‹ Cours théorique et pratique d'accouchemens (volume 4)Chapitre 6 sur 63 · PL T · texte numérisé non relu

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Le fœtus avec ses dépendances forme une masse dont le volume s'accroît de joursen jour depuis la conception jusqu’à la fin de la grossesse. C'est là ce mobile ou ce corps sur lequel la matrice se contracte

durant le travail, etcontre lequel elle ne cesse d'agir

que lorsqu'elle l’a entièrement expulsé , ou qu’elle l'a

forcé de franchir les détroits du bassin et la vulve. “à

C'est donc une vérité incontestable, que le fœtus

doit être un objet de méditation pour le médecinaccoucheur ; car, s’il lui est important de connaître le bassin et la matrice , afin de calculer la résistance de l’un et la puissance de l’autre, combien n'est-il pas essentiel d'étudier aussi la forme ‘et les dimensions du mobile, dont l'exclusion est le gt que la nature se propose dans l'accouchement ?

Loin de nous la prétention de faire ici des recherches curieuses sur l’origine ou la formation du fœtus ; d’ailleurs , de quelle utilité seraient-elles pour la pratique ? Nous exposerons donc seulement les principales opinions ou plutôt les rêves de quelques physiciens sur le mystère de la conception ou de la génération dont le fœtus est le produit. Mais nous insistérons davantage sur la grossesse pendant laquelle les rudimens d’un nouvel individu se dé- veloppent dans la matrice , et de la quelle il importe essentiellement au praticien de bien connaître les signes caractéristiques. Enfin , : nous considérerons le fœtus parvenu au terme de sa maturité , et nous examinerons avec le plus de précision qu'il nous sera possible , le rapport de ses dimensions avec celles de la filière qu'il doit traverser pour venir

au monde. | #

ARTICLE PREMIER

Des Systèmes imaginés pour expliquer la génération ou la

L) formation du Fœtus.

Ne serait-ce pas une grande témérité, même une folie, que d'entreprendre de définir la sénération , puisque c’est un mystère que les plus grands génies n’ont encore pu dévoiler, pas même concevoir, depuis plus de quarante siècles ? On répète sans cesse que c'est une fonction naturelle par laquelle un individu reproduit son semblable ;. mais explique-t-on para comment s'opère cette repro-

* duction, ou quel en 6st le véritable mécanisme ?

Voilà cependant Le nœud:de la question qu'ils de rait de résoudre. (A

Au reste, cette espèce de définition , loin. d'être

exacte et rigoureuse, ne convient tout au plus qu'a

quelques animaux, tels, que: les oursins,, les étoiles

de mer et les polypes, qui se régénèrent seuls et

sans accouplement.

Mais il ne s’agit. point ici d'étudier les lois: que suivent les différéntes classes d'êtres pour se reproduire ; il suffit au médecin-accoucheur de soccuper de l'espèce humaine , la seule dont la régéné: ration ait du rapport avec l’art qu’il exerce. Que:lui importe , par exemple, de savoir que: chez certains inollusques et chez les reptiles qu'on nomme: batraciens, tels que la grenouille et Le crapand:, la femelle dépose d’aberd ses œufs à la surface de Veau, et qu’ensuite le mâle vient y répandre la semence qui les féconde ? Quelle utilité peut-il retirer des observations de Bonnet et des expériences de Spallanzani, de Rossi et de Buffalini, dont le premier assure que la femelle du puceron , une fois fécon-

dée , pent reproduire plusieurs générations , et les na autres sont parvenus à déterminer la conception em 1

injectant la liqueur spermatique dans la matrice d’une chienne en chaleur ? Les travaux de ces savan$ naturalistes ont-ils répandu quelque jour sur ke mystére de la génération ? en est-il moins constant aujourd’hui que cette fonction naturelle exige Vaccouplement dans l'espèce hüumañe, et n’est-on pas encore réduit à recherchée quelle manière le

| DE L'ART DES ACCOUCHÉMENS. / 79 mäle et la femelle concourent à la reproduction de l’homme ? Nr |

Cependant, que de systèmes n’a-t-0n pas in= ventés, et qué de conjectures n'a-t-On: pas hasardées pour arriver à la solution de ce problème ? Hippo- crate parmi les anciens, et après lui Démocrite, Empédocle ; Galien et Lucrèce ne voyaient dans les ovaires de lx fémmé que des organes qui fournissaient une liqueur prolifique analogue à celle de l’homme ; et, suivant la doctrine de ces philosophes, la formation du fœtus résultait du mélange des deux semences qui avait lieu pendant la copulation.

