ACTE II, SCÈNE
C'est comme un rêve enfin qui m'ôte le sommeil !
Et puis, de ce palais il faut faire une étude.
De ses mille détours je n'ai pas l'habitude.
Oui, vraiment, je me perds dans ce grand White-Hall ;
Et je suis mal assise en un fauteuil royal !
CR03IWELL.
Ainsi vous ne pouvez porter votre fortune ! Tous les jours votre plainte...
ELISABETH BOURCHIER
Elle vous importune, Je le sens; mais enfin je préférerais, moi, Notre hôtel de Cock-Pit à ce palais de roi,
A mistress Fletwood.
Et mille fois, surtout, n'est-il pas vrai, ma fille? Le manoir d'Huntingdon, la maison de famille !
A Cromwell.
Heureux temps ! Quel plaisir, dès le lever du jour, D'aller voir le verger, le parc, la basse-cour, De laisser les enfants jouer dans la prairie, Et puis de visiter, tous deux, la brasserie!...
CR03IWELL.
Myladyî...
ELISABETH BOLRCHIER.
Jours heureux, où Cromwell n'était rien, Où j'étais si tranquille, où je dormais si bien !
CR03IWELL.
Quittez ces goûts bourgeois.
ELISABETH PO^RCHIER.
Hé pourquoi? j'y suis née.
Aux grandeurs dès l'enfance étais-je condamnée ? Ma vie aux airs de cour ne s'accoutume pas ; Et vos robes à queue embarrassent mes pas î Au banquet du lord-maire, hier, j'étais hypocondre! Beau plaisir de dîner tête à tête avec Londre ! Ah! — Vous-même aviez l'air de vous bien ennuyer. Nous soupions si gaîment, jadis, près du foyer !
Mon rang nouveau...
ELISABETH BOURCHIER
Songez à votre pauvre mère.
Hélas ! votre grandeur, incertaine, éphémère, A troublé ses vieux jours; mille soucis cuisants L'ont poussée au tombeau plus vite que les ans. Calculant les périls où vous êtes en butte, Son œil, quand vous montiez, mesurait votre chute. Chaque fois qu'abattant tour à tour vos rivaux, Londres solennisait vos triomphes nouveaux, Si jusqu'à son oreille engourdie et glacée, Arrivait le bruit sourd de la ville empressée, Les canons, les beffrois, le pas des légions, Et le peuple, éclatant en acclamations, Réveillée en sursaut et relevant sa tête, Cherchant dans ses terreurs un prétexte à la fête, Tremblante, elle criait : «Grand Dieu! mon fils est mort!»
Dans le caveau des rois maintenant elle dort.
ELISABETH BOURCHIER
Beau plaisir ! dort-on là plus à l'aise ? et sait-elle Si vous y rejoindrez sa dépouille mortelle? Dieu veuille que ce soit bien tard !
lad y cleypole, d'une voix languissante.
C'est moi d'abord.
Qui vous précéderai dans ce séjour de mort, Mon père.
Eh quoi ! toujours ces lugubres pensées ! Toujours malade !
LADY CLEYPOLE.
Ah oui ! mes forces" affaissées S'en vont; il me fallait l'air des champs, le soleil. Pour moi, ce palais sombre au sépulcre est pareil. Dans ces longs corridors et dans ces vastes salles