I! A II B E
Ça veut dire en français?
LE DiJGTEUR.
Ça veut dire que madame Xevoly a des sensations de striction, ça veut dire que la pauvre dame éprouve des douleurs rétro sternales et précordiales avec irradiation dans les membres antérieurs.
BARBE
En français ordinaire, ça signitie quoi ?
LE DOCTEUR
C'est du français que je parle el du nieille;]r. C'est celui de Ratissons dans son traité de l'angine de poitrine? Je vais toujours faire une ordonnance, c'est inutile, mais c'est l'usage.
BARBE
Il n'y a pas des exceptions, des difîérences, des questions de tempérament, de sexe, d'âge, de force, que sais-je?
LE DOCTEUR
Tout cela a été envisagé, non... il n'y a rien... Il y a nos maîtres qui enseignent, nos livres qui sont des monuments scientiliques.
liAliliE.
Votre conviction ])ersonnelle n'est pas puisée uniquement dans les livres?
AOTJ^ l'IlKMlKK 49
LK UOGTKUn.
Mais si, ma chère deinoiscllc, que pourrait-on faire en dehors de la scrence inipriniée? Innover chez nous, c'est du charlatanisme. Il serait mal reçu, le maître qui voudrait enseifçner autre chose que la pire doctrine, celle des livres. Voyez plutôt les audacieux qui ont essayé.
IIAIIBF,.
Cependant la Faculté peut se tromper.
l:o docthuh.
Jiinais, uiadcuioiselle, jamais, entendez-vous! Elle change d'avis, ce qui n'est pas la même chose. J'ai su, comme tous les médecins de France, voilà une quinzaine d'anuées que la tomate ne valait rien. Aujourd'hui elle est reconnue bonne, excellente même, ce n'est pas une erreur. L-; vin était nuisible, il y a peu de temps encore; il est redevenu bon, quoi de plus sin)ple et qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve que nous étudions, que nous pâlissons sur nos microscopes. Il est des microbes qui tuaient, aujourd'hui ils guérissent, est-ce noire faute? Il ne faut pas médire de la Faculté! La Faculté, mademoiselle, jirépare tous les ans plusieurs milliers de jeunes gens qui, après trois ans et den)i d'études, en défalquant les vacances, se hâtent, tant leur désir de guérir est grand, de s'installer docteurs. Ils répandent, ils diffusent la science et quelle science ! Vous frémiriez, mademoiselle, au simple énoncé même incomplet; de ce que doit apprendre un médecin en moins de quarante mois! Il apprend par cœur l'anatomie, la physiologie, l'histologie, la bactériologie qu'il ne
faut pas confondre avec la microbiologie, puis la toxicologie, la parasilologie, l'obstétrique sans oublier la chimie et la physique ni la médecine légale, ni la pharmacopée, ni l'hygiène générale. Et je ne parle pas de la neurologie, de l'urologie de la physiothérapie, de la dermatologie et de vingt autres branches de la médecine toutes plus intéressantes les unes que les autres.
li.\RBF..
Bigre! Il n'a pas perdu son chapelet lui! Il apprend tout cela votre jeune docteur'?
LE DOCTEUR
Oui.
B.\nB;:.
Il est censé l'apprendre.
LE DOCTEUH.
Non, non, il l'apprend. 11 ne le retient peut-être pas, mais il l'apprend. Il lapprend pour pouvoir le répéter le jour de l'e.vatnen et ce jour là, il est réellement savant. Vous comprenez pourquoi n)aiiitenant devant cet amoncellement formidable de choses enseignées, devant toutes ces sciences qui se superposent, qui s'enchevêtrent, qui se déduisent Tune de l'autre, combien il serait facile au médecin de se tromper s'il se (iiit à son propre jugen)ent. Et voilà pourquoi il faut s'en tenir aux livres et à ce qui est imprimé. Le livre, c'est notre garantie. Loin d'eux, la rencontre du médecin et du malade, du vrai malade est une chose efFaranlc et que nous redoutons tous.