ARMAND BASCHET
qui se lève de bon malin quand il s'agit de ramasser des débris d'étiquette, de la poussière de parquet royal, et, sur cette poussière, des tracés de révérences faites, nous donne déjà, avec quel soinî avec quel pointillé d'exactitude ! les plus minutieux détails sur les jeux, les occupations et les distractions de ce petit Roi, triste déjà comme un vieux homme, et qui resta triste et petit. Mais quand la Reine paraît — apparuit dea! — et quand la question se pose, la question qui tint près de quatre ans la France de l'étiquette attentive et haletante, ne sachant que penser de son Roi, si peu français... avec sa femme, Baschet se dignifîe et s'assombrit. Le froncé de ses sourcils se creuse davantage; on voit qu'il sent profondément l'importance de ce qu'il va nous raconter; et c'est ici que, sans le savoir, comme M. Jourdain quand il fait de la prose, il atteint, non pour le gros public qui veut un gros comique, mais pour le public raffiné, un genre de comique que les connaisseurs sauront apprécier... On a dit que pour les duchesses de l'ancien régime il n'y avait pas d'indécences, qu'elles pouvaient, sans embarras, se mettre toutes nues devant leurs gens, parce que leurs gens n'étaient personne. Eh bien, il y a un peu de ce sentiment-là dans Baschet! Non pour son compte, assurément! Il ne se met pas tout nu devant nous. Mais sa rédaction s'y met nue... comme une duchesse ! A la hauteur des sociétés qu'il peint, nous ne sommes pour lui probablement
personne. Une fois il nous racontera point par point, par exemple, la première nuit de noces de Louis XIII. Quand Marie de Médicis le fit coucher pour la première fois avec Anne d'Autriche, mais veilla, bien inutilement, du reste, à ce que ce ne fût là qu'une messe blanche de mariage que célébraient les jeunes époux, Baschet entre dans la ruelle, s'assied presque sur la couverture, note, note et renote, et ne se doute pas de l'indécence de son récit... Candide à force d'importance. Une autre fois, il fera mieux encore. Il citera, sans broncher, des fragments de lettres comme celle de l'ambassadeur de Venise sur le mariage du duc d'Elbe uf et de mademoiselle de Vendôme (à la page 374), mariage dont le Roi voulut être le témoin, mais pas à l'église ! Et de tels détails, impossibles à donner ici, toujours diplomate, il ne les trouvera qu'indiscrets ! La qualité des personnes dont il raconte les faits et gestes couvre tout. Quand il s'agit de la grande question politique d'intéresser les sens d'un roi, au fond bien moins niais que transi, il n'est ni grossièreté ni impudeur, présumables ou possibles. Il n'est là, pour Baschet, qu'une haute question dynastique et diplomatique. Dans un roman, s'il en faisait, il ne se permettrait pas les détails qu'il donne aujourd'hui ; mais c'est une histoire ! Le Roi chez la Reine! C'est le Roi, et c'est chez la Reine! Chez la Reine, tout est bien !
Et tout est bien encore pour y faire aller le Roi !