V. PRONOMS INDÉFINIS
Emploi de on , l'on
Ç 236. On est essentiellement masculin et singulier.
Quand on est chrétien, de quelque sexe qu'on soit, il n'est pas permis d'être lâche* (Fénelon.)
§ 237. Mais quand il s'applique spécialement à une femme, l'adjectif qui le qualifie prend le genre féminin :
Ce qui ne plaît qu'aux yeux en un instant s'oublie, Le charme dure peu quand on n'est que jolie.
§ 238. Enfin, quand on sert à désigner plusieurs individus, l'adjectif se met au pluriel, et prend le genre des personnes que le pronom représente :
Quand on est jeunes , biches et jolies comme vous , mesdames , on n'en est pas béduites à t artifice.
§ 239. S'il faut en croire la plupart des grammairiens, c'est une faute de commencer une phrase par l'on. La Bruyère donne , à lui seul , plus de deux cents démentis à cette règle; en l'ouvrant au hasard, nous trouvons dans la même page :
L'on est plus sociable et d'un meilleur commerce par le cœur que par l'esprit.
L'on marche sur les mauvais plaisants, et il pleut par tout pays de cette sorte d'insectes.
Et ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'il commence plus ordinairement ses phrases par l'on que par on.
Disons pourtant qu'au commencement d'une phrase la lettre/, qui est purement euphonique, est surabondante et qu'il vaut mieux ne pas l'employer.
§ 240. Mais l'euphonie exige qu'on fasse usage de l'on après certains monosyllabes , et principalement après et, si, ou, quand le pronom n'est pas immédiatement suivi de le, la, les, leur.
On doit considérer pour son propre intérêt
Et les temps où Von vit, et les lieux où Von est. (Corneille.)
On passe sur l'honnête , et Von songe à l'utile. (Destouches.)
Mais on écrira, sans la lettre /, pour éviter une cacophonie :
On célèbre la mort du cerf par des fanfares ; on lb laisse fouler aux chiens, et on les fait jouir pleinement de leur victoire en leur faisant curée. (Buffon.)
DU PBONOM. — APPLICATION. 5(59