‹ Cours théorique et pratique de télégraphie électriqueChapitre 42 sur 92 · ORAGES · texte numérisé non relu

ORAGES

450. — L'électricité atmosphérique est la cause la plus fréquente des perturbations qu'éprouve la transmission.

Par les temps orageux, on voit les appareils marcher irrégulièrement en accusant le passage de forts courants instantanés. Souvent il se produit dans les postes des étincelles entre les différentes parties métalliques; les aiguilles des galvanomètres se désaimantent quelquefois subitement ; on observe aussi , mais plus rarement, des courants continus assez intenses qui durent un temps plus ou moins long et empêchent tout travail.

La. théorie de l'électricité atmosphérique (n*' 63) explique assez bien tous ces phénomènes.

Les nuages qui sont au-dessus d'une ligne étant électrisés, les fils conducteurs en communication avec la terre se chargent par influence d'électricité contraire et il s'établit un équilibre électrique entre les nuages, les fils et les corps conducteurs environnants tels que les rails de chemin de fer, la couche terrestre, etc.

Cet état persiste tant qu'aucune des circonstances qui lui ont donné lieu ne change pas. Il ne nuit en rien à la transmission^ car le courant électrique parcourt avec la même facilité un conducteur qu'il soit électrisé ou non. Si un nuage vient à se décharger, le fil et tous les corps environnants éprouvent un choc en retour et reviennent à l'état naturel. L'électricité accumulée, qui était neutralisée par le nuage, retourne subitement dans le réservoir commun en suivant toute la ligne, elle traverse les fils des boussoles et des appareils et produit des courants instantanés.

Lorsque la charge électrique du fil est très-considérable, les fils des électro-aimants peuvent être fondus, mais ils le sont en général aux parties extrêmes, et en déroulant quelques tours on peut remettre les appareils en état.

Comme ces fils offrent une grande résistance au passage de l'électricité, le fluide passe souvent, du fil de la ligne ou des parties métalliques du poste qui lui correspondent, aux corps conducteurs voisins qui peuvent être en communication avec la terre ; c'est ce qui donne lieu aux étincelles qu'on observe dans les bureaux télégraphiques.

Quelquefois la décharge a lieu entre la ligne électrique et les nuages, ou, en d'autres lermesr, le tonnerre tombe sur les fils; au lieu de suivre la ligne dans toute sa longueur, le fluide se rend ordinairement directement à la terre , qui elle-même est fortement électrisée, en brisant les supports isolants et en laissant sur les poteaux des traces profondes.

Plusieurs poteaux consécutifs sont ordinairement atteints simultanément et il arrive, en général, dans les postes, trop peu d'électricité pour qu'il y ait un danger sérieux.

Enfin on a constaté dans quelques circonstances particulières des décharges électriques entre les fils télégraphiques et les rails de chemin de fer.

4 54 . — Lorsqu'un nuage électrisé fortement s'éloigne au lieu de se décharger, le fil de la ligne revient lentement à l'état naturel et son électricité en s'écoulant aux extrémités produit un courant qui persiste pendant tout le temps que dure l'éloignement du nuage. On voit de ces courants circuler dans les fils pendant

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une demi-heure environ et empêcher pendant ce temps toute transmission ; toutefois, ils sont le plus ordinairement sans effet sur les appareils parée qu^iis ont peu d'intensité. Le môme phénomène a lieu pendant la charge du fil quand le nuage clectrisé s'approche de la ligne.

452. — On s'eM naturellement beaucoup préoccupé de mettre les postes télégraphiques à Tabri de ces effets qui peuvent avoir des conséquences fâcheuses.

Tous les moyens proposés ou employés reposent sur la propriété de l'électricité, lorsqu'elle a une tension considérable, de s'échapper par les pointds pour passer sur d'autres corps bons conducteurs en communication avec la terre, tandis que l'électricité, produite par les piles dont la tension est extrêmement faible, ne peut passer d'un corps conducteur à un autre que s'il y a con- Uct.

Les paratonnerres se composent donc toujours de deux séries de pointes très-rapprochées dont l'une est parcourue par le courant de la ligne tandis que l'autre communique avec la terre.

Si l'électricité accumulée sur le fil de la ligne devient libre par suite de la décharge d'un nuage, elle peut passer entre ces pointes en produisant des étincelles.

Ces pointes^seralent insuffisantes si l'on ne -plaçait à la suite, comme nous Tavons indiqué au 3« chapitre, un fil très-fin qui, en se. fondant, enlève toute communication entre le fil de la ligne et les appareils.

Le fil fin pàit être isolé ou recouvert de soie et serré entre deux plaques métalliques qui établissent, quand la soie se brûle, une communication de la ligne avec la terre.

153. — Les paratonnerres varient beaucoup de forme et de dimension ; tantôt le courant traverse une tige, munie de pointes, placée au centre d'un cylindre métallique en communication avec la terre ; tantôt il traverse une plaque de cuivre garnie de pointes, située en face d'une seconde plaque semblable {voir n** 90, 94 et 91) ; souvent une seule des deux plaques porte des pointes, l'autre présentant une surface unie. Enfin on se borne quelquefois à placer seulement deux pointes qu'on peut rapprocher à Taide d'une

PERTURBATIONS SUR LES LIGNES ÊI£GTRIQUES. 187

vis, et Ton a môme essayé de placer ces deux pointes dans le vide pour rendre plus facile l'écoulement du fluide.

