Critique du Livre de Dom Quichotte de la Manche
Pierre nie n’a pas grand renom. Il est, avec deux Lee de ses frères : Jean mort pendant un voyage et François | décédé tout jeune, le moins connu des frères Perrault. Hippolyte Rigault, Paul Bonñefon, M. Hubert Gillot, André Hallays ne lui accordent qu’une place fort restreinte dans leurs ouvrages ou leurs articles (1). C’est tout juste À __ si, en passant, ils lui font la charité d’un souvenir. Pour | x, de eux, notre Pierre s’efface, disparaît derrière ces physionomies d’un plus haut relief : Charles l’Académieien, Claude le médecin-architecte, Nicolas le docteur en Sorbonne, | | Pierre Perrault, — nous espérons le montrer, — avec e moïns de talent que Charles ou Claude, n’est pas absolument dénué de mérite. Son nom doit être retenu, son rôle analysé dans une histoire un peu approfondie de la Querelle des Anciens et des Modernes au XVII* siècle. Pour nous, il offre encore üne autre sorte d’intérêt. Le premier, en France, il a composé sur le Don Quichotte une véritable étude critique, — étude restée jusqu'ici en manuscrit, Nous soulignons le mot « critique » ; c’est lé terme même que Perrault emploie au frontispiée de som ouvrage : Critique du Livre de Dom Quichotte de la Manche. Aucune expression ne saurait, en effet, le qua- @) Rigaul, Histoire de la Querelie des Anciens et des Modernes, Paris, 1856, — Bonnefon, Études sur Charles Pérrault, däns la Revue d'Histoire littéraire de la France (années 1904, 196%, 1906) et dans la Gazette des Beaux Arts (83° période, XL), — Gilloi, La . Querelle des Anciens et des Modernes... Paris, 1914, — Hallays, Les Perrault, Paris, 1926.
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lifier plus exactement. Pierre Perrault y passe en revue le Don Quichotte tout entier ; à peine néglige-t-il çà et là une scène, un dialogue, un coup de bâton. Invraisemblances et inadvertances, il a tout relevé de ce qui dépare
un chef-d'œuvre. Et il ne conviendrait pas de lui repro-
cher une lecture hâtive du texte qu’il examine. “Nous dénoncerons plutôt la minutie des remarques, l’étroitesse des jugements, la maligne envie de déprécier et de condamner. Chez lui, la critique implacable des défauts ne se transforme jamais en une critique enthousiaste des beautés. d
Bon sens et finesse ne manquent pas, cependant, à Pierre Perrault. Parmi ses observations, il en est de justes, et qui portent. Leur trop grand nombre et leur sévérité prouvent seulement que l'intelligence, si elle n’est pas réchauffée de sympathie, s’arrête, presque nécessairement à l’apparence superficielle d’une œuvre, n’en pénètre pas le sens profond, intime, secret. Le cœur, dans la critique aussi, a ses illuminations, ses intuitions que rien re remplace.
Pierre Perrault, lui, discute les mots et 1 tours, affirme ‘et s’efforce de prouver l’étrangeté, la bizarrerie des évènements et des scènes. Subtil ou méticuleux, il n’aperçoit jamais et ne nous rend pas la démarche originale et cachée du génie.
Pourtant nous avons cru bon de publier son + D'abord il épuise d’un seul coup cette quantité d’objections auxquelles donne toujours lieu une œuvre plus inspirée que méditée, et qui s’avance avec un débit fort, d’un plein courant, Puis cet ouvrage fait date dans l’histoire du Don Quichotte en France au XVII°* siècle, Plus que tel ou tel passage de Chapelain, de Rapin ou de Bouhours, il fournit la preuve, une preuve développée, qu’il
| Paris, février 1930.
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