SUR THOMAS BROWN. XV
et de montrer en même temps la noble indépendance de son caractère. Le savant Leslie s'était présenté comme candidat à la chaire de mathématiques , devenue vacante ; le clergé voulut s'opposer à son élection. C'était, depuis quelques années, un parti pris chez les ecclésiastiques d'Edimbourg de prétendre au droit exclusif d'occuper toutes les chaires de l'Université. Pour faire échouer la candidature de Leslie, qui était laïque, on intrigua auprès des électeurs. Mais, comme on ne pouvait contester sa supériorité sur tous ses rivaux, on essaya de le faire échouer en attaquant ses principes religieux. Dans son ingénieux Essai sur la chaleur, il avait dans une note approuvé la doctrine de Hume sur la causalité. Ce prétexte suffit ; il fut accusé de partager toutes les opinions d'un ennemi déclaré de la morale et de la religion.
Brown ne put rester tranquille spectateur d'une lutte où se trouvaient en jeu les intérêts de la science et l'honneur de l'Ecosse, quoiqu'il ne connût point Leslie personnellement ; il s'indigna de voir un homme comblé d'honneurs en Angleterre, méconnu dans son propre pays et presque victime d'une obscure coterie; il s'offrit de lui-même pour le défendre , et tandis que d'autres cherchaient une explication plus favorable du passage attaqué, et que Leslie lui-même faisait quelques concessions à ses adversaires, il entreprit hardiment de prouver que la doctrine de Hume , bien qu'erronée sous certains rapports , ne renfermait cependant aucune conséquence capable d'ébranler les fondements de la