Il est inutile d'entrer dans les détails de construction de ces différents paratonnerres (ou parafoudres), ils reposent tous sur le même principe et une très-longue expérience pourra seule décider la forme la plus convenable.

Bien que ces paratonnerres réussissent presque toujours à pro« léger les appareils, il faut se garder de les considérer comme ab* solument efficaces, et les plus grandes précautions doivent être prises lorsqu'un orage violent se déclare dans le voisinage d'un poste. La plus importante consiste à établir une communication directe de tous les fils de la ligne avec la terre. Cette communication doit être autant que possible établie à l'extérieur du poste.

Quelques substances, telles que l'alcool, l'éther, etc., conduisent assez bien l'électricité, mais seulement quand elle est à l'état statique; on a cru pouvoir utiliser cette propriété pour la construction des paratonnerres. Ainsi, en faisant traverser au courant un fil métallique occupant le centre d'un cylindre rempli d'alcool en communication avec la terre, on espérait que l'électricité devenue libre sur la ligne passerait dans le réservoir commun en traversant l'alcool, sans suivre les fils conducteurs des appareils, mais l'expérience n'a pas réussi.

Outre les paratonnerres placés dans les postes, on dispose souvent à l'extérieur de larges plaques de fonte qui sont traversées par le courant et sont en regard d'autres plaques en communication avec la terre. Le but de ces plaques est le même que celui des paratonnerres, mais on comprend que si elles ont de grandes dimensions, Télectricité qui vient de la ligne et traverse Tune des plaques, agissant par influenoe sur l'autre, il peut se produire une neutralisation du fluide qui l'empêche de se décharger instantanément da»s l'intérieur des postes.

Les efl'ets produits par l'électricité atmosphérique sont extrè* mement variables de nature et d'intensité ; quelquefois il éclate, entre les pointes des paratonnerres, des étincelles sans que la transmission soit interrompue, tandis que, dans d'autres cas, les appareils indiquent le passage de forts courants, les flls sont

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même fondus et les paratonnerres n'indiquent aucune décharge de fluide, bien que toutes les circonstances extérieures paraissent identiques.

Les expériences qu'on peut faire dans les cabinets de physique avec les machines et les batteries électriques s'appliquent à des cas tellement [particuliers qu'on ne doit tirer qu'avec la plus grande réserve des conclusions relatives à la télégraphie électrique, des analogies qui existent entre les deux séries de phénomènes.

454. — Dans quelques pays on a cherché à garantir les poteaux en plaçant au-dessus des tiges conductrices en communication avec la terre. Ce système a le grand inconvénient d'occasionner par les temps de pluie des pertes de courant considérables ; il protège très-rarement les fils, leur charge électrique, en raison de leur masse, étant toujours plus grande que celle de ces paratonnerres qui ne peuvent avoir de grandes dimensions. La rupture des appareils de suspension a donc également lieu ; si les poteaux sont, jusqu'à un certain point, préservés des atteintes du tonnerre, il y a peu d'avantage, car le fluide laisse seulement un sillon plus ou moins profond qui ne nuit pas à leur solidité. Dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, les poteaux peuvent être renversés, et les paratonnerres placés au-dessus sont insuffisants pour les protéger.

On a également essayé de placer aux difiérents points d'une ligne des pointes s'approchant du fil et pouvant opérer sa décharge quand Télectricité qu'il contient devient libre, mais le même motif a dû les faire abandonner.

455. — Lorsque les lignes ont deux fils et qu'elles ont très-peu d'étendue, on peut les mettre à l'abri de l'électricité atmosphérique, en enlevant dans les deux postes correspondants la communication avec le sol et en remplaçant par un fil de la ligne la portion du circuit que représente la terre : les fils conducteurs étant complètement isolés, rélectricité ne peut s'accumuler en face des nuages que dans une très-faible proportion, ce moyen ne pourrait être employé pour les longues lignes, car la charge du fil s'opère lentement par les points de suspension et l'isolement du conducteur pourrait ofi'rir des dangers.

Les lignes souterraines sont également influencées par les orages, mais Faction est beaucoup plus faible que sur les lignes électriques dont les fils sont suspendus dans Tair.

Comme nous Tavons dit plus haut, les aiguilles des galvanomètres sont souvent désaimantées par les décharges d'électricité atmosphérique. Lorsque les récepteurs contiennent des palettes aimantées, c«s palettes sont également désaimantées et quelquefois aimantées en sens contraire. /

On peut aisément remplacer Faiguille d'un galvanomètre ou Taimanter de nouveau ; mais pour les récepteurs l'opération est ordinairement plus délicate, aussi doit*on pour cette raison préférer toujours les appareils dans lesquels n'entrent pas d'aimants fixes.

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