Critiques
Les divers morceaux dont se compose ce volume ont déjà été publiés sép>arément dans plusieurs revues ou recueils littéraires; mais^on a pensé qu en les réunissant ici on * pourrait offrir aux personnes curieuses de ■ ces sortes d’essais une lecture commode et qui ne serait pas trop décousue. Les quinze .écrivains, tant philosophes que poètes, dont on a cherché successivement à intérpréter l’œuvre et à fafre ressortir 1 Jl^aractère, se trouvent, il est vrai, rassemblés un peu au hasard et ne se suivent pas selon un ordre historique ou rationnel ; c’eSt la fantaisie et l’occasion surtout, qui, au fur et à mesure, dans l’existence involontairement dispersée de l’auteur, ont déterminé tel où tel choix. Pourtant, on n’aura pas de peine à saisir dans les huit premiers articles qui ont
tous été écrits avant 1 83o, et qui forment comme une première série, une intention littéraire plus systématique, une investigation théorique sur divers points de l’art , beaucoup plus marquée que dans les suivans. Ceux-ci, à partir de George Farcy, ont avant tout. une signification morale, et se rapportent à une littérature plus indifférente ou même légèrement désabpsée.
Malgré cette diversité assez sensible de nuance qu’on croit pouvoir signaler entre les deux séries, il semble qu’il reste encore une espèce d’unité suffisante dans le procédé de peinture et d’analyse familière qui est appliqué tous les personnages, aussi bien que dans le fonds de principes moraux et de sentimens auxquels on s’est constamment appuyé. C’en est assez peutêtre [K>ur que le lecteur arrive sans trop de secousse et par une suite de transitions naturelles , cle l’article Boileau^ où l’art et la facture poétiqùe sont principalement én jeu, à l’article sur l’abbé de La Mennais, où
iij
la question .humaine et religieuse se pase,
' s’entr’ouvre aux regards, autant que l’auteur l’a pu et osé faire.
V On a scrupuleusement revu chaque morceau et, retouché certains détails inexacts ou incorrects.
Parmi les fautes qui ont échappé à l’impression, une ou deux sont assez fortes pour , qu’on doive indiquer ici Xerrata :
* 9t 1 premier mol, liitt : ce.
ao» ligne aate*pèDuJtièm«, au litu Je : Toracle de*la cour et deü lettres d'alors, lisez : l'oracle de la cour et des lettrés d’alors, a I , ligûe 4 , au lUu de : pour être estimé de tout bonnéle homme etdun mérite solide» /uex.* pour être estimé dé tous bounéte homme et d'un mérite solide.
i 5 4, ligne a, au lieu de : Olhoo et Sénéelont jeunes wluptumx 4 qui le perdent, lisez : Othou et Sénécion,yeunej voluptueux qui perdent le prince. '
«37, ligne xa, au lieu de ; tels sont, lisez : telles sont. a85, ligne aa, dernier moi, Usez: et.
^56, hgne dernière, dernier mot» li$ex:àta. t
5i5, ligne a, ou lieu de : participant à la rie^ lises^: participanr de la rie.
5a5 , ligne 8 , au heu de : rien ne nous a été donné , lisez : rien ne vous a été donné.
BOILEAU
Depuis plus d’un siècle que Boileau est mort, de longues et continuelles querelles se sont élevées k son sujet. Tandis que la postérité acceptait, avec des acclamations unanimes, la gloire des Corneille, des Molière, des Racine, des J.afontaine, on discutait sans cesse, on révisait avec une singulière rigueur les titres de Boileau au génie poétique; et il n’a guère tenu à Fontenelle, à d’Alembert, à Helvétius, à Condillac, à Marmontel, et par instans à Voltaire Iniméme, que cette grande renommée classique ne fût entamée. On sait le motif de presque toutes les hostilités et les antipathies d’alors; c’est que Boileau n’était pas sensible; oA invo*
BOILEAU
quait là-dessi» certaine anecdote, plus que suspecte, insérée à Y Année littéraire et reproduite par Helvétius; et comme au xviii® siècle le sentiment se mêlait à tout , à une description de Saint-Lambert, à un conte de Crébillon fils , ou à l’histoire philosophique des Deux- Indes, les belles dames, les philosophes et les géomètres avaient pris Boileau en grande ^versiop. Pourtant, malgré leurs épigrammes et leurs demi - sourires , sa renommée littéraire résista et se consolida de jour en \o\\r.lje poète du bon sens, le législateur de notre. Parnasse garda son rang suprême. Le mot de Voltaire , ne disons pas de mal de Nicolas, cela porte malheur, fit fortune et passa en proverbe; les idées positives du xviu® siècle et la philosophie Condillacienne , en triomphant, semblèrent marquer d'un sceau plus durable la renommée du plus sensé, du plus logique et du plus correct des poètes. Mais ce fut surtout, lorsqu’une école nouvelle s’éleva en littérature, lorsque certains esprits, bien peu nombreux d’abord, commencèrent de mettre en avant des théories inusitées et les appliquèrent dans des œuvres, ce fut alors qu’en haine des innova-
