REPRÉSENTATION SCEPTIQUE DES QUESTIONS
iorme abstraite. Telle est la grande utilité qui résulte de la manière sceptique de traiter les questions que la raison pure adresse à la raison pure ; on peut ainsi se débarrasser à peu de frais d'un grand fatras dogmatique, en y substituant une critique modeste, qui, comme un véritable cathartique, fera disparaître la présomption et sa suite, une vaine polymathie.
Si donc je pouvais savoir d'avance d'une idée cosmologique que, de quelque côté qu'elle se tournât dans l'in- <îonditionnel de la synthèse régressive des phénomènes, elle serait ou trop grande ou trop petite pour chaque concept de Tentendement^ je comprendrais que, cette idée n'ayant affaire qu'à un objet de l'expérience, laquelle doit être appropriée à un concept possible de l'entendement, il faut qu'elle soit entièrement vide et dénuée de sens, puisque l'objet ne s'y adapte pas, de quelque manière que j'essaie de l'y approprier. Et tel est réellement le cas de tous les concepts cosmologiques ; aussi jettentils la raison, qui s'y attache, dans une inévitable antinomie. En effet supposez :
P Que le monde riait pas de commencement^ il est alors trop grand pour votre concept; car celui-ci, consistant dans une régression successive, ne saurait jamais atteindre toute l'éternité écoulée. Supposez au contraire -jw'i? ait un commencetnent ^ il est alors trop petii pour votre concept de l'entendement dans la régression empirique nécessaire. En effet, puisque le commencement présuppose toujours un temps antérieur, il n'est pas encore lui-même inconditionnel; la loi qui règle l'usage empirique de l'entendement vous force à remonter à une Xîondition de temps plus élevée encore, et par conséquent le monde est évidemment trop petit pour cette loi.
Il en est de même de la double réponse faite à la question qui concerne la grandeur du monde quant à l'espace. En eflfet, est-il infini ou illimité, U est alors trop gi'and pour tout concept empirique possible. Est-il fini ou limité, on demande encore à bon droit : qu'est-ce qui détermine cette limite ? L'espace vide n'est pas un corrélatif des choses existant par lui-même, et il ne saurait être une condition à laquelle vous puissiez vous arrêter, encore moins une condition empirique constituant une partie d'une expérience possible (car qui peut avoir une expérience du vide absolu?). Mais l'absolue totalité de la synthèse empirique exige toujours que l'inconditionnel soit un concept expérimental. Un monde foW/é est donc trop petit pour votre concept.
2^ Si tout phénomène dans l'espace (toute matière) se compose dun nombre infini de parties^ la régression de la division sera toujours trop grande pour votre concept; et si la division de l'espace doit iwrrUer à quelqu'un de ses membres (au simple), cette régression est trop petite pour l'idée de l'absolu. En effet ce membre laisse encore place à une régression vers un plus grand nombre de parties contenues en lui.
3** Si l'on admet qu'en tout ce qui arrive dans le monde il n'y a rien qui ne soit une conséquence des lois de la nature^ la causalité de la cause est toujours à son tour quelque chose qui arrive, et elle vous force incessamment à remonter à des causes plus élevées encore,, et par conséquent à prolonger la série des conditions à parte priori. La simple nature efficiente est donc trop grande pour tout votre concept dans la synthèse des événements du monde.
Admettez-vous, par-ci par-là, des événements spontd-