SCÈNE IIÎ
LE CAMELOT, continuant.
Vous préférez vous retirer, jeune homme, licence vouscn est donnée. Je poursuis: pensez-vous, dis-je.
qu'un modeste bijoutier, se contentant d'un bénéfice dérisoire, puisse matériellement établir cet article à moins d'un franc cinquante? Non! n'est-ce pas... Eli bien, moi, je compte un franc pour le moment; 3° une boîte de savon miraculeux, le savon « Océan », dont je vous ai tout à l'heure fait la lumineuse démonstration, et qui réduit à néant les taches les plus rebelles en redonuant au tissu l'éclat du neuf. Je ne veux pas, messieurs, lasser vos facultés d'évaluation et je fixe, d'ores et déjà, sa valeur au prix ridicule de vingt-cinq centimes : 4° un étui en celluloïd de Norvège, teinté au feu et contenant cinquante pastilles d'un effet certain dans les affections des bronches. Valeur? Quelle valeur?... Quinze centimes... Peut-on descendre plus bas?... Oui, on peut et je veux vous en donner la preuve. Et voici le bouquet. Les deux derniers articles, retrousse-jupe, fixe-serviette, relieur automatique et, enfin, chaîne de montre ou collier de dame avec un fermoir presque en or... Le prix? Aucun!... Rienl... un cadeau! Zéro franc, zéro centime, qui, réuni et formant total avec les objets énoncés ci-dessus, nous donne le chiffre de... (Rapidement.) Trois francs pour la canne pneumatique, un franc pour la parure en simili, vingt-cinq centimes pour le savon « Océan >\ quinze centimes pour les pastilles salutaires : quatre francs quarante que la maison Gameron, Cormandel et C®, que j'ai l'honneur de représenter sur cette place, m'a intimé l'ordre de convertir en un cadeau. Oui! un cadeau, je le
proclame; car il ne s'agit [>as ici de quatre francs quarante, trois francs ou même deux francs, ou même un franc, pas nicinc cinquante centimes... Il s'agit, messieurs, de la sonnne grotesque, ridicule, stupéfiante, absurde, de... de vingt centimes... (on se fouille.) et si, rentrés dans vos familles, réunis sous la lampe autour de la table où doit fumer le repas du soir... si, par un sentiment de curiosité bien excusable, messieurs, vous essayez de vous rendre comple du pourquoi qui a guidé la maison (janioron, ilovinandcl et G''^... arrétoz-vous dans vos invesligations... renoncez à comprendre!... Vous n'y parviendrez jamais!... C'est une réclame!
Il rorncl à cha(|iic personne qui lui tend ses quatre sous les ol>jets que les acheteurs ensuite exarninciil en sortant de secne.
UNE CO.MM KUr.AM'E, satlrcssanl à un ouvrier.
Est-ce que c'est Ijon, c't'affaire pour enlever les taches?
L ' 0 u \ lU E K .
IMais, ma bonne femme, voilà vingt-cinq ans que je suis teinturier, n'est-ce pas? Si c'était bon, je l'emploierais... c'est une cochonnerie!
L\ COMMEIlÇAiNTE.
Enfin, tout (;a pour quatre sous, ce n'est pas cher.
GRAIN QUEBILLE .
Des choux I des navets ! des carottes !
LES GOSSES, revenant de l'école.
Oh! hé! le père Crainquebille!
Voulez-vous bien aller à l'école, au lieu de prendre du vice dans les rues... C'est vrai, qu'est-ce qu'ils peuvent apprendre dans le ruisseau. Ils peuvent apprendre que le mal... Hottes d'asperges!