‹ Coutumes populaires de la Haute-BretagneChapitre 41 sur 73 · Noël. — Quand il fait du soleil la · texte numérisé non relu

Noël. — Quand il fait du soleil la

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veille de Noël, il y aura des pommes l'année suivante. Le soleil rit aux pieds des entes. (E.)

Q.uand l'soula ra (luit) la veille de Noué, Des pomme' à volonté. (M.)

Jadis, à Matignon et à Ploubalay, la veille de Noël, les garçons se réunissaient et, portant sur l'épaule de grands bâtons et des bissacs, ils allaient frapper à la porte des métairies.

— Qui est là? demandait-on.

— Le hoguihanneu, répondaient les gars.

Ils chantaient quelque chose, et, pour les remercier, on leur donnait un morceau de lard. Ils l'enfilaient dans le bâton pointu de l'un d'eux, et ce lard était réservé pour un repas qui se nommait le houriho. (Communiqué par M. M. A. Bonal.)

Le premier de ces deux mots est certainement apparenté à Guilaneuf et à ses nombreux congénères patois.

« A Montauban, les enfants pauvres vont, comme en beaucoup de localités bretonnes, se présenter à la porte des personnes aisées, en criant : au guyané, au guy Van neuf. Ici, ils sont armés d'une longue broche en bois, dans laquelle ils enfilent des morceaux de lard ou de vache salée dont on leur fait l'aumône. » (Note de M. Esnaud, vicaire à Montauban, dans Ogée.)

A Ploërmel, on crie : au gui gouroux.

Il y a environ quarante ans, on allait presque partout chanter des Néouelles (Noëls).

Parfois, les filles et les garçons montaient dans les arbres ou sur les piles de pailles pour chanter la nuit; et d'un village à l'autre les chants se répondaient.

Cf., dans mes Traditions et superstitions, t. I^"^, p. 201, ia légende de deux jeunes filles qui furent enlevées par une puissance inconnue en allant chanter des Noëls.

Cette coutume des Noëls a été plus répandue autrefois qu'elle ne l'est actuellement. On a imprimé en divers endroits de Bretagne plusieurs recueils de Noëls. J'ai eu dernièrement connaissance de plusieurs recueils : la Bible des Noëls vieux et nouveaux, pet. in-12 de 80 p., contenant 32 pièces. Dinan, Huart, 1754; Pastorale sur la naissance de Jésus-Christ, l'Adoration des bergers et la Descente de l'archange saint Michel aux Limbes, dédiée aux dévots à l'enfant Jésus par le Père Claude-René Marie. Dinan, J. B. Huart, 1754, in-12 de 32 pages.

En 1883, à Dinan, des enfants du faubourg Saint-Malo sont encore venus chanter. Ils débutaient par dire :

A Noël pour une pomme, Pour une poire, Pour un p'tit coup d'cidre à boire.

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Puis ils chantaient, sur l'air de : Au clair de la lune :

Quatre petits anges Descendant du ciel, Chantant la louange Du Père éternel ; Saint Joseph son père, Saint Jean son parrain, La bonne Sainte Vierge, Qui lui chauffe les mains.

Est-il beau, bergers?

Est-il beau ?

— Plus beau que la lune et que le soleil. Jamais dans le monde on n'a vu Rien de pareil.

A Noël, on allait chanter, surtout jadis. Chaque année, pendant les fêtes de Noël, les rois Mages revivent à Pleudihen dans la personne de trois jeunes gens de la commune, qui revêtent leurs habits de fêtes et les couvrent de rubans pour annoncer la venue du Messie, le soir, en chantant dans les chaumières. (Note de M. de Garaby, ap. B. Jollivet, t. II, p. 69.)

Quand les enfants demandent à aller à la messe de minuit, on leur répond : « Oui, oui, tu iras à la messe dans une chapelle blanche. » (D.)

Cf. la Messe du coussin blanc en JSeiry, Laisnel, t. I'-'^, p. 2. Sur les animaux qui parlent pendant la nuit de Noël, cf. mes Traditions et superstitious, t. II, p. 64.

2l6 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES

Voici un petit conte où il est question d'autres bêtes parlantes : Il y avait, une fois, une bonne femme avare qui nourrissait mal son chien et son chata A minuit sonnant, le jour de Noël, elle entendit le Chien qui disait au Chat : « Ce n'est pas trop tôt qu'on nous enlève notre maîtresse : elle est trop avare. Cette nuit, des voleurs vont venir lui dérober son argent, et, si elle crie, ils lui casseront la tête. — Ce sera bien fait, répondit le Chat. » La bonne femme, effrayée de ce qu'elle avait entendu, se leva de son lit pour aller chez un voisin ; mais, au moment où elle sortait, les voleurs ouvrirent la porte, et, comme elle criait au secours, ils lui cassèrent la tête. (P.)

Dans la nuit de Noël, quelques mégalithes changent de place; l'un d'eux, qu'on voit près de Jugon, va boire à la rivière d'Arguenon.

Une autre pierre, située à Saint-Étienne en Cogles, va aussi boire à un ruisseau quand les cloches sonnent la messe de minuit.

Cf., pour les détails sur ces pierres et leurs similaires, les pages 5) à 37; de mes Traditions et superstitions, t. i ; cf. aussi A. Bosquet, p. 172.

Un autre menhir, qui se trouvait au sommet du bois de Mont-Beleux, était soulevé par un merle et laissait à découvert un trésor.

Cf. Ihid., p. 43-44.

Pendant la nuit de Noël, saint Joseph et la

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bonne Vierge sont avec l'enfant Jésus partout où il y a des coudres, et ils prient pour les âmes du Purgatoire, dont un grand nombre sont délivrées ce jour-là. (D.)

Sur les branches de coudrier et la nuit de Noël, cf. mes Traditions, t. II, p. 313.

Si l'on veut découvrir les trésors cachés, il faut ramasser de la graine de fougères à minuit, la nuit de la Saint- Jean, et, le dimanche des Rameaux de l'année suivante, on répand cette graine dans l'endroit où l'on croit que des trésors ont été enfouis. (P.)

Près de la fontaine Saint-Armel en Radenac est un marais où, d'après la tradition, sont enfouies des cloches qui sonnent toutes seules pour appeler à la messe de minuit le 25 décembre. (O.)

La veille de Noël, aux environs d'Ercé, on mange de la morue en famille; ce jour-là, les enfants qui ne sont pas trop éloignés reviennent tout exprès à la maison paternelle. Les enfants tiennent beaucoup à cette coutume; l'an dernier, à Ercé, il y avait trois élèves en classe ce jour-là.

Jadis, on mettait, à Matignon, une bûche neuve la veille de Noël, après l'avoir arrosée d'eau bénite.

Le tison de la bûche de Noël préserve de la foudre. Le matin de Noël, on doit l'asperger

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d'eau bénite et le laisser ensuite brûler jusqu'au soir. (P.) On les met dans les puits ; on est sûr que les v'iins n'iront pas, et que l'eau sera de bonne qualité.

Même croyance en Poitou (cf. Guerr}-, p. 451), en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 171). J'ai parlé assez longuement des croyances de Noël en Bretagne et ailleurs, dans un article de l'Homme, t. II, p. 11-17.

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