ACTE PREMIER
BARBE
Oui.
AUBERTIN
Fille de Jacques Aumont?
BARBE
Et de Micheline Nevoly, oui. Pourquoi me demandez-vous cela?
AUBERTIN
Je vais avoir l'honneur de vous le dire, mademoiselle. Vous n'avez pas d'autres parents que M. Nevoly, fabricant d'ornements d'église, votre cousin?
BARBE
Pardon, j'ai encore mon neveu; le fils de ma sœur, orphelin de père et de mère.
AUBERTIN
C'est tout?
Oui, je le crois, je le crains hélas! car j'ai un frère, l'aîné de noire famille qui est parti de France voilà trente ans. Est-il mort, est-il vivant, je l'ignore. Je suis sans nouvelles depuis son départ. Il est mort peut-être car il m'aurait écrit. Nous nous aimions tendrement.
AUBERTIN
Vos appréhensions sont fondées, mademoiselle, monsieur voire frère est décédé.
BARBE
Ah! Il y a longtemps?,.. Où çà?
AUBERTIN
Il y a trois ans, dans les Indes hollandaises.
lîARBE.
Trois ans. El je n'ai eu aucune nouvelle!
AUBERTIN
Ma mission n'est pas terminée. Malgré son long silence, monsieur votre frère vous aimait certainement. Il vous a instituée sa légataire universelle, sans aucune charge.
BARBE, perdue dans ses souvenirs.
Ah!
AUBERTIN
Oui, mademoiselle. L'acte déposé chez notre consul de Batavia est absolument en règle. Le testament est venu au Ministère des Affaires Etrangères. Je suis chargé de vous le notifier. J'ai fait discrètement l'enquête pour m'assurer de votre identité. Tout est parfait, tout est en règle et dès maintenant, mademoiselle, vous pouvez entrer en possession de cet héritage qui est considérable. Il se compose principalement de numéraire déposé dans les caisses publiques.
BARBE
Quelle tristesse! mourir ainsi sans se voir !
AUBERTIN
Je suis heureux de pouvoir vous assurer que la fortune, parfaitement nette, qui vous est laissée est hors de proportion avec un héritage ordinaire, avec ce que vous pouviez espérer.
BARBE
Je n'espérais rien, monsieur. Je suis navrée que