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Synthèse des conditions de la pensée pure

Dans ces trois cas la raison pure ne s'occupe que de l'absolue totalité de cette synthèse, c'est-à-dire d'une condition qui est elle-même inconditionnelle. C'est aussi sur cette division que se fonde la triple apparence transcendentale qui donne lieu aux trois sections de la dialectique, et fournit l'idée d'autant de sciences apparentes de la raison pure, la psychologie, la cosmologie et la théologie transccndentales. Nous n'avons à nous occuper ici que de la première.

Comme dans la pensée en général nous faisons abstraction de tout rapport de la pensée h quelque objet (soit des sens, soit de l'entendement pur), la synthèse des conditions d'une pensée en général (n** 1) n'est point du tout objective; elle est simplement une synthèse de la pensée avec le sujet, mais une synthèse qui est prise faussement pour une représentation synthétique d'un objet.

Or il suit de là que le raisonnement dialectique concluant à une condition de tonte pensée en général qui soit elle-même in*

conditionnelle ne commet point de faute quant aa conteno (poisqn'il fait abstraction de tout contenu ou de tout objet), mais •qu'il pèche seulement dans la forme et doit être appelé un paralogisme.

Gomme en outre Tunique condition qui accompagne toute pensée, le moi, est dans la proposition générale: je pense, la raison a affaire à cette condition en tant qu'elle est elle-même inconditionnelle. Mais elle n'est que la condition formelle, c'està-dire l'unité logique de toute pensée où je fais abstraction de tout objet, et elle est pourtant représentée comme un objet que Je pense, à savoir moi-même et l'unité absolue de ce moi.

Si quelqu'un me faisait en général cette question : de quelle nature est une chose qui pense, je ne saurais y répondre à priori la moindre chose, puisque la réponse devrait être synthétique» En effet une réponse analytique éclaircirait peut-être bien la pensée, mais ne doanerait pas une connaissance plus étendue de ce sur quoi repQse la possibilité de cette pensée. D'un autre côté, toute solution synthétique exige une intuition, et l'intuition est tout à fait écartée dans une question aussi générale. De même, personne ne peut répondre à la question qui est posée ainsi dans toute sa généralité : de quelle nature doit être une chose qui est mobile ? En effet l'étendue impénétrable (la matière) n'est point donnée alors. Cependant, quoique je ne sache pas en général de réponse à ces questions, il me semble que je puis ^n donner une, en ce cas particulier, dans la proposition qui exprime la conscience : je pense. En effet ce moi est le premier snjet, c'est-à-dire une substance, il est simple, etc. Mais ce ne seraient plus alors que de simples propositions d'expérience, lesquelles, sans une règle universelle exprimant en' général et à priori les conditions de la possibilité de penser, ne pourraient contenir de prédicats à priori (non empiriques). De cette manière ma prétention d'abord si plausible de juger de la nature 4'un être pensant, et cela par de simples concepts, me devient suspecte, bien que je n'en aie pas découvert le vice.

Mais les recherches ultérieures sur l'origine de ces attributs, •que je me donne à moi-même comme h un être pensant en général, peuvent mettre ce vice à découvert. Ils ne sont rien do plus que de pures catégories, par lesquelles je ne conçois jamais

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un objet déterminé, mais seulement Tunité des représentations, afin de déterminer leur objet. Sans une intuition qui serve de fondement, la catégorie ne peut me donner aucun concept d'objet; car ce n'est que par l'intuition qu'est donné l'objet, qui, ensuite, est pensé conformément à la catégorie. Quand je définis une chose, une substance dans le phénomène, il faut que des prédicats de son intuition m'aient été donnés d'abord, et que j'y distingue le permanent du changeant, et le substratum (la chose même) de ce qui y est simplement inhérent. Quand j'appelle simple une chose qui m'est donnée dans un phénomène, j'entends par là que l'intuition de cette chose est bien une partie du phénomène, mais qu'elle ne peut être elle-même divisée, etc. Mais, lorsque quelque chose n'est reconnu comme simple que dans le concept que j'en ai et non dans le phénomène, alors je n'ai réellement par là aucune connaissance de l'objet, mais seulement du concept que je me fais en général de quelque chose qui ne comporte aucune intuition propre. Je me borne à dire que je con* çois quelque chose comme tout à fait simple, parce que je ne puis réellement dire rien de plus, sinon que c'est quelque chose. Or la simple aperception (le moi) est substance en concept, simple en concept, etc., et ainsi tous ces théorèmes psychologiques ont une exactitude incontestable. Mais on ne connaît nullement par là ce qu'on veut proprement savoir de l'âme, car tous ces prédicats ne s'appliquent pas à l'intuition, et ne peuvent pas non plus par conséquent avoir de conséquences qui s'appliqueraient à des objets de l'expérience; ils sont donc complètement vides. En effet ce concept de la substance ne m'apprend point que l'âme dure par elle-même; il ne m'apprend point qu'elle est une partie des intuitions extérieures qui ne peut plus être elle-même divisée, et qui par conséquent ne peut naître ni périr par aucun changement de la nature. Ce sont là les seules propriétés qui pourraient me faire connaître l'âme dans l'enchaînement de l'expérience et m'ouvrir des vues sur son origine et sur son état futur. Si donc je dis, en me fondant uniquement sur des catégories, que l'âme est une substance simple, il est clair que, comme le pur concept intellectuel de substance ne contient rien de plus, sinon qu'une chose doit être représentée comme un sujet en soi, qui n'est pas à son tour le prédicat d'aa

autre sujet, on ne pent rien conclure de là touchant la permanence, que Tattribut de simple ne peut certainement ajoater cette permanence, et que par conséquent on n^est nullement instruit par là de ce qui peut concerner Tâme dans les changements du monde. Si Ton pouvait nous dire qu'elle est une partie simple de la matière, nous pourrions dériver de là que l'expérience en apprend la permaneace, et, avec la simplicité, Tindestructibilité. Mais le concept du moi, dans le principe psychologique, je pense, n^en dit pas un mot.

