ACTE V. SCÈK3 XII
Pilote, j'ouvrirais la voile aux vents contraires !
Hochant la tête.
Non, je ne donne pas cette joie aux faux-frères... Le vieux navire anglais est toujours roi des flots. Le colosse est debout. Que sont d'obscurs complots Contre les hauts destins de la Grande-Bretagne ? Qu'est-ce qu'un coup de pioche aux flancs d'une monta-
Promenant des yeux de lynx autour de lui. f^ne?
Avis aux malveillants ! on sait tout ce qu'ils font. Le flot est transparent, si l'abîme est profond. On voit le fond du piège où rampe leur pensée. La vipère parfois de son dard s'est blessée * Au feu qu'on allumait souvent on se brûla; Et les yeux du Seigneur vont courant çà et là. — Qui du peuple et des rois a signé le divorce ? Moi.— Croit-on donc me prendre à cette vaine amorce? Un diadème! — Anglais, j'en brisais autrefois. Sans en avoir porté, j'en connais bien le poids. Quitter pour une cour, le camp qui m'environne ! Changer mon glaive en sceptre et mon casque en cou- Allons! suis-je un enfant? Me croit-on né d'hier? [ronne! Ne sais-je pas que l'or pèse plus que le fer? M'édifier un trône ! Eh ! c'est creuser ma tombe. Cromwell pour y monter sait trop comme on en tombe. Et d'ailleurs que d'ennuis s'amassent sur ces fronts Qui se rident sitôt, hérissés de fleurons ! Chacun de ces fleurons cache une ardente épine. La couronne les tue; un noir souci les mine ; Elle change en tyran le mortel le plus doux, Et, pesant sur le roi, le fait peser sur tous. Le peuple les admire ; et, s'abdiquant lui-même, Compte tous les rubis dont luit le diadème ; Mais comme il frémirait pour eux de leur fardeau, S'il regardait le front et non pas le bandeau. Eux, leur charge les trouble, et leurs mains souveraines De l'État chancelant mêlent bientôt les rênes...— cromwell, 37
458 CSOMWELL.
Ah ! remportez ce signe exécrable, odieux!
Ce bandeau trop souvent tombe du front aux yeux. —
Larmoyant.
Et qu'en ferais-je, enfin ! mal né pour la puissance, Je suis simple de cœur et vis dans l'innocence. Si j'ai, la fronde en main, veillé sur le bercail, Si j'ai devant recueil pris place au gouvernail, J'ai dû me dévouer pour la cause commune. Mais que n'ai-je vieilli dans mon humble fortune ! Que n'ai-je vu tomber les tyrans aux abois, A l'ombre de mon chaume et de mon petit bois ! Hélas ! j'eusse aimé mieux ces champs où l'on respire, Le ciel m'en est témoin, que les soins de l'empire; Et Cromwell eût trouvé plus de charme cent fois A garder ses moutons qu'à détrôner des rois !
Pleurant.
Que parle-t-on de sceptre? Ah ! j'ai manqué ma vie. Ce morceau de clinquant n'a rien qui me convie. Ayez pitié de moi, frères ; loin d'envier Votre vieux général, votre vieil Olivier. Je sens mon bras faiblir, et ma tin est prochaine. Depuis assez longtemps suis-je pas à la chaîne? Je suis vieux, je suis las ; je demande merci. N'est-il pas temps qu'enfin je me repose aussi? Chaque jour j'en appelle à la bonté divine, Et devant le Seigneur je frappe ma poitrine. Que je veuille être roi ! Si frêle, et tant d'orgueil ! Ce projet, et j'en jure à côté du cercueil, Il m'est plus étranger, frères, que la lumière Du soleil — à l'enfant dans le sein de sa mère ! Loin ce nouveau pouvoir à mes vœux présenté ! Je n'en accepte rien, — rien que l'hérédité. Encor vais-je appeler, pour qu'en mon âme il lise, Un théologien, lumière de l'Église.
J'en consulterai deux sur ce point, s'il le faut. De votre liberté je dois compte au Très-Haut,