‹ Critique de la raison pure (volume 3)Chapitre 34 sur 57 · IMPOSSIBILITÉ DE LA PREUVE COSMOLOGIQUE · texte numérisé non relu

IMPOSSIBILITÉ DE LA PREUVE COSMOLOGIQUE

tout à fait à priori une existence. Ce concept, on crut le trouver dans l'idée d'un être souverainement réel, et ainsi cette idée ne servit qu'à déterminer avec plus de précision la connaissance de ce qu'on s'était déjà convaincu ""ou pei-suadé d'ailleurs devoir exister, c'est-à-dire de l'être nécessaire. Cependant on dissimula cette marche naturelle de la raison; et, au lieu de finir par ce concept, on essaj^a de commencer par lui, afin d'en dériver cette nécessité d'existence qu'il était simplement destiné à compléter. De là résulta cette malheureuse preuve ontologique, qui n'est de nature ni à satisfaire un sain entendement naturel, ni à soutenir un examen scientifique.

La preuve cosmologique, que nous voulons maintenant examiner, maintient l'union de la nécessité absolue avec la suprême réaUté; mais, au lieu de conclure, comme la précédente, de la réalité suprême à la nécessité dans l'existence, elle conclut au contraire de la nécessité absolue, préalablement donnée, de quelque être, à sa réalité infinie, et de cette façon elle a du moins le mérite de tout ramener à un raisonnement, rationnel ou sophistique, mais à coup sûr naturel, qui emporte avec lui la plus grande persuasion, non-seulement pour l'entendement vulgaire, mais même pour l'entendement spéculatif. Aussi bien est-ce cette preuve qui a visiblement fourni à tous les arguments de la théologie naturelle les premiers linéaments, que l'on a toujours suivis et que l'on suivra toujours, de quelques ornements qu'on les décore ou qu'on les déguise. Cette preuve, que LeOmits appelait aussi la preuve a contingentia mundi^ nous allons l'exposer et la soumettre à notre examen.

Elle se formule ainsi : si quelque chose existe, il doit> exister aussi un être absolument nécessaire. Or j'existe

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au moins moi-même; donc un être absolument nécessaire existe. La mineure contient une expérience, et la majeure conclut d'une expérience en général à l'existence du nécessaire» ^ La preuve commence donc proprement par Texpérience, et par conséquent elle n'est pas tou^ à Mt déduite à priori^ ou ontologiqtiement ; et, comme l'objet de toute expérience possible s'appelle le monde, on la nomme pour cette raison la preuve cosmologique. Comme elle fait d'ailleurs abstraction de toute propriété particulière des objets de l'expérience, par laquelle ce monde se distingae (le tout autre possible, elle se distingue déjà, par son i titre même, de la preuve physico-théologique, qui cherche ses arguments dans des observations tirées de la nature particulière de notre monde sensible.

Mais la preuve va plus loin : l'être nécessaire ne peut être déterminé que d'une seule manière, c'est-à-dire, relativement à tous les prédicats opposés possibles, que par l'un d'eux, et par conséquent il doit être complètement déterminé par son concept. Or il ne peut y avoir qu'unseul concept de chose qui détermine complètement cette^ chose à priori, le concept de Vens realissimum. Le concepts de l'être souverainement réel est donc le seul par lequeL^ un être nécessaire puisse être conçu, c'est-à-dire qu'ils existe nécessairement un être suprême.

Il y a tant de propositions sophistiques réunies dans^

* Cette argumentation est trop connue pour qu il soit nécessaire de^ l'exposer ici plus longuement. Elle repose sur cette loi natureUe, soi^ — (lisant transcendentale, de la causalité, à savoir que tout ce qui est con — tingent a sa cause, et que cette cause, si elle est contingente à son toor^ doit aussi avoir une cause, jusqu'à ce que la série des causes snbor^ — données les unes aux autres s'arrête à une cause absolument nécessaire, sans laqueUe elle ne serait jamais complète.

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