I. AHCIBNS VBSTI0B8 HISTORIQUES
insinuées en style papelard par Tauteur, qui n'ose les formuler, déborde suffisamment. — Le catholicisme et le bouddhisme sont deux formes analogues de superstitions équivalentes! (1).
Impartial et mieux renseigné, M. E. Reclus avouerait que la philologie comparée, les études ethnographiques et les données de rhistoire contredisent sa monstrueuse théorie.
En somme, elle manque de base scientifique. Laissant donc des aperçus dont la partie conjecturale est fatalement aléatoire, la critique doit procéder sur le terrain moins mouvant de faits positifs, mieux établis. De môme que la foi se transmettait, plus ou moins pure, aux Indes, par ces «chrétiens de 8. Thomas», ainsi les «Nestoriens» conservaient en Chine le dépôt presque intact, altéré pourtant, des vérités principales et des pratiques essentielles du christianisme. Les anciens missionnaires ont cru généralement à l'apostolat indirect de 8. Thomas en ce dernier pays. En 1662, pour répondre au trop fameux pamphlet de Yang Koang-sien 1^ -^ ^ ^^^^' Buglio et de Magalhâens composèrent l'apologie intitulée: «Origine de la loi de Dieu et sa promulgation.» On y expose, au témoignage du P. Adrien Gresîon (2) que «8. Thomas avait envoyé de ses disciples à la Chine, et qu'ils y avaient converty grand nombre de personnes, qu'en plusieurs lieux ils avoient arboré Testendard de la sainte croix; que ceux qui avoient receu la foy, prenant la croix pour devise, la mettant sur leurs portes, et faisant souvent sur eux-mêmes
(1) Dans ses Trois lectures su>' h Bouddhisme, le D' Eitel remarque qu*à part "le Crncifiement, presque tous les incidents caractéristiques de la vi3 du Christ, se retrouvent dans les traditions bouddhiques sur Texistence de Gautama Sakyamouni". D'après les dernières recherches archéologiques, ce Bouddha serait mort en 275 avant Jésus-Christ, [Handhook..., 2^ édit., 'p. 139.), lequel, a-t-on insinué, pourrait avoir passé aux Indes entre la 12* et la 30* année de sa vie pour y copier le bouddhisme! Mais, ajoute Eitel, «les moindres ressemblances entre les deux v^es sont comparativement d'origine moderne.... et les plus anciens classiques bouddhistes, plus récents qu3 les manuscriis de TEvangile, n'en contiennent aucune». Toutes remontent an plus au 5* ou 6* siècle. Le vrai Canon fut dressé et fixé entre les années 412 et 4^2 de notre ère, dans le bouddhisme de Ceylan, qui le transmit aux autres branches du Sud. (p. 17). Le bouddhisme du Nord, implanté en Chine, prétend remonter plus haut et tenir son Canon d*an nonoile du Cachemire au temps de N. -S.; mais ces deux canons coïncident, bien qu'on ait élargi celui du Nord. Eitel affirme encore (p. 24,) que ce n'est qu'en 1110 que les Chinois se procurèrent une édition complète du Canon bouddhique, et l'édition moderne, connue sous le nom de collection du Nord, fut complétée entre 1573 et 1619 de notre ère. Il n'a donc pas été clos au 4* concile général, sous le roi Khanishka, mort 45 ans après le Christ. De Chine, le bouddhisme atteignit la Coréa en 272, le Tibet en 407 et le Japon en 552.
(2) Histoire de la Chine sous la domination tartare. Par le P. Adrien Greslon, Paris, 1671. — p. 84. — Le haineux pamphlet de Yang Koang-sien avait pour titre PoU'tê-i ^ fS" E • Le Père Louis Buglio, S. J. y répondit par le Pou-té-i-pien ^ W S 9^9 plusieurs fois réédité k l'Imprimerie Catholique de Zi-ka-wei.
ce signe sacré, la Loy de Jésus-Christ avoit esté appellée durant longtemps dans ce Royaume la secte de la Croix. Que les Chinois mesme ne Tignoroient pas, puisque leurs livres en faisoîent mention, et que la tradition confîrmoit que dans les Provinces de Chansy et Chensy, il y avoit anciennement des bourgades entières qui professoient cette Loy de la Croix.»
Selon Texplication fort vraisemblable du P. Kircher, ces restes de culte rendu à la croix s'étaient conservés chez les descendants des chrétiens, (nestoriens), dégénérés, qui s'étaient soumis aux Tartares, (dynastie des Yiien 7^)1 ^^ moment de la conquête, et avaient apostasie en plus ou moins grand nombre : «Ceux qui persévérèrent, dit-il, dissimulant leur croyance, ne gardèrent que quelques cérémonies extérieures. Et ce sont là ces chrétiens que les chinois ont en vue quand ils parlent d'adorateurs de la croix en Chine.» (1).
Peut-être serait-il opportun de résumer ici un intéressant chapitre du P. Trigault, qui, dans son Expédition chrétienne en Chine, n'a guère fait que mettre en ordre et compléter les commentaires manuscrits du P. Ricci. Il raconte d'abord comment un juif de R'ai-fong^fou H ^ j]^ vient visiter le P. Ricci, espérant rencontrer en lui un coreligionnaire. Dans l'oratoire du Père, il aperçoit un tableau de la S. Vierge portant Jésus, adoré à genoux par S. Jean-Baptiste, et les prend respectivement pour Rébecca, Jacob et Esaû. Même méprise au sujet des peintures représentant les quatre Evangélistes. Enfin, l'on s'explique. Le juif reconnaît le texte biblique dans une belle Bible hébraïque de chez Plantin, mais avoue ne pas savoir lire ces caractères hébreux. Il apprend aux missionnaires que ses compatriotes de K^ai-fong-fou possèdent le Pentateuque, et que les juifs sont encore plus nombreux à Hang-tcheou, |jft ^ la capitale du Tchékiang, Tant que Ricci interrogea ce juif sur la Religion chrétienne, il ne put obtenir aucun renseignement, mnis dès qu'il parla de la croix, il fut compris. «En Chine, dit le P. Trigault, on ne connaît ni le nom ni l'usage de la croix. Aussi les missionnaires jésuites dûrent-ils emprunter le caractère du chiffre 10, qui représente parfaitement une croix 1^. (2). C'est peut-être par une secrète providence qu'ils donnèrent de nos jours à la croix le nom que les anciens Chinois, contraints par la même pénurie d'expression, lui avaient déjà donné. Comme eux, ils l'avaient nommée Che-tze, «le caractère 10». Ainsi avaient fait nos Saintes Lettres en l'appelant la lettre T (le tau hébraïque), mais en empruntant un signe qui figure la
(1) Yano Koang-sien avait reproché aux Chrétiens, ses compatriotes, d'avoir repris cet usage, que nous trouvons souvent mentionné, alors et plus tard. — Cf. Greslon, op. cit. p. 41.
(2) Le caractère chinois s'écrit "pî la croix de Malte du texte de Trigault est due probablement au graveur européen.