ACTE 111, SCÈNE XVI. 25î
Haut.
Buvez cette liqueur que mes mains ont bénie.
CROMWELL, ricanant.
Ah ! vous Tavez bénie ?
LORD ROGHESTER.
Oui...
À part.
Quel regard !
CROMWELt.
Fort bien.
Ce breuvage, est-ce pas, me doit faire du bien?
LORD ROGHESTER.
Oui, l'hypocras contient une vertu suprême Pour bien dormir, Mylord.
GROMWELL.
Alors buvez vous-même I
Il prend le gobelet sur le plat et le lui présente
brusquement. ^
LORD ROGHESTER, épouvante et reculant Mylord î...
À part.
Quel coup de foudre 1...
GROMWELL , avec un sourire équivoque.
Eh bien, vous hésitez ?
Accoutumez-vous donc, jeune homme, à nos bontés. Vous n'êtes pas au bout encor. . . — Prenez, mon maître Surmontez le respect, qui vous trouble peut-être. Buvez. —
// farce Rochester confondu à prendre le gobelet.
Saviez-vous pas que nous vous chérissions ?
Que retombent sur vous vos bénédictions !
LORD ROGHESTER, à part.
Je suis écrasé !
Haut.
Mais, Mylord...
GROMWELL.
Buvez, vousdis-je?
LORD ROGHESTER, à part*
Il s'est depuis tantôt passé quelque prodige.
Haut.
Je vous jure...
CROUWELL.
Buvez : vous jurerez après .
LORD ROCHESTER, à part.
Et notre grand complot, et nos savants apprêts 1
Buvez donc ?
LORD ROCHESTER, à part,
Noll encor nous surpasse en malice.
Vous vous faites prier ?
LORD ROCHESTER, à part.
Buvons donc ce calice !
// boit,
CROMWELL, avec un rire sardonique.
Comment le trouvez-vous ?
LORD ROCHESTER, remettant le gobelet sur la table.
Que Dieu sauve le Roi 1 A part.
Pour moi, je suis sauvé de dame Guggligoy.
Noll peut faire de moi ce qu'il voudra. Qu'importe?
Ma nouvelle moitié m'attendait à la porte.
Je tombe, et mon naufrage en est bien moins cruel.
De Charybde en Scylla, de ma femme à Cromwell !
L'un vous force à dormir, l'autre à livrer bataille. —
J'ai changé de démon, voilà tout. — Mais je bâille...
Déjà!...
Il s'assied sur un des pliants à dossier,
THURLOE, à Cromwell.
Cest du poison qu'il a bu ?
LORD ROCHESTER, bâillant.
Sur ma foi, Ce qu'il dit est flatteur pour Cromwell et pour moi !
CROMWELL , bas à Thurloë.
Nous verrons.
TniTRLOE, à part, regardant Rochester.
Pauvre homme !
ACTt: m, SCÈNE XVI. 201
LORD ROCH ESTER, hâUlanL
Ah!...j*ailatêteélourdie.— Bâillant encore.
Quand tout le jour on a joué la comédie, Jeûné, — prié, — beaucoup prêché, juré fort peu, — Porté masque de saint, pris même un nom hébreu, — DuvieuxNoll, — surlaBible, — essuyé l'apostrophe,... — C'est dur...
Il bâille.
De s'endormir juste à la catastrophe !
Il bâille encore.
Puissé-je encor ne pas me réveiller pendu !
Avec moi seulement Ormond sera perdu ; —
C'est là tout mon regret. — Chassons ce triste rêve. .. —
Il bâille.
Fiole d'enfer! — ma tète à peine se soulève.
Bonsoir, monsieur Cromwell : — que Dieu sauve le Roi !
Sa tête retombe sur son épaule et il s*endort.
CROMWELL, rœil fixé sur Rochester endormi.
Quel dévoûment î — Qui donc ferait cela pour moi ?
A Thurloë.
Portpns-Ie sur ce lit.
Tous deux portent Rochester sur le lit placé dans un coin du théâtre, et Vy déposent sans qu'il se réveille. — En ce moment, on entend frapper à une porte basse donnant sur un des couloirs latéraux de la Chambré Peinte.
THURLOE, avec inquiétude à Cromwell.
On frappe à cette porte.
Ouvre", je sais qui c'est.
THURLOE, ouvrant la porte.
Le rabbin !