‹ Crédulités; comédie en trois actesChapitre 10 sur 89 · SCENE V BARBE, VICTOIRE, PIERRE · texte numérisé non relu

SCENE V BARBE, VICTOIRE, PIERRE

VICTOIRE

Mademoiselle, je viens vous dire une bonne nouvelle. Madame Nevoly n'est pas malade, pas sérieusement malade.

BARBE

Qui vous l'a dit?

VICTOIRE

Je viens de tirer les cartes?... C'est Pierre qui a coupé.

PIERRE

Oui.

VICTOIRE

J'ai fait le grand jeu. Tout est sorti. Il n'y a rien de fâcheux dans la maison, au contraire. On va recevoir des visites, de bonnes visites, de l'argent, du bonheur.

BARBE

Si VOS cartes annoncent tout cela, tout va bien.

VICÏOIKE.

.AlaJenioiselle peut en être sure, sûre et certaine. Depuis que je tire les caries, jamais, vous eulendez, jamais^ elles ne m'ont trompée. Mais vous n'y croyez pas... vous verrez!... vous verrez!?... ( En sortant.) On ne croit ;i rien ici.

BARBli.

On croit à beaucoup trop de choses, au contraire. (A Pierre.) As-lu appris la leçon?

PIERRE

Mais c'est, jeuli aujourd'hui, il n'y a pas de leçon, petite tante.

RARBli.

C'est vrai...

Elle .s'assied l'air ennuyé.

PIERRE, caressant s'accroupissant près d'elle.

Alors, dis-rnoi une belle histoire... dis, veux-tu? une bien belle!

B.\RBE, pour le taciuiner.

Je n'en sais plus.

PIERtiE,

Dis-moi celle de la fée des forêts.

Tu Ih sais.

PIERRE

Ça ne fait rien... DiS-la petite tante chérie, petite maman, petite tante Barbette... ah! lu ris! tu vas la raconter.

BARBE

Je l'ui oubliée!

ACrE PKKMIKK 13

PIERRE, montant sur la table.

Mais non! mais non! Il y avait une fois un petit garçon qui s'appelait Alain... Il était pauvre... Tu sais maintenant, raconte...

BARBE

il y avait une fois un petit garçon, c'était le petit Alain, il était très pauvre, il rencontre une fée...

PIERRE

Non, une vieille femme.

BARBK.

Une vieille femme, vieille, vieille, qui n'avait plus de dents et qui parlait en tremblant, (imitant.) Mon petit garçon, montrez-moi le chemin de la forêt, je me suis perdue... Avec Alain, il y avait plusieurs petits garçons. L"un dit : C'est par ici, la vieille! — L'autre dit : Non, c'est par là! — Un autre dit: c'est devant vous! Un autre dit : C'est derrière vous. (Pierre rit.) La pauvre femme ne savait où aller et les petits garçons dansaient devant elle en criant! Par ici, par là, à droite, à gauche, devant vous, derrière vous. Alors la pauvre vieille qui avait froid, qui n'avait plus de dents se mit à pleurer et cela fai sait rire les enfants qui étaient très méchants. Alain, lui, ne riait pas. Il vint prendre la pauvre vieille par la main et l'emmena; après avoir marché bien longtemps, ils arrivèrent près d'un grand bois et le petit Alain dit : Bonne vieille, voici la foret... Prenez bien garde aux loups de peur qu'ils ne vous mangent... Alors la vieille lui dit :

PIERRE

C'était une fée !

BARBE

Tu m'as secourue dans ma détresse, je vais te récompenser... El la vieille devint belle comme le jour et brillante comme un astre. Sais-tu ce que c'est qu'un astre.

PIERRE

Oh! continue l'histoire!

BARBE

La ft'e dit : Tiens, Alain, prends cette branche, c'est le coudrier magique, tu n'as qu'à tracer un rond et demander ce que tu désires, tu l'auras tout de suite... seulement écoute bien ! c'est la fée qui dit cela au petit Alain. Il ne faut pas demander à la baguette des choses qui feraient du mal aux personnes, la petite baguette n'obéirait pas et perdrait son pouvoir magique... Alors la fée disparut; le petit Alain prit la baguette et depuis ce jour il eut tout ce qu'il voulut.

PIERRE

Il avait tout ce qu'il demandait, tout, tout.

Oui.

PIERRE

S'il demandait un cheval mécanique; il l'avait?

BARBE

Oui.

PIERRE

Et un irrand cerf- volant ?

Page 1