident serait-il donc moins à craindre chez la femme qu'on irriterait en la tenant éveillée , pendant qu'elle serait invinciblement pgrtée au sommeil? D'ailleurs, cet état de repos s'opposerait-il à la contraction de la matrice , et l'expérience ne connrmet-elle pas que nombre de femmes s'endorment immédiatement après être accouchées , sans périr d'hémorrhagie ? Une précaution bien plus salutaire*' pour la femme , c'est qu'elle ne se livre à aucun exercice ayant la fièvre de lait; et s'il est nécessaire de faire son

Qoogle

DE L'ART DES ACCOtJCHEMENS- i85

lit , OU d'en changer leç draps et les alèzes , qu'on la transporte sur un autre préparé à cet eflfet. Elle peut se lever un peu chaque jour, après la révolution laiteuse ; mais elle ne doit marcher où rester debout qu'après neuf ou dix jours ; encore si les symphyses ou articulations du bassin avaient été excessivement relâchées durant la grossesse , ou fatiguées par le travail , devrait-elle garder le lit pendant plusieurs semaines , et observer le repos , sous peine de claudication. Quant à sa première sortie, elle fera très-bien de la diflférer jusqu'à la cessation des lochies, et elle choisira pour cela un jour où Tair ne sera ni froid ni humide ; elle aura soin de se bien vêtir, et si la religion la conduit au temple, qu'elle y soit peu à genoux, et qu'elle y reste seulement le temps nécessaire pour la cérémonie ; qu'elle n'oublie pas surtout ce jour-là de porter son bandage de corps : on ne doit le quitter qu'au bout de six semaines ou de deux mois, et la prudence veut que, pendant cet intervalle, on évite soigneusement tout ce qui peut être contraire à la santé , tels que les aliméns de mauvaise digestion , les exercices qui fatiguent, etc.

Rien de plus vulgaire que d'attribuer au lait la plupart des maladies qui attaquent les femmes, même long-temps après leurs couches. De là aussi l'idée triviale de lait répandu ou dévié , et cette foule d'anti-laiteux qui surchargent les anciennes pharmacopées : prétendus spécifiques qui , au fond , ne sont autre chose que des purgatifs, le plu^ souvent drastiques, diurétiques, ou des sudorilîques. Mais la science n'est-elle pas trop avancée aujourd'hui , pour adopter de tels remèdes , et ne sait-on pas que , sans la succion habituelle , la sécrétion du lait ne continue pas long-temps de se faire aux mamelles? Qu'on laisse donc agir la nature, qui setile est capable de rétablir l'équilibre dans l'économie de la femme. Entreprendre de la diriger mal à propos , c'est lui faire prendre nue fausse route; c'est porter le trouble et le désordre dans une opération qui ne demande qu'un peu de patience et quelques légères précautions. Que la femme ne commette aucun écart dans le régime , voilà le point essentiel. Dès-lors tout ira comme de soimême et parfaitement bien. L'urine coulera avec facilité , le ventre sera libre, la peau transpirera, les lochies continueront leurs cours , et le lait tarira ou disparaîtra peu à peu des mamelles. La femme n'aura donc pas besoin de recourir aux purgatifs pour réveiller la paresse de l'intestin , ni de charger sa tête de bonnets ou son corps de couvertures pour provoquer la sueur ; q;U'elle prenne quelques^ la^vemens , si eue est trop constipée ; qu'elle aiguise sa tisane ordinaire avec quelques grains de nitre , et qu'elle en boive plus qu'à l'ordinaire durant la fièvre de lait ; cela suffit pour favoriser l'abondante moiteur qui paraît être la terminaison critique de cette révolution éphémère , après laquelle la santé se rétablit et tout rentre dans l'ordre.

C'est une vérité généralement reconnue que la femme jouit d'une extrême sensibilité durant ses couches, et que le Système nerveux acquiert chez elle une mobilité et une susceptibilité qu'un

rien peut ébranler. Que de mena^enijeiiis n'exige~t-elle donc pas aussi sous le rapport du moral ! Il xaut bien se garder de l'aigrir et de l'irriter ; des sensations douces, des p^ssion$ modérées, des affections calmes , voilà ce qui lui convient. La colère , la terreur, la joie excessive, la tristesse et le chagrin, Tamour et la haine troubleraient son âme , et achèveraient de bouleverser Fécoi^omie ,

que la peyte ou lé gain d'un procès mort , la maladie ou l'absence d'un époux ; qu'on ne lui permette non plus aucune lecture qui puisse la captiver ou l'émouvoir. L#e sexe de l'enfant doit lui être soigneusement caché jusqu'à ce qu'elle se soit famiUarisée ou habituée avec le plaisir d'être mère. S'il vient au monde privé de la vie ou mal conformé , c'est un malheur qu'il ne faut lui annoncer qu'avec discrétion , et en prenant toutes les mesures pour en diminuer la gravité et l'amertume.

Il est assez naturel qu'une mère pleure et se lamente quand die voit emporter son enfant par la nourrice : on tâchera donc de modérer le chagrin que cause cette séparation , et on ne l'abandonnera point à elle-même , de crainte qu'elle ne s'abime dans sa douleur. Une précaution bien essentielle , c'est de consigner à la porte de l'accouchée toutes les personnes importunes que l'étiquette ou la mode amène chez elle pour la féliciter. Lesparens, quelques amis , et les gens indispensablement attachés à son service , sont les ^euls qu'on puisse introduire auprès d'elle ; mais on doit éloi—

fner, sans distinction , tous ceux dont la présence pourrait trou- 1er le calme et le repos dont elle a besoii^ , tant au moral qu'au physique. Les anciens savaient bien apprécier l'état de la femme en couches , et l'on ne peut qu'applaudir aux mesures qu'ils avaient adoptées pour la mettre à l'abri de tout accident, A Sparte , elle était affranchie de tout compliment fade , ennuyeux et mensonger; à Rome, on suspendait une couronne à la port^ de la maison qu'elle habitait , comme pour avertir les passana et les voisins de respecter cet asile; enfin, dans des temps plus modernes encore, le magistrat de Harlem n'accordait-il pas une espèce de sauve-garde à la demeure d'une femme en couches , et l'approche n'en étaitelle pas défendue aux créanciers , à l'appariteur et à tout suppôt de justice?

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