BOILEAU
rions on revint de toutes parts à Boileau comme il un ancêtre illustre , et qu’on se rallia à son nom dans chaque mêlée. I^es académies proposèrent à l’envi son éloge ; les éditions de ses oeuvres se multiplièrent; des commentateurs distingués, MM. Yiollet-le-Duc, Amar ,deSain^
Surin , l’environnèrent des ' richesses de leur •
goût et de leur érudition; M. Daiinou en particulier, ce vénérable représentant de la littérature et de la philosophie du xviii* siècle, rangea autour de Boileau , avec une sorte de piété, • tous les feits, tous les ijugemens, toutes lés apologies qui se rattachent à cette grande causé littéraire 'et philosophique. Mais, cette' fois,tant ei de si dignes efforts n’ont pas suffisamment protégé Boileau contre ces idées nouvelles, d’abord obscures et décriées, mais croisiMuit et grandissant sous les clameurs. Ce ne sont plus en effet, comme au xviii» siècle, de piquantes épigrammes et des personnalités moqueuses ; c’est une forte et sérieuse attaque centre les principes et le fond même de la poétique de Boileau ; c’est un examen tout littéraire de ses inventions et de sou style, un interrogatoire sévere sur les qualités de poète qui étaient ou
BOILKAII.
ii’étnieut pas en lui. Les cpigraounes même ne sont phis ici de saison; on en a tant fait contre lui en cesderniers temps, qu’il devient presque de mauvais goût de les répéter. Nous n’aurons pas de peine à nous les interdire dans le petit nombre de pages que nous allons lui consacrer. Nops ne chercherons pas non plus à ' instruire un procès régidier et à prononcer des conclusions déhnitives. Ce sera assez pour nous de causer librement de Boileau avec nos lecteurs, de l’étudier dans son intimité, de l’enviseger en détail selon notre point de vue et les idées de notre siècle, passant tour à tour de l’homme à l’auteur , du bourgeois d’Auteuil au poète de Louis-le-Grand , n’éludant pSs à la rencontre les graves questions d’art et de style, les éclaircissant peut-être quelquefois sans pré^ tendre jamais les résoudre. Il est bon à chaque époque littéraire nouvelle de repasser en son esprit et de revivifier les idées qui sont repriésentées par certains noms devenus saciamentels, dût-on n’y rien changer , à peu près commè 4 chaque nouveau règne on refrappe monnaie et on rajeunit l’effigie sans altérer le poids.
I)e nos jours, une hatite et philosophique
Digil - : y Googli
BOILEAU. ' S
méthode s’est introduite dans toutes les' branches de l’histoire. Quand il s’agit de juger là vie, les actions, les écrits d’un homme célèbre, on commence par bien examiner et décrire l’époque qui précéda sa venue, la société qui le rt\ut dans son sein, le- mouvement général âmprimé aux esprits; on reconnaît et l’on dispose, par avance, la grande scène où le personiKigedoit jouer sou rôle ;.et lorsqu’il intervient, tous les développemens de sa force, tous les obstacles , tous les contre-coups , sont prévus, expliqués, justifiés; et de ce spectacle^ harmonieux, il résulte par degrés dans ràmedii lecteur une satisfaction pacifique où se repose rintelligence.*Cette méthode ne triomphe jamais avec une évidence plus entière et plus éclatante que lorsqu’elle ressuscite les hommes d’état, les conquérans, les théologiens, le&ph^ losophes; mais quand elle s’applique aux poètes et aux artistes, qui sont souvent des )3[enS de retraite et de solitude, les exceptions de-viennent plus fréquentes, et il- 1 est besoin de prendre garde. Tandis que dans les ordres dii» dées différens, en politique, i en religion ÿ*ien philosophie, chaque homme, chaque, oeuvré
B01LKA.U.
