ACTE II, SCÈNE XV
Frappons un dernier coup qui les glace d'effroi. Brisons ce qui résiste! il faut au peuple un roi.
LORD ROCHESTER, derrière le pilier.
Voilà, sur ma parole, un ardent royaliste !
Couvrons-les d*UB filet; suivons-les à la piste ; D'une chaîne invisible environnons leurs pas. Aveuglons-les : veillons ; — ils n'échapperont pas !
LORD ROCHESTER
Il proscrit à la fois CromweH et sa famille.
Qu'ils meurent tous !
LORD ROCHESTER
Quoi ! tous? Ah ! grâce pour sa fille ! CROMWELL, dans une sombre rêverie.
Que veux-tu donc, CromweH? Disl un trône? A quoi bon? Te nommes-tu Stuart? Plantagenet? Bourbon?
Es-tu de ces mortels qui, grâce à leurs ancêtres, Tout enfants, pour la terre ont eu des yeux de maîtres? Quel sceptre, heureux soldat^ sous ton poids ne se rompt? Quelle couronne est faite à l'ampleur de ton front? Toi, roi, fils du hasard 1 chez les races futures Ton règne compterait parmi tes aventures ! — Ta mais'jn, — dynastie? —
LORD ROCHESTER
Il est décidément Pour le droit des Stuarts!
CROMWELL, poursuivant.
Un roi de Parlement I Pour degrés sous tes pas le corps de tes victimes I Est-ce ainsi que l'on monte aux trônes légitime^? — Quoi! n'es-tu donc point las pour avoir tant marché, CromweH? le sceptre a-t-il quelque charme caché? Vois. — L'univers entier sous ton pouvoir repose; Tu le tiens dans ta main, et c'est bien peu de chose. Le char de ta fortune, où tu fondes tes droits, Roule, et d'qn sang royal éclabousse les rois ! Quoi! puissant dans la paix, triomphant dans la guerre, Tout n'est rien sans le trône! — Ambition vulgaire!
LOBI) ROGHBSTEll.
Comme il traite Cromwell !
CROMWBLL.
Hé bien, quand tu raumig, Ce trône d'Angleterre, et dix autres?... — Après? — Qu'en feras-tu? — Sur quoi tombera ton envie? Ne faut-il pas un but à l'homme dans la vie?
Coupable foui
LOBD BOCHESTER.
Cromwell! ah! si tu l'entendais !..,
Qu'est-ce, un trône, d'ailleurs? un tréteau sous un dais, Quelques planches où l'œil de la foule s'attache, Changeant de nom selon Tétofife qui les cache. Du velours, c'est le trône; un drap noir, — l'échafaud!
LORD ROCHKSTBR.
Un savant 1
Est-ce là, Cromwell, ce qu*il te faut?
L'échafaud ! — Oui, d*horreur ce seul mot me pénètre. i'ai la tète brûlante. — Ouvrons cette fenêtre.
Il s'approche de la croisée de Charles I^.
L'air libre, le soieii chasseront mon enaui.
LORD ROGHSSTIR.
Il ne se gêne pas I on le dirait chez lui.
Crormvell cherche à ùuvrir la croisée; elle résiste. CROMWELL, redoublant d'efforts.
On l'ouvre rarement. — La serrure est rouiliée... Reculant tout à coup d'un air d'horreur.
C'est du sang de Stuart la fenêtre souillée !
Oui, c'est de là qu'il prit son essor vers lea deiiKl —
^ Il revient pensif sur le devant du théâtre. Si j'étais roi, peut-être elle s'ouvrirait mieux I
LORD ROCHESTER
Pas dégoûté !
S'il faut que tout crime s'expie, Tremble, Cromwell! — Ce fut un attentat impie. Jamais plus noble front n'orna le dais royai ; Charles Premier fut juste et bon.