Mais d^où vient que Tétre qui pense en nous croit se connaître lui-même par de pures catégories et par celles qui expriment l'unité absolue sous chacun de leurs titres ? Le voici. L'aperception est elle-même le principe de la possibilité des catégories, lesquelles, de leur côté, ne représentent rien autre chose que la synthèse des éléments divers de l'intuition , en tant que ces éléments trouvent leur unité dans Taperception. La conscience de âoi est donc eu général la représentation de ce qui est la condition de toute unité, mais est soi-même inconditionnel. On peut donc dire du moi pensant (do Tâme), qui se conçoit comme substance, comme simple, comme numériquement identique en tout temps, et comme le corrélatif de toute existence, ou comme le terme d*où toute autre existence doit être conclue, qu'au lieu de se connaître lui-mètne par des catégories, il connaît les catégories, et, avec elles, tous les objets, par lui-même, dans l'unité absolue de l'aperception. A la vérité il est très-évident que ce que je dois présupposer afin de connaître en général un objet, je ne puis le connaître lui-même comme objet, et que le moi déterminant (la pensée) est distinct du m )i déterminable (le sujet pensant), comme connaissance d'un objet. Mais rien n'est cependant plus naturel et plus séduisant que l'apparence qui nous fait prendre l'unité, dans la synthèse des pensées, pour une unité perçue dans le sujet de ces pensées. On pourrait la nommer la subreption de la conscience substantifiée (apperceptiones stibS' tantiatœ).

Si l'on veut donner un titre logique au paralogisme que renferment les raisonnements dialectiques de la psychologie ration* nelle, en tant qu'ils ont cependant des prémisses exactes, on peut l'appeler un sophtsma figurœ dictionis, dans lequel la ma-

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jeure fait de la catégorie, relativement à sa condition, un asage parement transcendental, tandis que la mineure et la conclusion en font^ par rapport à Tâme subsumée sous cette condition, un usage empirique. Ainsi, par exemple, dans le paralogisme de la simplicité, le concept de la substance est un concept intellectuel pur, qui, sans les conditions de Tintuition sensible, n^a qu'un usage parement transcendental, c'est-à-dire n'a aucun usage. Mais dans la mineure ce même concept est appliqué à l'objet de toute expérience interne, sans cependant établir d'abord et prendre pour principe la condition de son application in concreto, c'està-dire la permanence de cet objet, et par conséquent on en fait an usage empirique, mais qui n'est pas admissible ici.

Pour montrer enfin l'enchaînement systématique de toutes ces assertions dialectiques d'une psychologie rationnelle dans Tordre de la raison pure, et en faire ressortir ainsi l'intégralité, il faut remarquer que l'aperception traverse toutes les classes des catégories, mais qu'elle ne s'arrête qu'aux concepts intellectuels qui, dans chacune d'elles, servent aux autres de fondement pour l'unité d'une perception possible : substance, réalité, unité (non pluralité), existence ; seulement la raison les représente toutes ici comme des conditions, elles-mêmes inconditionnelles, de la possibilité d'un être pensant. L'âme reconnaît donc en elle-même:

L'unité inconditionnelle de la relation^ c'est-à-dire elle-même, non comme inhérente, mais comme subsistante.

L'unité inconditionnelle L'unité inconditionnelle

de la qualité , dans la pluralité dans le temps ,

c'est-à-dire c'est-à-dire

non comme un tout réel , non différente numériquement mais comme dans les différents temps ,

simple*, mais comme

un seul et même sujet.

' Je ne puis montrer encore maintenant comment le simple correspond ici à son tour à la catégorie de la réalité, mais cela sera expliqué dans le chapitre suivant, à Poceasion d'un autre usage du même concept.

L'anité inconditionnelle

de V existence dans T espace ,

c^est-à-dire ,

non comme conscience de plusieurs choses hors d'elle,

mais

seulement de V existence d'elle-même ,

et des antres choses, simplement

comme de ses représentations.

La raison est la faculté des principes. Les assertions de la psychologie pure ne contiennent pas des prédicats empiriques de Tâme, mais des prédicats qui, s'ils sont réels, doivent déterminer Tobjet en lui-même, indépendamment de Texpérience, par conséquent au moyen de la seule raison. Elles devraient donc se fonder sur des principes et des concepts universels do natures pensantes en général. An lieu de cela il se trouve qu'elles sont tontes régies par la représentation singulière: je suis. Cette représent^on exprimant (d*une manière indéterminée) la pure formule de toute mon expérience, s^annonce comme une proposition universelle, qui s'applique à tous les êtres pensants ; mais, comme elle n^en est pas moins individuelle à tous égards, elle porte en elle l'apparence d'une unité absolue des conditions de la pensée en général, et par là elle s'étend au delà de la portée de l'expérience possible.

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