tient son ran^;, et que tout fait bruit et nombre, le médiocre à côté du passable, et le passable k côté de l’excellent, dans l’art il n’y a que l’excellent qui compte; et notez que l’excellent ici peut toujours être une exception , un jeu de la nature, un caprice du ciel, un don de Dieu. Vous aurez fait de beaux et légitimes raisonnemens sur les races ouïes époques prosaïques; mais il plaira à Dieu que Pindare* sorte un jour de Béotie, ou qu’un autre jour André C'bénier naisse et meure au x\iii* siècle. Sans doute ces aptitudes singulières, ces facultés merveilleuses reçues en nais.sant se coordonnent toujours tôt ou tard avec le siècle dans lequel ellessont jetées et en subissent des inflexions durables. Mais
pourtant ici l’initiative humaine est en première ligne et moins sujette aux causes générales^ l’énergie individuelle modifie, et, pour ainsi dire, s’assimile les choses; et d’ailleurs, ne suffit-il pas à l’artiste, pour accomplir sa destinée, de se créer un asile obscur dans ce grand mouvement d'alentour, de trouver quelque part im coin oublié, où il puisse en paix tisser sa toile ou faire son miel? Il me semble donc que lorsqu’on parle d’un artiste et d’un poète, sur-
BOILEAU. . -
tout d’un poete qui ne i epré«ente pas toute une époque, il est mieux de ne pas compliquer dès l’abord son histoire d’un trop vaste appareil philosophique, de s’en tenir, en com- .mençant, ait caractère privé, aux liaisons domotiques, et de suivre l’individu de près dans sa destinée intérieure , sauf ensuite , quand on le connaîtra bjen, à le traduire au grand jour, et à le confronter avec son siècle. Cest ce que nous ferons simplement pour Boileau Fils <t un père greffier, né d’aïeux avocats (i636), comme il ledit lui-méme ,dans sadixiô me épitre , Boilou passa son enfance et sa première jeimesse, rue deHarlay,dansune maison ^ du temps d’Henri lY, et eut à loisir sous les yeux le spectacle de la vie bourgeoise et de la vie de palais. Il perdit sa mère en bas-âge , et comme la famille était nombreuse et son père .très-occupé, le. jeune enfant se trouva livr^ à lui-méme, logé dans une guérite au grenier. Sa santé en souffrit, son talent d’observation dut J gagner; il remarquait tout, maladif et taciturne,et commeil n’avaitpas la toiu-nure d’esprit rêveuse, et que son jeune âge n’était pas environné de tendresse, il s’accoutuma de bonqe
BOlLEàU.
heure à voir les choses avec sens, sévérité et brusquerie montante. On le mit bientôt au collège où il achevait sa quatrième, lorsqu’il fut attaqué de la pierre ; il fallut le tailler , et l’opération faite en apparence avec succès lui laissa cependant pour le reste de sa vie une très-grande incommodité. Au collège, Boileau lisait, out|^ lesauteurs classiques, beaucoup de poèmes modernes, d e romans, et bien q u’i I composât lui-même, selon l’usage des rhétoriciens, d’assezmauvaisestragédies,songoùtet .son talent pour les vers étaient déjà reconnus de ses maîtres. En sortant de philosophie, il fut mis au droit; son père mort, il continua de demeurer chez son frère Jérome qui avait succédé à la charge de greffier , se 6t i-ecevoir avocat, et » . bientôt, las de lachicane, il s’essaya à la théologie sans plus dégoût rti de succès. Il n’y obtint qu’un bénéfice de 800 livres qu’il résigna après quelques années de jouissance, au profit, dit-on, de la demoiselle Marie Poncher deBretouville qu’il avait aimée et qui se faisait religieuse. A p.art cet attachement qu’on a mêifie révoqué en doute , il ne .semble pas que la jeunesse de Despréaux ait été fort passionnée, et
BÔILEAIT.
