U ANALYSE GRAMMATICALE . — THEORIE
De l'Analyse grammaticale*
$ 216, L'analyse grammaticale est la décomposition d'une phrase et l'examen partiel de tous les mots qui la constituent.
Par l'analyse grammaticale on examine 1° quelle est la nature et l'espèce des différents termes dont une phrase se compose; 2° le genre et le nombre des noms, des articles et des adjectifs ; 3° ie genre, le nombre et la personne des pronoms!; 4° le mode, le temps, la personne et le nombre des verbes; 5° enfin, quel rôle remplit chaque mot, etquels sontles rapportsdiversquiexistententreeux.
§ 217. Pour montrer comment l'on procède dans l'analyse gram* maiicale d'une pnrase, nous analyserons ces deux vers i
\ L'onde approche, se brise, et vomit à nos yeux Parmi des tiots d'écume, un monstre furieux. (Racine.)
V ( pour La) Article simple, férn. sing. , détermine onde.
onde Nom commun, fém. sing., sujetdes verbes approcher, se briser, vomir.
approche, Verbeintransitifal'ind. prés.. 3epers.du sing., ireconjug. Temps primitifs : approcher, approchant, approché, j'approche, f approchai.
se brise, Verbe réfléchi accidentel à l'ind. prés., 3* pers. du sing., ire conjug. Temps primitifs: se briser, se brisant, s' étant brisé, je me brise, je me brisai.
et Conjonction, qui unit ces deux propositions : Vonde
se brise — l'onde vomit.
vomit Verbe transitif à l'ind. prés., 3e pers. du sing., 2e conjug. Temps primitifs : vomir, vomissant, vomi, je vomis, je vomis.
à Préposition, qui établit un rapport entre le verbe vo-
mir et le nom commun yeux.
nos Adjectif possessif masc. plur., détermine yeux.
yeux Nom commun, masc. plur., complément indirect du verbe vomir.
Parmi Préposition, qui établit un rapport entre le verbe vomir et ie nom commun /lots.
des (pourrie les) Article contracté, masc. plur., déter-
mine flots.
flots Nom commun, masc. plur,, complément de la préposition parmi.
oV (pour de) Préposition, qui établit un rapport entre
le nom commun flots et le nom commun écume, écume, Nom commun, fém. sing., complément de la prépo- . j sition de* * un Adj. numéral, masc. sing., déter. monstre
monstre Nom commun, masc. sing., complément direct du verbe vomir.
furieux. Adjectif qualificatif, mase. sing., qualifie le nom commun monstre.
ÔBAMMAIKE FRANÇAISE. — APPLICATION. 135
De l'analyse grammaticale,
g 216, % i 7 . Comme le premier penchant des peuples est d'imiter les rois , le premier devoir des rois est de donner de saints exemples aux peuples. Les hommes ordinaires ne semblent naître que pour eu x seuls, leurs vices ou leurs vertus sont obscurs comme leur destinée : confond ,1S dans Ia foule> s'ils tombent ou s'ils demeurent fermes, c'est également àl'insu du public; leur perte ou leur salut se borne a leur personne, ou du moins leur exemple peut bien séduire ou dé- Ion mer quelquefois de la vertu, mais il ne saurait imposer et autoriser le vice.
Les princes et les grands, au contraire , ne semblent nés que pour les autres. Le même rang qui les donne en spectacle les propose pour modèles ; leurs mœurs forment bientôt les mœurs publiques : on suppose que ceux qui méritent nos hommages ne sont pas indignes de notre imitation : la foule n'a point d'autre loi que les exemples de ceux qui commandent : leur vie se reproduit, pour ainsi dire, dans le public ; et si leurs vices trouvent des censeurs , c'est d'ordinaire parmi ceux mômes qui les imitent.
Aussi la même grandeur qui favorise les passions les contraint et les gêne; et, comme dit un ancien, plus l'élévation semble nous donner de licence par l'autorité, plus elle nous en ôte par les bien* séances.
Mais d'où viennent ces suites inévitables que les exemples des grands ont toujours parmi les peuples î le voici : du côté des peuples , c'est la vanité et l'envie de plaire ; du côté des grands, c'est l'étendue et la perpétuité.
Je dis la vanité du côté des peuples. Oui, mes Frères, le monde, toujours inexpliquable, a de tout temps attaché également de la honte et au vice et à la vertu : il donne du ridicule à l'homme juste, il perce de mille traits l'homme dissolu : les passions et les œuvres saintes fournissent la même matière à ses dérisions et à ses censures; et par une bizarrerie que ses caprices seuls peuvent justifier, il a trouvé le secret de rendre en même temps et le vice méprisable et la vertu ridicule. Or les exemples de dissolution dans les grands, en autorisant le vice, en ennoblissent la honte et l'ignominie, et lui ôtent ce qu'il a de méprisable aux yeux du public : leurs passions deviennent bientôt dans les autres de nouveaux titres l'honneur, et la vanité seule peut leur former des imitateurs.
ANALYSE GaAMMATICALI. — APPLICATION,
De l'Analyse grammaticale (suite)-
Vœil du maître.
Un cerf, s'étant sauvé dans un étable à bœufs,
Fut d'abord averti par eux
Qu'il cherchât un meilleur asile.
Mes frères, leur dit-il, ne me décelez paa : Je vous enseignerai les pâtis les plus gras ; Ce service vous peut quelque jour être utile,
Et vous n'en aurez point regret.
Les bœufs, à toute un, promirent le secret. Il se cache en irn coin, respire et prend courage. Sur le soir on apporte herbe fraîche et fourrage,
Comme Ton faisait tous les jours.
L'on va, l'on vient, les valets font cent tours, L'intendant même ; et pas un d'aventure
N'aperçut ni cor, ni ramure, Ni cerf enfin. L'habitant des forêts Rend déjà grâce aux bœufs, attend dans cette étable Que, chacun retournant au travail de Cérès, Il trouve pour sortir un moment favorable. L'un des bœufs ruminant lui dit : Cela va bien : Mais quoi ! l'homme aux cent yeux n'a pas fait sa renié ♦
Je crains fort pour toi sa venue :
Jusque-là, pauvre cerf, ne te Tante de rien. Là-dessus le maître entre, et vient faire sa ronde.
Qu'est ceci? dit-il à son monde, Je trouve bien peu d'herbe en tous ces râteliers. Cette litière est vieille, allez vite aux greniers. Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées Que coûte-t-il d'ôter toutes ces araignées? Ne saurait-on ranger ces jougs et ces colliers? En regardant à tout, il voit une autre tête Que celles qu'il voyait d'ordinaire en ce lieu. Le cerf est reconnu : chacun prend un épieu ;
Chacun donne un coup à la bête.
Ses larmes ne sauraient la sauver du trépas. On l'emporte, on la sale, on en fait maint repas,
Dont maint voisin s'éjouit d'être.
GRAMMAIRE FRANÇAISE