Aristote , le plus grand génie de son siècle, considéraïit la semence de la femelle comme une matière qui, modifiée ou vivifiée par celle du mâle , prenait la figure du fœtus ; telle qu’un bloc de marbre à qui ke ciseau du sculpteur imprime la forme qu’il juge à propos. | |

Maupertuis, parmi les modernes, en admettant le mélange des deux semences, supposait de lPattraction entre leurs molécules similaires ou destinées à former des parties semblables; opinion extravagantée , si jamais 1l en füt, qui, en assimilant la génération de l'homme à la formation des sels, la réduisait à une simple cristallisation.

C'était la néanmoins Ja chimère que Buflon avait adoptée et embellie des charmes de son éloquence ordinaire. Ce célèbre naturaliste regardait la $emericé da male ét de la femelle comme un asseni- blage de molécules ofgäniques vivantes ; Qui, par

76 | PRINCIPES leur mouvement continuel et par une sorte d'afinité respective, tendaient toujours à reproduire les parties du corps d’où elles provenaient; en sorte que celles qui étaient fournies par la tête, le tronc, ou les extrémités du père, ne pouvaient s'unir qu’à celles qui venaient dés mêmes parties de la mère; conception brillante, si l’on veut, spécieuse et capable de séduire, mais dont l'insuffisance saute aux yeux. Il resterait encore à expliquer la formation des parties sexuelles , si différentes dans les garçons et dans les filles. En vain l’auteur, pour suppléer à ce défaut, imagina-1-il que les molécules. émanées d’un sexe fournissaient la base ou le croquis de tout l'édifice, et que celles de l’autre en formaient le complément. Cette hypothèse > a premier coup d'œil, ne paraît ni moins défectueuse, ni moins dénuée de fondement que la première. Comment, en effet, les parties génitales du mâle A PURE one celles de la femelle, qui sont entièrement dissemblables ? Il arriverait done! alors qu'il n’y aurait point de sexes, ou qu'ils se raient incomplets > Si l’on n’aimait mieux les réunir À dans le même individu, et faire des hommes une. classe d’hermaphrodites. Quelle absurdité ! | Le système des séministes en général reposait donc sur une trop frêle base, pour être admis par les physiologistes. À la vérité, il semblait mieux Cadrer qu'aucun autre avec les faits , puisqu'il expliquait la génération des mulets , et cette espèce de nuance ou de ressbblan D béni que les. en-

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. n7 ‘fans ont avec le père et la mère. Mais il aurait fallu d’autres motifs pour croire au mélange ou à la combinaison des deux semences. Après tout, quelle preuve avait-on de la sécrétion du sperme dans les ovaires ? Était-ce le sentiment de volupté que la femme éprouve du côté des trompes, quand elle se livre aux plaisirs de l'amour ? mais ce n'est là qu’un effet de la sensibilité , qui est indépendant de toute sécrétion. Aurait-on allégué l'écoulement du fluide qui se répand hors des parties génitales pendant l'acte de la génération ? Mais il est des femmes qui ne rendent absolument rien, quoiqu’elles soient excessivement amoureuses.

D'ailleurs, cette liqueur n’est que la mucosité filtrée par les glandes du vagin et destinée à lubrifier ce conduit : vérité qui avait déjà été pressentie dans la plus haute antiquité , et dont le développement était réservé à la physiologie moderne.

