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Cours théorique et pratique de télégraphie électrique

La télégraphie électrique constitue une véritable science, même pour les employés subalternes chargés de la mettre en pratique. Le stationnaire n'est pas, en effet, uniquement chargé de transmettre et de recevoir des dépêches; il doit posséder à fond la partie technique de son service ; prévoir les phénomènes naturels qui peuvent influencer la transmissions ; reconnaître les dérangements qui ont lieu assez fréquemment dans les postes, dans les appareils et sur les lignes ; déterminer leurs causes ; parer aux accidents dans la plupart des cas ; fournir, quand il y a lieu, aux agents chargés de la survdllanc^ tous les renseignements nécessaires.

Il est donc indispensable qu'il soit initié aux lois et aux propriétés de l'électricité, qu'il se rende un compte exact de la marche du courant dans les différentes circonstances de la transmission, qu'il connaisse parfaitement tous les détails de construction des appareils, des piles, etc.

il doit, en outre , considérer son poste comme un lieu d'observation duquel il peut suivre journellement les différents effets de

l'électricité atmosphérique. Il doit être en état de les observer, de les analyser et de les enregistrer afin de faire avancer, dans la limite de ses moyens, la théorie d'une branche de la physique encore peu connue et pour laquelle il est à même de fournir do précieux renseignements.

Il pst souvent app0lé ^ faire des of^rvatioos méléprojogiqufss et à en transmettre le résultat par le télégraphe.

Enfin, aux prises avec les difficultés pratiques résultant de ses fonctions, il peut souvent découvrir d'utiles améliorations et contribuer à Tadoption d'heureuses modifications.

Ce but élevé est bien celui que M. le Directeur Général des lignes télégraphiques s'est proposé d'atteindre, en exigeant des jeunes gens qui veulent entrer dans l'Administration , des connaissances assez étendues en physique, et en autorisant la création d'annales télégraphiques qui permettent à tous les fonctionnaires de faire connaître leurs idées et leurs observations.

Plusieurs ouvrages ont paru sur la télégraphie électrique, mais, en général, on s'est borné à des descriptions d'appareils trop sommaires et insuffisantes pour donner une idée asspz étendue des différentes questions qui peuvent se présenter.

Nous avons cherché à combler celle lacune en publiant ce lîvro dans lequel nous avons, à causp de son but essentiellement pratique, évité avec soin de soulever toute discussion en fait de priorité de fiécouverte ou d'invention.

Nous l'avons divisé en boit parties.

Dai^s la première, nous rappelons les notions élémentaires do physique çans lesquelles il est impossible de comprendre la t^][|graphie électrique.

Dans la seconde, nous e^qrçepi^ la télégraphie électrique à son point de vife |e-pU|S général , sans faire aucune hypothèse spéciale sur, la forme des appareils. - . . , ^

Le troisième chapitre et le quatrième «ont consacrés â la description des instruments et appareils le plus généralement employés.

: Dan^^.la cinquième et la sixième paitie, nous cxamii]ons les di^érentes influences étrangères qui nuisent â la transmission, et

BOUS indiquons la règle générale à suivre pour la recherche des dérangements.

La (MKistruction des lignes électriques fait Tobjet du septième chapitriB.

Enfia dans le huitième et dernier, nous faisons cpnpaitre quelques-unes des modifications qui ont été proposées et nous indiquons plusieurs applications de Télectricité qui ont pn rapport intime avec la télégraphie électrique.

Nous avons placé à (a fin de ce Uvrp un certain nombre do notes qui, par leur caractère un peu étranger à Tobjet principal ou leur forme fanalytique, auraient pu nuire à l'unité de Touvrage *.

Nous ne pouvons nous dispenser, avant de compiencer, de jeter un coup d'œil rapide sur les différents phases qu'a suivies la télégraphie électrique.

On a de tout temps cherché les moyens de communiquer rapidement la pensée à do longues distances ; mais le peu d'avanpement des sciences physiques n'a pas permis d-obtenir, avant la fin du dernier siècle , d'autre résultat que la transmission , entre 4es points peu éloignés, de quelques phrases prévues d'avance.

