‹ Critiques diversesChapitre 4 sur 41 · Amyot · texte numérisé non relu

Amyot

singulierqu'il a fait des trois hommes qu'il nous donne pour le triumvirat intellectuel de leur époque. Son livre, qui trompe par la majesté de son titre, trompe aussi par ce qu'il renferme; car les trois biographies qu'il contient n'ont point de lien large et puissant qui les rattache ensemble et leur donne cette unité que les hommes qui ont plus que de petits détails dans la tête impriment naturellement à leurs œuvres. Ces trois biographies sont celles de Juste Lipse, de Scaliger et de Casaubon. Ils furent, il est vrai, les trois plus vigoureux hommes de peine que l'érudition et la philologie aient produits au xvi^ siècle ; mais est-ce assez, au xix"^ siècle, pour qu'on leur fasse une encadrure disproportionnée avec ce qu'ils furent en réalité et ce qu'ils sont aujourd'hui dans la mémoire des hommes ? En un siècle égoïste et pressé comme le nôtre, qui s'arrête à peine devant les grandes choses et devant les grands noms, était-ce bien la peine de faire poser devant nous la figure, ou plutôt la momie, de trois scholiastes comme eux? Cela rappelle, malgré soi, la tirade de Molière :

Il semble à trois gredins que Ton relie en veau, etc.

Tout le monde sait le reste. Ce qu'on ne savait pas, c'était l'importance que trois pédants colossaux devaient retrouver, dans ce temps, aux yeux du moins de l'écrivain qui se dévouait à écrire leur vie oubliée.

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