Quoi qu'il en soit, l’opinion des anciens se soutint jusqu'au milieu du seizième siècle > époque où Sténon refusa la vertu prolifique aux ovaires, et ne les Considéra plus que comme des organes qui renfermaient de véritables œufs. Cet anatomiste, pour expliquer la génération, supposait qu’un ou plusieurs de ces œufs se gonflaient, après avoir été fécondés par la semence du mâle , qu'ils déchiraient leurs enveloppes et se rendaient le long des trompes dans la matrice , pour s’y développer jusqu’à la fin de la grossesse. FU

Il résultait de là que .la femme devait tir Ÿ 4 ,

78 | | à PR INC LPES k" le. fœtus tout entier, et que la semence du, mäle + ne faisait qu'en vivifier le germe. Enfin , l'homme Le ne donnent à l'œuf qu’unesorte d’impulsion vitale, Ta il fallait nécessairement que tous les enfans ressemblassent à leur mère et jamais à leur père. Deslors plus de mulets, ou d'animaux mi-parlis; plus de maux héréditaires à redouter dela part du père: conséquences entièrement opposées à l'observation, et bien capables de prouver da futilité d'un tel

système. F4 : D'ailleurs, ces prétendus œufs de Ja femme, qui les a vus? qui les a surpris dans leur passage, à travers les trompes ? Malpight, l'un des plus.grands fauteurs de cette opinion , croyait les avoir vus une ou deux fois seulement ; encore. n’étalt-ce,pas dans les vésicules de l'ovaire, comme Sténon l'avait avancé, mais dans la cavité du corps jaune qui,se | formait sur leurs débris. Valisniéri, son disciple et son émule, n'avait rien vu de semblable, Haller luizmême , qui a fait tant d'expériences pour.tàcher . de surprendre la nature sur le fait, n’a rençoniré | ni œuf ni germe, soit dans l'ovaire, soit dans des … trompes, avant le dix-septième jour qui suit Lai 0

couplement. A |

Mais peut-on croire àd’existence des œufs, quand les défenseurs: de cette hypothèse ne sont, point A d’accordentreeux ? Quelques-uns croyal ntque tous jh ces œufs étaient emhoités les uns dans iles sauires, du et qu'ils allaient toujours en diminuant depuis la première. femme dont l’oyaire! contenait. tous les 12

Al |

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 79 germes, jusqu'a celle dont l'ovaire ne contiendra plus que ‘le dernier rejeton de lespèce humaine: en sorte que les œufs de femme, dans le siècle où nous sommes, devraient être imperceptibles par rapport à ceux dela première mère, et cependant énormes par rapport.à ‘celui de la dernière. Or, qui pourrait concevoir toutes ces divisions , et calculer les pertes innombrables de tousices infiniment petrs ?

D'autres ont soutenu :qu’àa une certaine époque les œufs se nt dans l'ovaire , et y demeuraient plus :ou moins de temps, en attendant que la semence du mâle vint les vivifier; semblables aux œufs de la poule , ‘quine sauraient.éclore sans avoir.été fécondés par l'approche du coq.

Malgré ‘cette diversité ‘d'opinions , ‘le système des œufs réona pendant près d’un siècle dans les écoles, ‘et il aurait peut-être encore de la célébrité et de la vogue , si Lewenoek n’en avait ébranlé les fondemens. Armé de sa lunette > Ce physicien crut apercevoir des milliers d’animalcules dans la semence- du mâle. À l'en croire , ilavait fait le re censement de ce peuple microscopique , puisqu'il en portait le nombre jusqu'à dix ou douze millions. Al assurait ‘aussi qu'ils étaient oisifs , sans énergie et sans mouvement hors le temps des amours, mais . qu'ils frétillaient.avec une vivacité incroyable pendant l'orgasme vénérien. Enfin ; quelle subtilité dans la vue ! il assurait avoirété-luismême témoin de leur accouplement. | Cette prétendue découverte n'eut pas été plas tô1