C'est seulement en 4793 que Claude Chappe, après beaucoup de démarches et de tentatives inutiles, parvint à établir, de Paris à Lille, la première ligne de télégraphie aérienne, et son heureux début assura le succès du système '.

Avant cette époque plusieurs savants avaient proposé d'employer l'électricité pour la transmission des dépêches, bien qu'on ne connût alors que les phénomènes d'électricité statiqtic et que l'on soupçonnât seulement la prodigieuse rapidité de sa propagation. Les

1. Tous les dessins ont été dressés par M. Clouqueur, stationnaire des lignes téiégrapbiqaes.

2. La première dépèche transmise par le télégraphe aérien, 1c 30 novembre 1734, fut l'annonce de la prise de Gondé sur les Autrichiens.

essais infructueux qui furent exécutés étaient loin de faire espérer qu'un jour ils seraient la base d'une des plus merveilleuses découvertes de l'esprit humain.

La télégraphie électrique , comme toutes les grandes inventions n'est donc pas l'œuvre d'un seul ; elle a suivi la science dans ses différents développements et n'a pu passer dans le domaine de l'application, que lorsque les lois et les propriétés principales de l'électricité furent connues et qu'un besoin réel d'une communication instantanée vint peser sur son avenir, en nécessitant de nouveaux efforts qui furent couronnés d'un succès complet.

En 4774, Lesage, savant d'origine française, construisit à Genève un appareil composé de vingt-quatre fils conducteurs correspondant aux vingt-quatre lettres de l'alphabet et séparés les uns des autres par un matière isolante. Â l'une des extrémités de chacun de ces fils, une balle de sureau était suspendue par un petit fil de soie. Lorsque l'on touchait avec une machine élec. trique l'autre extrémité de l'un quelconque de ces fils conducteurs, la balle de sureau attirée faisait connaître la lettre transmise.

De 4780 à 4800, Reiser en Allemagne, Salva et Bethancourt en Espagne, essayèrent des systèmes analogues.

L'électricité statique est d'une production si pénible et son isolement est si difficile que le problème de la télégraphie électrique ne pouvait être considéré comme résolu et serait resté à l'état de simple conception scientifique, sans la découverte de l'électricité dynamique.

En 4 800 , les curieuses expériences de Galvani conduisirent Volta à la découverte des courants électriques, de leurs propriétés chimiques et physiologiques.

Une nouvelle ère s'ouvrit pour la science , en permettant de substituer une source d'électricité permanente aux machines électriques et aux bouteilles de Leyde employées jusqu'alors.

En 4844, Sœmmering présenta un appareil formé de trentecinq fiis isolés aboutissant à trente-cinq pointes d'or placées au fond d'une cuve pleine d'eau. Les lettres de l'alphabet et les dix premiers nombres étaient écrits en regard de ces pointes. Au moment où l'un de ces fils était mis en communication avec le

pôle positif d'une pile voltaïque, et un autre avec le pôle négatif, deux bulles, l'une d'oxygène et l'autre d'hydrogène, en se dégageant sur les deux pointes d'or correspondantes, indiquaient deux signaux.

L'Américain Coxe, vers la même époque, proposa un télégraphe fondé sur la décomposition des substances chimiques sous l'action du courant.

En 4819, CErstedt fit connaître l'action des courants sur l'aiguille aimantée, et cette brillante découverte fut suivie de près par les travaux d'Ampère sur l'électro-dynamique.

Une action mécanique facile à observer pouvait remplacer l'action chimique , et , dès 4 820 , Ampère imagina un appareil semblable à celui de Sœmmering, mais dont le dégagement des bulles de gaz était remplacé par le mouvement de petites aiguilles aimantées.

L'aimantation du fer doux sous Tinfluence des courants et l'induction, découvertes dues à Arago et à Faraday, la détermination des lois sur l'intensité du courant par MM. Ohm et Pouillet , enfin l'invention des piles à courant constant de MM. Becquerel, Daniell et Bunsen , complétèrent la série des connaissances nécessaires pour l'application de l'électricité à la télégraphie.

Parmi les savants qui se sont occupés de cette question avant le moment où elle est arrivée sérieusement à l'ordre du jour, nous citerons :

M. Alexander d'Edimbourg , M. le baron Schilling , M. Vorselmann de Heer, MM. Gauss et Weber, M. Amyot, MM. Bréguet et Masson, M. Davy, etc.