liii-méme convient qu’il est très-peu vohtptueux. Ce petit nombre de faits connus sur les vin^-quatre premières années de sa vie nous mènent jusqu’en 1660, époque où. il débute . dans le monde littéraire par la publication 'de ses premières satires. t
I^s circonstances extérieures étant données, l’état politique et social étant connu, en conçoit quel dut être sur une nature comme celle de Boileau l’influence de cette première édumtion , de ces habitudes domestiques et de tout cet intérieur. 'Rien de tendre, rien de maternel autour de cette enfance infirme et stérile; rien pour elle de bien inspirant ni de bien sympa» tbique dans toutes ces conversations de chicane auprès du fauteuil du vieux greffier; rien qui touche, qui enlève et fasse qu’on s’éciie avec Ducis: « O que toutes ces pauvres maisons ’* - bourgeoises rient à mon coeur ! » Sàns doute à une époque d’analyse et de retour sur soiméme, une âme d’enfant rêveur eût tiré parti de cette gène et de ce refoulement ; mais il n’y filiait pas songer alors, et d’ailleurs l’àine de Boileau n’y eût jamais été propre. Il y avait * Bien, il est vrai, la ressource de la moquerie
BOILEAU
-'et du grotesque; déjà Villon et Regiiier avaient fait jaillir une abondante poésie de ces mœurs bourgeoises, de cette vie de cité et de bazoche; mais Boileau avait une retenue dans sa moquerie, une sobriété dans son sourire, qui lui interdisait les débauches d’esprit de ses devanciers. Et puis, les mœurs avaient perdu en .saillie depuis que la régularité d’Henri IV avait passé dessus: Louis XIV allait imposer le décorum. Quant à l'effet hautement poétique et religieux des monumens d’alentour sur une jeune vie commencée entre Notre'Dame et la sainte Chapelle, comment y penser en ce tempslà? Le sens du moyen âge était complètement perdu; l’âme seul d’un Milton pouvait en retrouver.quelque chose, et Boileau ne voyait • guère dans une cathédrale que de gras chanoines et un lutrin. Aussi que sort-il tout-àooup , et pour premier essai, de cette verve de vingt-quatre ans, de cette existence de poète si •long-temps misérable et comprimée? Ce n’est ni la pieuse et sublime mélancolie du Pe/i.$eroJo s’égarant de nuit, tout en larmes, sous les cloîtres gothiques. et les arceaux solitaires; ni une charge .vigoureuse dans le ton de Regnier sur
BOILEAU
les orgies nocturnes , les allées obscures et les escaliers en limaçon de la Cité; ni une douce et onctueuse poésie de bimille et de coin du feu» comme en ont su fiiire Lafontaine et Ducis ; c’est Damon, ce grand auteur ^ <{«ti''fiiit ^s adieux à la ville, d’après J u vénal; c’est u6e autre satire sur les embarras des rues de Paris; c’est encore une raillerie fine et saine des mauvais rimeurs qui’ 'fourmillaient alors, et avaient usurpé une grande réputation à la ville et à la cour.
‘ Nous venons de dire que le sens du moyen âge était déjà perdu depuis long-temps; il n’avait pas survécu en France au xvi« siècle; l’in> vasion grecque et romaine de la renaissance l’avaitétouffé. Toutefois en attendant que cette grande et longue décadence du moyen âge fût menée à terme, ce qui n’arriva qu’à la fin du XVI 11* siècle, en attendait que l’ère véritablement moderne commençât pour la société et pour l’art en particulier, la France à peine reposée des agitations de la ligue et de la fronde, se créait lentement une littérature, une poésie, tardive sans doute et quelque peu artificielle , mais d’un mélange habilement fondu , - origi-
Il BOILEAU,
nale «lans son iinitntion et belle encore au déclin de la société dont elle décorait la ruine. Le drame mis à part, on peut considérer Malherbe et Boileau comme . les auteurs officiels et en titre du mouvement poétic^ue qui se produisit durant les deux derniers siècles , aux sommités et à' la surface de la ÿbciécé'frdneaise. Ils se distinguent tousJes deux par une forte dose d’esprit critique et par une opposition sans pitié contre leursdevanciers inuhédiats. Malherbe est inexorable pour Ronsard, Desportes et leurs disciples; ooinine Boileau le fut pour (iolletet. Ménage, Chapelain, Benserade et Scudery- Cette rigueur, surtout celle de Boileau , peut souvent s’appefer du nom tl’équité; pourtant, même quand ils ont raison, Malherbe et Boileau ne l’ont jamais qu’à la manière un peu vulgaire du bon sens, c’est-à-dire sans portée, sans principes, avec des vues incomplètes , insuffisantes. Ce sont des médecins empiriques ; ils s’attaquent à 'des vices réels mais extérieurs, à des symptômes d’une poésie déjà corrompue au fond; et pour la régénérer , ils ne remontent pas au cœur du mal.; Parce que Ronsanl et Desportes, Scudei^ et ‘Chapelain leur paraisr-
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Ant (détesta blés,. it6 en concluent qu’il n’y a de Trai gOÙt, de poifsie ^^table que chez les anciens; ils négligent, ils ignorent, ils'supprihient tout net les grands rénovateurs de l’art au moyen : Age; ils «n jugent à l’aveugle par quelques pointes de Pétrarqué; par quelques concetti du Tasse aincqtïels s’étaient attachés les .beau» esprits du temps d’Henri III et de Louis XIIL Et lorsque dans leurs idées de réfortne^'ils ont'déddé de itevenir à l’antiquité grecque et ratnapoet' tohjqurs fidèles à cette logiqtieincomplètè du bon sensqui n’ose pousser au bout des chdses,Uls se tiennent aux Romains de préférencelaux'Grera; et le siècle d’Âuguste leur présente au premier a.<pl^ct le type absolu duibeaisjAu reste,' ces incertitudes et ces incons<*qiieno«s étaient inévitables en un siècle épisodique, soiis nn règne en quelque sorte accidentel, et qui ne plongeait profondément ni dans le pdssé ni dans l’avenir. Alors les arts, au lieu dei vhrré et’dd cohabiter au sein de la même sphère èt-d’étre ramèn^ sans cesse an centre comtnun dè' lèitrt rayons, sé tenaient ^isolés chacun extrémité et li’a- ^^ssaient qu’A i la ^sdrfacei' Pérratilt, Mansard ,
BOILSAU.
