‹ Cromwell: drameChapitre 171 sur 253 · ACTE IV, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VU

SEDLBT, à Dotonief Comme, pour arriver au but qu'on se propose, On n'a point de relais, il faut qu'on se repose.

RICHARD CROMWELL, à part.

Je reconnais ces voix.

LORD ORMOND, Vœil fixé mr le fardeau que les cavaliers

' ont déposé à terre.

Voilà donc ce Gromwell !

De son crime inouï châtiment solennel !

Le voilà dans nos mains , ce colosse de gloire En qui, plus qu'en un Dieu, le monde semblait croire ! C'est lui-même. — A nos pieds quelle place tient-il? Il n'est rien d'assez fort, ni rien d'assez subtil , Pour ravir désormais ce coupable à son juge.

Tout fuyait devant lui ; — le voilà sans refuge. — Ha! malheureux soldat! à quoi donc t'a servi D'avoir tenu quinze ans tout un peuple asservi , D*avoir tant combattu, tant faussé de cuirasses, Substitué ton nom au nom des vieilles races.

Et régné par la haine, et l'erreur, et l'effroi , El fait de White-Hall le Calvaire d'un Roi?

Combien tous ces forfaits, scellés du diadème, Sont un fardeau terrible à cette heure suprême ! Crumwell! quel compte à rendre, et comment feras^tu? Je t'abhorrais puissant, je te plains abattu. Que ne t'ai-je au combat terrassé? — Quelle chute! Te prendre sans te vaincre ! un triomphe sans lutte ! Résignons-nous. L'épée a fait place aux poignards. Pour la faire pencher du côté des Stuarts, Quelle tête le sort jette dans la balance !

RICHARD GROMWELL , à part.

Qu'entrevois-je? Écoutons, et gardons le silence.

CROMvsTELL , à part.

J'estime cet Ormond ; il parle noblement.

Le cœur d'un vrai soldat jamais ne se dément.

SIR WILLIAM MURRAT, à lord Ormond en lui désignant

le prisonnier.

Que d'honneur au maraud fait ici Votre Grâce !

CROMWELL , à part.

Vil courtisan!

3fo enùMwEiL.

DowNiE, à ceux qui porleni k prisotmier.

Marchons, diable!

LORD DROGREI^A.

Un Instant, de gr|^c !

C'est qu'il est déjà lourd comme s'il était mort.

SEDLBT.

Il est fort malaisé de conduire à bon port Cette cargaison-là. Délibérons : qu'en faire?

Tuons ici notre homme, et lerRrinons raffaire!

LORD DROGttEDA.

C'est cela! tuons.

8BDLKT.

Oui ; c'est plus expédilif.

RICHARD CROM^ELL, à part.

Quel conseil de démons! Qui donc est le captif?

CRCHiWELL, à part.

Le harpon a bien pria; laissons filer le câble. MANASsÉ, qui jusqu'alors a tout observé dam unjgrofend

silence, soulevant sa tête, à part. Ce spectacle adoucit le malheur qui m'accable* Ils vont s'entre-tner : c'est consolant, au moins! LORD CLIFFORD, brandissant son épée sur Rochesfer, aux

cavaliers.

Est-ce dit?

LE DOCTEUR jBifSiNS, arrêtant Clifford.

Quoi! Messieurs, sans juges, sans témoin^, San» verdict de jury, sans loi , sans procédure? C'est un assassinat! L'expression est dore; Mais en6n ètes-vous, par mandat spécial , Une cour de justice, un conseil martial?

Où sont, pour que les lois ne soient point violées, Vos lettres d'assesseurs du sceau royal scellées? Lequel est attorney? lequel est président?

Je ne vpis point ici deux avocats, plaidant L'un pour cet accusé, l'autre pour la Couronne. Quel appareil légal enfin vous environne ?

Savez- vous seulement le latin pour juger?

Confronter les témoins et les interroger?

Sur des textes formels bien asseoir la sentence

ACiK IV, SCÈN£ VII. 9il

Qui condamne à la claie ou bien à la potence?

À quel jour êtes- vous de votre session?

Comment dater l'arrêt de condamnation ?

QuAest le corps du crime? où sont tous les complices?

Sur quels chefs de délit basez- vous les supplices ?

Ce sont les lois qu'ici je défends; non Cromwell. —

Lui, quoique non jugé, je le crois criminel :

Il a du Roi son mattre oublié l'allégeance ;

Cas prévu par la loi qui frappe, en sa vengeance,

Quid lœdit in rege majestatem Dei.

Bref, aux lois d'Angleterre il a désobéi.

Que, pour faire éclater let|r noajesté sacrée,

La tête du félon du tronc soit séparée,

C'est fort bien ; mais il faut quelques formes aussi.

Messieyris, vous ne pouvez le condamner ainsi.

Vous prenez qualité que jamais on n*Mseinble ;

Se faire aoeunaieur et témoin tout ensemble,

Être juge et bourreau, c'est absurde 1 et ma voix

Contra «et attentat proteste au nom des lois.

CROMWELL, à part.

Je reconnais Jenkins, le magistrat intègre !

LORD CLIFFORD, aux cavaliers, en haussant les épaules. Que diable nous vient-il dire avec sa voix aigre? LORD DaoGHEDA, d'uH air blessé, à Jenkifis, Docteur, vous nous prenez pour des robins, ja croi !

SIR PETERS DOWiNIE.

Pensez-vous présider la cour du banc du Roi?

SEDLEY, riant.

Depuis quand le hibou dil-il à son compère L'autour : —

Jl contrefait la voix et le geste de Jenkins,

« Prenons séance, et jugeons la vipère ! »

LORD ROSEBERRY, fiant,

11 nous parle latin !

Sia WILLIAM HUaiEliiY.

Peste des sots discours 1

LORD CLIFFORD

C'est ma dague qui juge, et juge sans recours! Frappons! '

312 CROMW£LL.

CROMWELL, à part.

Laissons frapper.

TOUS LES CAVALIERS

Finissons. ^^

Lord Clifford s'avance Vépée haute vers le prisonmer

toujours voilé.

JENKINS, gravement.

Je proteste.

RICHARP CROMWELL, à part.

Dieu 1 quelle scène horrible I est-ce un rêve funeste?

LORD CLiPFORD y rcpoussant Jenkins.

Protestez à votre aise 1

LORD ORMOND, arrêtant Clifford.

Un moment, lord Clifford !

Le docteur a rfllbn : je l'approuve très-fort. L'ordre précis du Roi m'enjoint de lui remettre Notre captif vivant : veuillez vous y soumettre.

LORD CLIFFORD, à lord Ormofid. g^ Mais il faudra demain soutenir cent combats^? Pour l'enlever 1

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