80 | | PRINCIPES NAS Cr | publiée, que la femme perdit la prérogative de fournirle germe de l'espèce humaine, et l’on ne regarda plus les vésicules des ovaires comme des œufs, mais seulement comme de petits nids destinés: à recevoir les animalcules qui fourmillaient dans la semence du mäle. Suivant Lewenoek ; une lésion innombrable de ces petits hommes s’élançait pendant le coït dans les parties génitales de la femme; et c'était à qui arriverait le plus vite. à la vésicule de l'ovaire qui devait lui transmettre Us dréits il vie. Mais, peut-on y penser sans horreur ! il n’y en avait qu'un, c'était le plus expéditif et le plus vigoureux, qui parvint au but, après avoir écarté où fait périr tous ses compétiteurs; tel qu'un sultan superbe et cruel, qui fait égorger impitoyablement tous ses frères pour monter sur le trône.Ce système est trop absurde, disons mieux , il sent trop la barbarie pour mériter une sérieuse réfutation; l’arme seule du ridicule suffit pour le combattre et le renverser. | | Concluons donc que nous ignorons encore com= ment s opère la génération » et que les physiciens # avec leurs conjectures et leurs yeUDEE , loin d’ex- % pliquer ce mystère , n’ont pas même soulevé le coin ‘du voile qui le | nos yeux. JD Cependant il s’est trouvé quelques génies : qui, dans leurs rêves physiologiques ,: ont cru ‘avoir dérobé en quelque sorte ce secret à la nature. Pleins de cette illusion, ils se sont vantés de posséder: l’art de modifier à leur gré l’acte de la génération , de #

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. Bt

procréer les sexes à volonté, et même de leur départir les qualités du corps et de l'esprit.

Hippocrate, parmi les anciens, croyant que les mâles provenaient du testicule droit, et les femelles du testicule gauche, avait recommandé de lier l’un de ces organes, lorsqu’on avait intention d’engendrer le sexe contenu dans l’autre ; opération inutile etimpraticable, parce qu’elle était fondée sur une hypothèse chimérique et extravagante. En effet, combien n’a-t-on pas vu d'individus qui étaient pères de garçons, quoiqu'ils fussent privés du tesüicule droit ? On doit porter le même jugement sur Wopinion d’Aristote, qui attribuait au vent du midi la propriété de favoriser la génération des filles , et au vent du nord celle des garcons. ” : De nosjours, Millot, pour se conformer au Sys= tème adopté par les modérnes, a imaginé que les œufs mâles étaient contenus dans l'ovaire droit, et les œufs femelles dans l'ovaire gauche ; d’où il a conclu que , pour engendrer un garcon ou une fille, 11 suffisait de faire coucher la femme, pendant le coït, sur le côté correspondant au sexe qu’on désirait. Mais l'expérience et l'observation n’ont-elles pas fait justice de cette futile réverie et de la conséquence pratique que l’auteur en a déduite ? Le docteur Jadelot a ouvert le cadavre d’une femme qui avait mis au monde des enfans de l’un et de l’autre sexe , quoiqu’elle n’eût naturellement qu’un ovaire ; On a aussi communiqué à la Société de Médecine un exemple de grossesse extra-utérine ; dans laquelle

So PRINCIPES

le fotus ne correspondait point à l'ovaire que son sexe aurait dû occuper, suivant l'opinion de Müllot. Claude RUE est connu par son poëme de la

Callipédie , où il énséigne l’art de faire de beaux ehfans ; et tout récemment encore, Robert a renchéri sur céux qui l'avaient précédé, en donnant des préceptes sur la manière d'avoir des enfans

d'esprit: On ne peut disconvenir que ces auteurs n’aient donné des preuves de talent etdlérudition ; ; mais leurs ouvrages ne cesseront d’être marqués au coin des romans, tant qu'on verra les enfans dégénérer de la beauté et dé l'esprit de leurs ancêtres à ou les surpasser sous ce double rapport.

ARTICLE 11

De l'époque du lieu et des phénomènes de la Conception.

Ce qu’on sait de pl $ positif relativement à la conception, c'est qu elle est enveloppée dés plus épaisses ténèbres. [Les uns la confondent avec la généRruDns les autres, au contraire , HAHEUree l'instant où le germe est fécondé d'avec celui où ik est concu, et prolongent même l’intervalle qui sé

pare ces deux opérations depuis sept heures jusqu’à af

sept jours. Mais n eu pas là une vaine subtilité, que la pensée peut à peine saisir, et qui n’est d’aucune importance pour la pratique?

Que d’incertitudes encore sur les conditions qui rendent la femme féconde ou habile à concevoir ! On regarde ordinairement comme le présage d'une conception assurée , l’aräeur avec laquelle le sexe

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