‹ Crispin, rival de son maître, comédie en un acte en proseChapitre 3 sur 16 · ANGÉLIQUE, LISETTE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, LISETTE

ANGÉLIQUE

Oui , Lisette , depuis que Valère ni’a découvert sa passion , un secret chagrin me dévore , et je sens que si j’épouse Damis, il m’en coûtera le repos de ma vie.

Lisette.

Voilà un dangereux homme que ce Valère.

AvNGÉLIQUE.

Que je suis malheureuse î entres dans ma situation , Lisette ! que dois-je faire? Couseilles-inoi , je l’en conjure.

LISETTE

Quel conseil pouvez-vous attendre de moi •

ANGÉLIQU E.

Celui que t’inspire l’intérêt que tu prends à ce qui me touche,

•, LISETTE

On ne peut vous donner que deux sortes de conseils ; Tun , d’oublier Valère ; et Tuutre , de vous roidir contra l’autorité paternelle : vous avez trop d’amour , pour suivre le premier ; *j’ai la conscience trop délicate , pour vous donner le second ; cela est .embarrassant , comme vous, voyez, '

ANGÉLiQUB.

Ah ! Lisette , tu me désespères.

ï?. CRISPIN Kl VAL DE SON ■ MAITRE ,

Alterule-^ , il me semble pourtant que l’on peut concilier votre amour et ma conscience ; oui , allons trouver votre mère.

' ANGÉt IQUE.

, Que lui dire l , >

< IISETTE, '

-Av’ouons - lui tout ; elle aime qu’on la flatte , qu’on la caresse ; flaltons-la , carressons-la. : dans le fond , elle a de l'amitié pour vous , elle obligera peut-être M. Orontc à xctirer sa' parole. ‘ •

ANGEtlQTTK

Tu as raison , Lisette ; mais je crains....

IISETTE.

Quoi ?

ANGELIQUE

Tu connais ma mère ; son esprit a si peu de fermeté î

LISETTE

11 est vrai qu’elle est toujours du sentiment de celui qui lui parle le dernier ; n’importe ) ne laissons pas de l’attirer dans notre parti. Mais je la vois ; retirez-vous pour un moment , vous reviendrez quand je vous eu ferai signe.

, Mde. ORONTE, LISETTE.

LISETTE , sans J'aire semblant de çoir Mde.

Uroiite,

11 faut convenir que Mde. Oronte est, une des plu* aimables femmes de Paris. /

Mde. ORONTE. '

Vous êtes flatteuse , Lisette.'

' LISETTE

Ah , Madame , je ne vous voyais pas 1 ces ‘paroles quç vous venez d’entendre , sont la suite d’un entretien que je viens d'avoir avec Mlle Angélique , au sujet de sou mariage. Vous avez , lui disais- je , la plus judicieuse de toutes les mères , la plus raisonnable.

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Mde. O R 0 N T E,

Effectivement , Lisette , je ne ressemble guère aux autres femmes. C’est toujours la raison qui me détermine.

lise t t e.

Sans doute,

Mde. O R 0 M T E.

Je n’ai ni entêtement ni caprice,

Et avec cela vous êtes la meilleure mère du monde- ; Je mets en fait que si votre fille avait de la répugnance à époser Damis , vous ne voudriez pas contraindre là-dessua sou inclination.

Mde. 0 R O N T E.

Moi, la contraindre ! moi , gêner ma fille! à Dieu na plaise que je fasse la moindre violence à ses sentimens. 4 Dites-moi , Lisette , aurait-elle de l'aversion pour Damis ?

LISETTE

Eb , mais...,

Mde. O R O N T E.

Ne me cachez rien. . •,

LISETTE

Puisque vous voulez savoir les choses^ Madame , Je vous dirai qu’elle a de la répugnance pour ce mariage.

Mde. O R o N T E.

Elle a peut-être une passion dans le cœur 7

LISETTE

oh 1 Madame , c’est la règle. Quand une fille a da l’aversion pour un homme qu’on lui destine pour mari , cela suppose toujours qu’elle a de l'inclination pour ua autre. Vous m’avez dit , par exemple , que vous baissiez M. Oronte , la première fois cju’on vous le proposa , parce c[ue vous ainiie;z un officier qui mourut au siège da Candie.^

Mde. O R o N T E.

Il est vrai que si ce pauvre garçon ne fût pas mort , ja n’aurais jamais épousé M. Oronte.

Hé bien , Mde. , Mlle, votre fille est dans la môme disposition ou vous étiez avant le siège de Candie.

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