Lujli, I^bruu, Boileau, Vaubaii, bien qu’ils eussent entre eux^dans la manière et le procédé, des traits généraux de ressemblance, ne s’entendaient nullement et ne sympathisaient pas, emprisonnés qu’ils étaient dans le technique et le métier. Aux époques vraiment palingénésiques^ c’est tout le contraire; Phidias traduit Homère avec son ciseau ; Michel-Ange commente le Dante avec son crayon ; Chateaubriand comprend 'Bonaparte. Revenons à Boileau. Il eût été trop dur d’appliquer à lui seul des observations qui tombent sur tout son siècle,, mais auxquelles il i a , nécessairement grande part en qualité de poète critique et de législateur littéraire. h
C’est là ' en effet le rôle et la position que prend Boileau par ses premiers essais. Dés 1664, c’est-à-direà l’âge de vingt-huit ans, nous le voyons intimement lié avec toüt ce que la littérature du temps a de plus illustre^ avec La Fontaine et Molière déjà célèbres, avec Racine dont il deyient le guide et le conseiller. Les dîners de la rue du Vieux-Colombier s’arrangent pour chaque semaine , et Boileau y dent le dé de la critique. Il fréquente les meil-
, «tOILEAU. i6
ieures compagnies, celles de M. de Larochefbacauld, de mesdames de Lafayette et de Sévigné’, cônnait les Vivone, les Pomponne, et partout ses décisions en matière dé goût font loi. Présenté à la cour en 1669, il est nommé historiographe en 1677 ; à cette époque, par la publication de presque toutes ses satires' et ses épîtres, de son Art Poétique et des quatre pre^ raiers. chants du Lutrin , il avait atteint le plus haut degré de sa réputation.
Boileau avait quarante-un ans, lorsqu’il fut nommé historiographe; on peut dire que sa carrière littéraire se termina à cet âge. En durant les quinze ann^.s qui suivent, jusqu’en 1693, U ne publia que les deux derniers chants du Lutrin ; et jusqu’à la fin . de . sa vie ( 1 7 u ) , c’est-à-dire pendant dix-huit autres imnées , il ne fit plus que la satire /es Femmes, l’Ode à^Namur, les épitres à ses Fers, à Antoine, et sur r Amour de Dieu, les satires sur F Homme, et sur V Equivoque. Cherchons dans la vie privée de Boileau l’explication de ces irrégularités, ^t tirons-en quelques conséquences sur la qualité de son talent. 1. , .1 .1
Pendant le temps de sa renommée croissante.
BOILBAU.
Boileau avait continué de loger chez son trere le greffier Jérôme^ Cet intérieur devait être ' assez peu agréable au poète, car. la femme de Jérôme était, à ce -qu’il paraît, grondeuse et revêche. MaLs ^ distractions du monde ne permettaient. guère alors à Boileau de se ressentir des chicanes domestiques qui troublaient lé ménage de son frère. En 1679,3 la mort de Jérôme, U logea quelques années chez son neveu Dongois, aussi greffier; mais bientôt, après avoir fait en carrosse les campagnes de Flandre et d’Alsace, il put acheter avec les libéralités du roi une petite maison à Auleuil, et on l’y trouve installé dès 1687. Sa santé, d’ailleurs, toujours si délicate, s’était dérangée de nouveau; il éprouvait yne extinction de voix et une surdité qui lui, interdisaient le • ^
monde et la cour. C'est efi suivant Boileau dans sa solitude d'Auteiiil qu’on apprend à le mieux connaître ; c’est en remarquant ce qu’il fit ou ne fit pas alors, durant préside trente ans, livré à lui-méme, faible de corps, mais sain d’esprit, au milieu d’une campagne riante^ qu’on peut juger avec plus de vérité et de <xrtitude ses productions antérieures 'et assigner