‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 80 sur 136 · LCII ANALYSE DE LA CRITIQUE · texte numérisé non relu

LCII ANALYSE DE LA CRITIQUE

et par conséquent la liberté est possible, voilà ce qui lui paraît établi, et tout ce qu'il a voulu montrer pour le moment; il reviendra plus tard sur la thèse de la liberté pour en prouver la vérité, tiou de la La quatrième et dernière antinomie, qui roule sur la question înorafe*"" ^® savoir si tout est contingent ou s'il n'y a pas un être nécessaire, se résout de la même manière que» la précédente : la solution consiste à montrer, en s'appuyant sur la distinction du sensible et de l'intelligible, que les deux thèses peuvent être vraies en même temps, l'une dans un sens, l'autre dans un autre. Il est vrai que, par rapport au monde sensible, tout a une existence dépendante d'une condition empirique, et qu'à ce point de vue nous devons toujours remonter de condition en condition sans nous arrêter jamais à une condition qui, à titre de substance existant 'par elle-même 'ou absolument indépendante, formerait le dernier terme' de la série, ou serait placée en dehors de cette série; mais il est vrai aussi qu'à un autre î)oiut de vue, au point de vue intelligible, toute la série peut bien avoir son fondement dans quelque existence indépendante de toute condition empirique et contenant le principe de tous les phénomènes. Si le monde était en soi tel qu'il se manifeste à nous dans l'ordre des phénomènes, il n'y aurait en effet de place nulle part pour une substance de ce genre, non plus que pour la liberté ; mais, si les phénomènes ne sont que de simples représentations et non des choses en soi, l'existence d'un être absolument nécessaire cesse d'être inadmissible, et elle peut très-bien se concilier avec la contingence universelle, comme, dans le problème précédent, la liberté peut se concilier avec la nécessite naturelle. La solution de la quatrième antinomie a donc ceci de commun avec celle de la précédente, qu'elle réduit à une pure apparence la contradiction des doux termes en montrant qu'ils peuvent être vrais tous deux; il y a seulement entre elles cette différence que, dans le précédent problème, relatif à la liberté, la chose même (l'être humain, par exemple) pouvait être considérée comme faisant partie de la série des conditions du monde sensible, et que sa causalité seule était conçue comme intelligible, tandis qu'ici l'être nécessaire est conçu comme existïtnt tout à fait en dehors de la série du monde sensible.

DE LA EAISON PURE CXIIÏ

Mais, précisémeut parce que nous sortons ici de la série des conditions da monde sensible, il est nécessaire de bien assarer nos pas dans cette nouvelle voie, ou de chercher en quel sens et jnsqu^où nous pouvons nous y avancer. La raison n'a pas le droit de tenir pour impossible l'existence d'un être nécessaire^ mais quel usage doit-elle faire de l'idée d'un tel être? C'est ce qu'il faut maintenant rechercher, et ce que Eant examine dans un nouveau chapitre intitulé Idéal de la raison pure.

Les idées de la raison expriment en général une certaine per- De i'id<^a fection qu'aucune expérience ne saurait représenter et où la^^j*"*,^*"^" raison ne voit qu'une unité systématique dont elle cherche à pure, rapprocher l'unité empirique possible, sans pouvoir jamais l'atteindre. Concevez maintenant cette perfection dans un être mdividuel (w iw(?mdlwo), l'homme, par exemple, et l'idée devient, alors l'idéal. Les idées ainsi conçues étaient pour PMon des objets de l'entendement divin, où elles résidaient comme les types de tout objet individuel dans le monde sensible ; Kant ne prétend pas s'élever si haut: il se borne à reconnaître dans la raison humaine la puissance de concevoir certaines idées sous la forme d'un idéal qui doit servir de règle à nos jugements ou de type à nos actions. Tel est l'idéal du sage, comme le concevaient, par exemple, les Stoïciens. Une telle idée ne peut sans doute jamais être réalisée : il est même peu sensé de vouloir la représenter dans une peinture romanesque; mais cet idéal n'est pas pour cela une pure chimère : il nous fournît au contraire une mesure indispensable pour nous juger et nous corriger nousmêmes, de manière à nous rapprocher toujours davantage de la perfection, mais sans pouvoir jamais l'atteindre. Il faut aussi se bien garder de confondre Vidéal de la raison pure, qui doit toujours reposer sur des concepts déterminés et servir de règle ou de type à nos jugements ou à nos actions, avec celui que les peintres, par exemple, croient avoir à priori dans l'esprit, mais qui n'est qu'une image flottante au milieu d'expériences diverses, et mériterait plutôt d'être appelé un idéal de la sensibilité et de l'imagination, bien que cette expression même d'idéal ne lui convienne guère, car il ne fournit aucune règle susceptible d'une définition.

Pour mieux faire comprendre ce qu'il entend en général par l'idéal, Kant a pris un exemple emprunté à l'ordre moral ou à

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