‹ CromwellChapitre 131 sur 302 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Varie, Pym, qui d'un mot faisaient marcher des villes. Ton gendre Ireton, oui, ce martyr de nos droits Que ton orgueil exile au sépulcre des rois, Sydney, Hollis, Martyn, Bradshaw, ce juge austère Oui lut l'arrêt de mort à Charles d'Angleterre, Et ce Hampden, si jeune au tombeau descendu, Travaillaient pour Cromwell, dans leur foule perdu ! C'esttoi qui des deux camps règles les funérailles, Et dépouilles les morts sur le champ de batailles ! Ainsi, depuis quinze ans, pour toi seul révolté, Le peuple, à ton profit, joue à la liberté ! Dans ses grands intérêts tu n'as vu qu'une affaire, Et dans la mort du roi, qu'un héritage à faire ! — Ce n'est pas que je veuille iei te rabaisser ; Non. —Nul autre que toi n'aurait pu t'éelipser. Puissant par la pensée et puissant par le glaive, Tu fus si grand, qu'en toi je crus trouver mon rêve, Mon héros!... Je t'aimais entre tout Israël, . Et nul ne te plaçait plus avant dans le ciel ! — Et pour un titre, un mot vide autant que sonore, L'apôtre, le héros, le saint se déshonore ! Dans ses desseins profonds voilà ce qu'il cherchait : La pourpre, haillon vil ! le sceptre, vain hochet ! Au sommet de l'État, jeté par la tempête, Ivre de ton destin, tu veux parer ta tête De cet éclat des rois, pour nous évanoui ? Tremble : on est aveuglé, quand on est ébloui. Olivier, de Cromwell je te demande compte, Et de ta gloire enfin, qui devient notre honte! — 0 vieillard, qu'as-lu fait de ta jeune vertu ? Tu te dis : «Il est doux, quand on a combattu, » De s'endormir au trône, environné d'hommages, » D'être roi, de peupler cent lieux de ses images. » On a son grand lever ; on va, dans un beau char» » Trôner à Westminster, prier à Temple-Bar ; » On traverse en cortège une foule servirez

» On se fait haranguer par des greffiers de ville ;

» On porte des fleurons autour de son cimier... — »

Est-ce là tout, Cromwell? Songe à Charles-Premier.

Oses-tu, dans son sang ramassant la couronne,

Avec son échafaud te rebâtir un trône?

Quoi ! tu veux être roi, Cromwell? — Y penses-tu ?

Ne crains-tu pas qu'un jour, d'un crêpe revêtu,

Ce même White-Hall, où ta grandeur s'étale,

N'ouvre encore une fois sa fenêtre fatale ? —

Tu ris ! mais dans ton astre as-tu donc tant de foi ?

Songe à Charles Stuart ! Souviens-toi ! souviens-toi !

Quand ce roi dut mourir, quand la hache fut prête,

C'est un bourreau voilé qui fit tomber sa tête.

Roi, devant tout son peuple il périt sans secours,

Sans savoir seulement qui dénouait ses jours.

Par le même chemin tu marches à ta perte,

Cromwell; d'un voile aussi ta fortune est couverte.

Crains qu'elle ne ressemble à ce spectre masqué

Qui, sur un échafaud, paraît au jour marqué î

Des rêves de l'orgueil dénoûment formidable ! —

Cromwell ! d'un seul côté le trône est abordable,

On y monte; et de l'autre on descend au tombeau.

Crains de voir, si tu prencis cette pourpre en lambeau,

S'assembler quelque jour, dans cette même chambre,

Une cour, dont alors tu ne serais plus membre !

Car il se peut, crois-moi, qu'à la fin alarmé,

Contre un sceptre nouveau de ton vieux glaive armé,

Ce peuple, que toujours ton exemple décide,

Pense à ta royauté moins qu'à ton régicide ! —

Ne recules-tu pas !... Ah! jette loin de toi

Ce sceptre d'histrion et ce masque de roi !

Reste Cromwell. Maintiens le monde en équilibre ;

Fais sur les nations régner un peuple libre :

Ne règne pas sur lui. Sauve sa liberté.

0 ! combien a rougi ce peuple en sa fierté,

Quand dans ce Parlement il a vu ton génie

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