M. Steinhell établit à Munich, en juillet 4837, un télégraphe électrique entre deux points distants d'environ cinq mille mètres, et, le premier, se servit de la terre pour compléter le circuit.

M. Morse, en 4838, présenta un appareil imprimant des points et des traits , dont l'invention , paraît-il , remonte à 4 832. Cet appareil était à peu près tel que nous le décrirons plus loin , à part le relais qui fut ajouté plus tard.

Ce fut, sans contredit, M. Wheastone qui, par ses remarquables travaux , contribua le plus à l'avancement de la télégraphie

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électrique. Après avoir fixé approximativement la vitesse de Télectricité , il détermina la valeur des forces électro-motrices et des résistances des différentes piles. Le premier télégraphe qu'il construisit avait cinq fils conducteurs qui faisaient dévier simultanément cinq aiguilles aimantées. Plus tard il réduisit à deux et même à un le nombre de ces fils.

Jusqu'en 4838, la télégraphie électrique n'avait été Considérée que comme une expérience curieuse de cabinet, sans application possible ; aussi, pour la plupart des appareils proposés, supposaiton la nécessité d'un fil spécial correspondant à chaque lettre ou â chaque signal ; mais il n'est pas douteux que si l'idée d'une réalisation pratique fût venue , on eût réduit ce nombre à deux où même à un , au moyen de combinaisons convenables.

Il restait, en effet, une question importante que l'expérience seule pouvait résoudre, c'était de savoir s'il était possible d'obtenir sur une grande longueur un isolement des fils suffisant , sans des dépenses trop considérables.

La grande extension que commençaient à prendre les chemins de fer, en 4838, et la nécessité d'un moyen de communication rapide , hâtèrent la solution de cette question.

Le premier télégraphe électrique construit en Europe fut établi, entre deux stations du chemin de fer de Londres à Birmingham , en 4838, par M. Wheastone.

On ne tarda pas à reconnaître , en étendant peu à peu la ligne, que de simples fils de fer, suspendus au moyen de supports en porcelaine, pouvaient transmettre le courant électrique à d'assez grandes distances avec une intensité suffisante pour faire fonctionner les appareils.

En quelques années on arriva à la réalisation , sur une grande échelle, de la télégraphie électrique , et l'on ne doit pas s'étonner du peu de temps qu'il fallut pour parvenir à ce résultat lorsqu'on réfiéchit â là simplicité des moyens employés.

La France possédait un système de télégraphie aérienne bien organisé, suffisant à tous les besoins du gouvernement, aussi entra-t-elle pliis tard que l'Angleterre dans cette nouvelle voie. Ce fut seulement en 4844, lorsque la réussite put être regardée

comme a peu près certaine, que la première ligne fut construite sur le chemin de fer de Paris à Rouen.

Les lignes de Paris à Orléans et de Paris à Lille furent établies dans le courant des années 4847 et 4848. Peu de temps après on installa des lignes électriques le long de tous les chemins de fer en exploitation , en accordant aux Ck)mpagnies la faculté d'établir un fil spécial pour leur service.

Un décret en date du 6 janvier 4 852 prescrivit rétablissement de bureaux télégraphiques dans tous les chefs-lieux de département ; et aujourd'hui , grâce à l'énergique impulsion imprimée à l'administration française, il n'est pas de ville, même d'une importance secondaire, qui ne soit reliée à Paris par une ou plusieurs voies télégraphiques.

L'établissement du télégraphe sous-marin de Calais à Douvres, inauguré le 43 novembre 4854 , et dont l'honneur revient en grande partie à M. Brett , fut un nouveau progrès de cette belle découverte.

Pour faire une histoire complète de la télégraphie, il faudrait prendre successivement tous les appareils qui ont été essayés et les suivre dans leurs diverses transformations.

Nous n'entreprendrons pas ce travail qui dépasserait le cadre que nous nous sommes tracé, et ne pourrait d'ailleurs qu'être la reproduction d'une partie de l'excellent Traité de M. l'abbé Moigno.

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