LES EAUX PRISES EN BAINS
Quelle est l’action des eaux minérales prises en bains?
Cette action se compose de celle du bain lui-mème et de celle des principes médicamenteux qu'il renferme.
Les bains que l’on prend à Creuznach sont tièdes, leur température varie selon la prescription du médecin de 25 à 50° R. (31°25 à 57°5 C.). Étudions l’action de ces bains au point de vue physiologique, hygiénique et thérapeutique, indépendamment des principes médicamenteux qu'ils renferment.
Les effets physiologiques sont locaux et généraux. Les effets locaux se produisent sur la peau. Dans le bain le tégument externe se débarrasse de ce vernis gras dont la transpiration le tapisse, de la poussière et des lamelles épidermiques qui s’accolent à sa surface. Ces lames d'épiderme restent dans l’eau du bain, ou si elles adhérent encore au derme, le moindre frottement les enlève.
Nous pouvons donc dire déjà que le bain tiède maintient la propreté de la peau et la rend plus apte à remplir les importantes fonctions qui lui sont dévolues : absorption, exhalation, sécrétion, excrétion.
Les effets généraux s'adressent aux fonctions de circulation, réspiration, calorification, innervation. Le bain tiède suffisamment prolongé exerce sur le pouls, une action sédative, il calme l'excitation nerveuse, délasse des fatigues physiques et produit une sensation agréable de chaleur et de bien-être.
Certaines personnes croient que l’action des bains tièdes est débilitante. Pris à la température que nous. avons indiquée, et même prolongés pendant une heure chaque jour, ces bains n'exercent sur l'organisme aucune action débilitante. | Notre expérience personnelle, jointe à celle de plusieurs de nos confrères, nous permet de l’affirmer. Croit-on que si les bains avaient cette influence nuisible sur l'organisme, les Grecs et les Romains, nos maitres dans les connaissances balnéaires, eussent institué comme une règle d'hygiène la prescription de se baigner chaque jour ? Prescription si religieusement suivie, qu'un grand nombre de personnes la mettaient en pratique plusieurs fois par jour.
Au point de vue thérapeutique, l'action du bain tiède est sans cesse invoquée pour calmer l’éréthisme nerveux et pour adoucir une foule de phlegmasies externes ou internes.
Indépendamment de l’eau tiède, le bain de Creuznach renferme encore tous les principes médicamenteux que nous avons précédemment indiqués.
Quelle est l’action de ces principes? Nous nous trouvons ici en présence d'une question fort importante et qui a vivement préocupé les physiologistes.
Ces principes médicamenteux agissent-ils simplement comme topiques par leur contact avec la peau, ou bien sont-ils absorbés et introduits dans le torrent circulatoire?
On admet généralement aujourd'hui que la peau absorbe l’eau du bain et les principes solubles mis en contact avec elle et que cette absorption atteint son maximum dans le bain dont la température est comprise entre + 24° et +54 C. Mais cette absorption, même à son maximum, ne fait pénétrer dans l'organisme qu'une très petite quantité d'eau, impuissante à modifier la constitution des liquides et des solides de l'économie. Et quant à la proportion des principes médicamenteux absorbés, elle est si faible qu'elle ne peut rien ajouter aux effets topiques du bain.
En un mot, de longues études et de nombreuses recherches ont prouvé que les bains médicamenteux n’exercent sur l'organisme qu'une action de contact et que si les substances qu'ils renferment ne sont pas volatiles et ne peuvent par conséquent être absorbées par les voies pulmonaires, elles ne seront pas absorbées par la peau et ne pénètreront dans la circulation qu'en quantité infinitésimale.
Mais à cette quantité minime de principes médicamenteux absorbés par la peau, il nous faut ajouter l’absorption qui se produit par les voies pulmonaires si ces principes sont volatils et celle qui se produit inévitablement par les muqueuses anale, vulvaire et glando-préputiale.
Mais que l'on ne s’y trompe point, l'absorption produite par ces diverses surfaces ne sera pas considérable et les bains minéraux doivent être considérés surtout comme des modificateurs puissants de la surface externe du corps, par leurs propriétés physiques et chimiques. Les bains minéraux, les douches minérales agissent surtout en stimulant les fonctions de la peau. La peau est le plus grand émonctoire de l'économie, stimulez ses fonctions, activez ses sécrétions par l’usage externe des bains minéraux et vous obtiendrez dans la thérapeutique des affections chroniques, des résultats que vous auriez inutilement cherchés dans l’emploi des plus puissants agents de la matière médicale.
Je me fais un plaisir de rapporter à l'appui des idées que je viens d'émettre l'opinion de deux celiniciens éminents qui ont fait une longue étude de l’action thérapeutique des bains minéraux.
« Ce n'est pas autant par l'absorption, dit M. Kubn, » que par une certaine force dynamique que les bains » salins agissent dans la grande majorité des cas. Ils » exercent leur impression stimulante sur toute l'éten- » due de la peau avec laquelle ils se trouvent en contact, » ils en réveillent la vitalité, ils l’excitent, la conges- » tionnent et y produisent souvent un exanthème, une éruption de petits boutons (poussée). En éparpillant » ainsi d’une manière uniforme sur toute la périphérie
»un certain mouvement fluxionnaire et d’excitation, » ils parviennent à dissiper, par une sorte de pouvoir » révulsif, des congestions ou des irritations circon- » scrites dans un ou plusieurs points de l'organisme. » Ce mouvement excitateur révulsif constitue un des » grands leviers de la médication thermale. » |
Dans son essai sur l’action thérapeutique des eaux de Vichy, M. Durand-Fardel dit : « Si vous considérez » la peau non pas seulement comme un agent d’absorp- » tion, Comme un moyen de perméabilité, mais surtout » comme un organe dont les fonctions sont les plus im- » portantes à relever et à cause de sa vaste surface et à » cause de la solidarité qui unit son intégrité à celle des » autres fonctions et en particulier des fonctions diges- » tives. Si vous la considérez encore comme une sur- » face de révulsion sur laquelle vous essayez de dévelop- » per une suractivité passagère, alors vous comprendrez ‘» tout le parti que l’on peut tirer des moyens nombreux » que possèdent les établissements thermaux. »
Un médecin fort distingué de Creuznach, M. le D' Aug. Wimmer, a fait une application directe des principes que nous venons d'exposer à l'emploi thérapeutique des bains de cette localité. Nous lui donnerons la parole, lui laissant exposer lui-même les résultats de ses recherches et de sa longue expérience. |
« Il y a plus de vingt ans que Benecke, Lehmann et » moi, avons constaté que si l’on reste plus d’une demi- » heure plongé dans un bain tiède renfermant quatre à » cinq pour cent de chlorure de sodium, aucune trace » de ce sel ne pénètre dans le sang à travers la peau. » Nous en avons conclu que l’action thérapeutique des » bains minéraux ne résulte pas de la pénétration de