II. LA PIERRB DB SI-NGAN-FOU
nois et celle soumise à l'Empereur, (au dire des relations), n'étaient que des estampages, lesquels ne sont pas arrivés pourtant jusqu'en Europe. Le savant jésuite fut réduit à s'en rapporter à une description erronée ou par à-peu-près, qu'elle vint d'un Chinois, du p. Boym, du P. Sémédo ou de quelque autre de ses collègues. On sent en effet dans son dessin (deuxième manière), la pF^oûcupation de concilier les trois éléments qu'il avait à sa disposition pour reconstituer cette figure de croix : c'était, lui disait-on, a/, une croix de Malte ou de S. Jean, — b/, fleurdelisée — c/, semblable à celle de Méliapore. Nous reviendrons sur ce dernier élément. (1).
En fait, la figure de la China illusirata a eu la mauvaise fortune de fixer si longtemps l'opinion sur ce point qu'elle a égaré Pauthier lui-même. En tête de son texte, fautif du reste, il a reproduit, peut-être calqué, cette 2® Croix de Kircher, aux extrémités hastées, qui a passé pour la forme authentique. On serait tenté d'en conclure que le fac-similé de la Bibliothèque Nationale, écourté par le haut, ne présente pas l'estampage de la croix. C'est pourtant le cas contraire et l'erreur devient inexplicable, puisque ce fac-similé porte encore actuellement, en 1892, (comme me l'assurait naguère un de mes bienveillants correspondants), cette croix, aussi nettement figurée, en épargnej^ que tous les autres caractères de l'estampage. (2).
Fait assez curieux aussi : le bel ouvrage du P. Emmanuel Diaz, (1574-1659), donnant la gravure de trois autres croix trouvées ailleurs, néglige de reproduire celle de Si^ngan-fou, Peutêtre n'en avait-on alors qu'une copie d'une valeur incertaine.. (3).
Il semble évident que Pauthier n'avait pas quelque chose de bien net en vue quand, s'en rapportant aveuglément à plusieurs passages de ses lectures, il écrivait : «On voit des croix parfaitement semblables sur les médailles d'Héraclius Constans II, qui régna
(1) Lfuersion italienne la décrit ainsi ; uQuesta Piefcra... ha da capo un titolo cli forma piraniidale, longo due palmi, e largo une; c di sopra scolpita ana croco quasi simirù quelle di Malta, posta sopi^a le nuuole».
(2) Bonnetty, Annalef de Phil. chrétienne, 1853, p. 139, prétend donner «une autre forme de cette croix, telle qu'elle a été prise sur le monument, et telle qu'elle existe dans lefac-êimilé qui se trouve il la salle des manuscrits de la Bibliotlièque impériale». Je renonce à chercher le mot de cette énigme. Cette croix a-t-elle été récemment ajoutée à Testampage parisien, ou bien aucun des écrivains n'a-t-il eu la pensée de vérifiei ses dires? Cette dernière hypothèse est plus que prqba^e.
(3) L'imprimene de T'ou-s^-wè a réédité en 1878, le T'ang king kiao pei 8ong tckeng
t'siuen ^ :^ ^ ïÇ ® lE 1^ (N" 10 du Catnlogus) qui est le commentaire d^ P. Diaz sur le Monument de Si-nyan-foa. —
Le Catalogue du P. Couplet, mis à la suite de VAstronomia turopœa au P. Verbiest inscrit parmi les ouvrages du P. de Gouvea (1592-1677) : Elogium S. Legia lapidi in* iculpium oblaiuinquê ab eodem i^orege ; — * iub nomine ipaius (Fatm) edituê a I*rorege Tung, ajoute le Cakilogue, au numéro XLIV.
Fig, 154.
à partir de 641 à Coix^tantinople...
Celte même croix est portée sur leurs mitres et leurs poitrines par les Métropolitains des Chrétiens de S. Thomas ou Nestoriens de Tlnde». (1).
En tête de la planche annexée à son étude, le Christianisme en Chine, M. Dabry a fait graver la croix ci-contre, qui n*est autre que celle de Pauthier, avec ses extrémités en fer de lance ou de pique (fig. 154.) L'ouvrage, du reste, n'en indique nullement la provenance, et le dessin est manifestement une copie de seconde ou troisième main, sans autre prétention.
Qu'il nous suffise d'en signaler l'existence et d'en relever l'inexactitude.
B. Type inexact de Bonnetty (Léontiewski, Kesson). Nous
ignorons si l'exactitude du type de Kircher a été mise en question avant l'article de Marchai de Lunéville (Léontiewski), inséré dans les Annales de PhiL chrétienne en 1853. L'auteur, fit reproduire à la p. 154 un dessin fort différent de cette croix qui devient un croix trilobée, non plus hastée. «Le marbre, disent les Annales, est orné d'une croix gravée en intaille, que nous avons mise ci-après en tête de la traduction; elle est semblable à celle des Chevaliers de S. Jean de Jérusalem, et à celle de la tombe de l'apôtre S. Tho mas dans l'Inde; deux fleurs, semblables à des pensées , séparées par des nuages, sont dessinées en dessous.» Kircher, Sémédo, Boym avaient déjà mentionné ces nuages, qui existent en réalité, mais sans les reproduire, (fig. 15 5) Fig. 155.
U) Voir aussi la forme de ces croix dans deux planches publiées par les Annales de