‹ Cronique martinianeChapitre 105 sur 159 · LI · texte numérisé non relu

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Comment Mwtueigneur le Davlpkin procura de faire occire le grant Sénetchal de Normandie pour aucunes causes, et comment le roy donna à messire Jaques de Chabannes V office de grant maisîre d'ostel de France {f. 289).

1446. En l'an mil quatre cens quarante six Monseigneur le

daulphin fut mal content contre le grant Séneschal de Normandie ^ pour certaines causes qui ne sont icy escriptes, et délibéra Monseigneur le daulphin de le faire occire. Et de ceste matière se adressa audit conte de Dampmartin, auquel il donna dix mille escus; et luy promist ledit conte faire ladiae exécution. Toutesfois il advint que son frère, messire Jaques de Chabannes, grant maistre de France, fust adverty de la matière : envoya quérir son frère auquel il remonstra le dangier où il se boutoit de faire destruyre luy et les siens. Et ledit conte de Dampmartin, après avoir oy l'oppinion de son frère, rendit à Monseigneur le daulphin ladicte somme de dix mille escus que ledit daulphin luy avoit baillé ^. Et advint que le roy Charles fust de ce adverty,

1. Sur ce personnage voir YEssai sur la Vie de Pierre de Brè^ê (vers 1440- 1465) par Pierre Bemus dans Positions des Thèses de V Ecole des Cbartes, 1906.

2. Le dauphin avait attendu d'obtenir par l'intermédiaire de P. de Brézé son traité avec la Savoie (avril 1446) pour l'attaquer. Vers Pâques 1446, il avait fait venir à Chinon Chabannes et, lui désignant à une fenêtre un archer écossais de la garde du roi, lui aurait dit : « Voilà ceux qui tiennent le royaume de France en sujétion ! » Les relations d'Antoine de Chabannes et du dauphin sont alors assez obscures.

Le dauphin donnait une mission à Chabannes en Savoie et lui promettait 1,000 livres de rente sur le comté de Valentinois s'il s'en acquittait bien; quelques mois plus tard, à Razilly, le daulphin proposait à Chabannes d'enlever avec ses trente archers et vingt arbalétriers la garde du roi : Chabannes accepta.

Le sénéchal connut la conspiration du dauphin par l'entremise de Benoit,

qui estoit alors en la ville de Chinon : et manda son filz aller parler à luy : ce qu'il feist. Et quant il y fut le roy lui dist : « Loys, je scay bien la maulvaise voulenté que vous avez contre le grant Séneschal, qui m'a bien et loyaulment ser\y, et l'entreprise que vous avez faicte sur luy pour luy faire piteusement finir ses jours : mais je vous en garderay bien. » Et alors le daulphin respondit au roy : « Mon Seigneur, je ne fais chose en ceste manière qu'il ne m'ait esté conseillé par le conte de Dampmartin. » — Et le roy lui dist ces motz : « Loys, Saint Jehan, je ne vous en croy pas ! » Et envoya quérir le conte de Dampmartin, qui vint en la présence du roy : lequel luy parla de très rude parolle(s), en luy disant : « Conte de Dampmartin, vous [avez] conseillé à mon filz le daulphin de faire mourir le grant Séneschal de Normandie*, a — Lequel luy respondit que nenny, mais qu'il avoit entreprins de mettre la matière à exécution, par son commandement. Et alors Monseigneur le daulphin dist au conte de Dampmartin : « Sauf l'honneur de Monseigneur, vous avez menty ! » Et sur ceste matière le conte de Dampmartin va respondre à Monseigneur le daulphin, en la présence du roy : « Monseigneur, je vous respondroys autrement que je puys faire, car je respondrois touchant ceste article de ma personne à la vostre, si n'estiez fils de roy, et en suis exempté par ceste raison. Mais, Monseigneur, je vous offre, en la présence du roy mon souverain seigneur, que s'il y a gentil homme en vostre maison qui me vueille charger sur ceste matière, que je luy feray de ma per-

anden serviteur de Jean deBueil.Une enquête fut ouverte, Antoine de Chabannes et Benoist interrogés (17 septembre et 17 octobre 1446) : les Ecossais de la garde furent seuls punis. On trouvera ces importants documents aux Pièces justificatives n°* XVII et XIX du t. II du Jouvencel de Jean de Bueil. Voir par contre les charges portées par Guillaume Mariette, contre le sénéchal, lors de son procès en 1448. « Et a dit ledit se[neschal] qu'il vous fera destruire, dont il ne quitteroit pas sa part pour ccc*" escuz. » Chronique de Mathieu d'Escoucby, éd. de Beaucourt, t. III, p. 168 et suiv.

I. Après la campagne de Normandie, le 11 nov. 1449, Brezé avait été nommé capitaine de Rouen et le 3 avril 145 1 grand sénéchal de Normandie.

sonne dire le contraire !» — Le roy ayant ainsy ouy parler ledit conte dist audit daulphin : « Loys, je vous bannis pour quatre moys de mon royaulme et vous en allez en Daulphiné. » Et il dist audit conte de Dampmartin qu'il se vouloit servir de luy et qu'il luy feroit des biens. Et alors ledit daulphin sortist de la chambre, nud teste, et dist telles paroUes : « Par ceste teste qui n'a point de chapperon je me vengeray de ceulx qui m'ont gecté hors de ma maison * ! » Et fist coupper les queues à la pluspart de ses chevaulx, disant qu'ils estoient escourtez. Et ainsi s'en alla Monseigneur le daulphin en son pays de Daulphiné. Et demoura ledit conte de Dampmartin en la grâce du roy tellement qu'il fist donner à messire Jaques de Chabannes, son frère, l'office de grant maistre d'ostel de France, et en fut desferré Monseigneur de CuUant 2, pour ce qu'on disoit qu'il avoit prins l'argent d'ung quartier de ses gens d'armes. Et conquist ledit conte de Dampmartin beaucoup de biens au service du roy Charles ^.

1. Officiellement Louis partit pour le Dauphiné avec une mission de Charles VII, Il quitta la cour vers le i" janvier puisque le 7 il était à Lyon. Son séjour devait être de quelques mois : il allait recevoir l'hommage de ses sujets et aider à la réalisation des projets du roi sur l'Italie. Beaucourt, Hùt, de Charles VII, t. IV. 201.

2. Charles, seigneur de Culant, grand maître de l'Hôtel du roi de 1449 ^ mai i45i.On le trouve, en 1444, dans l'armée du dauphin et il entrait, en 1445, au grand conseil du roi. Beaucourt, Hist. de Charles VII, IV, 411. Capitaine de compagnies d'ordonnance en 1445, il fut chargé de nombreuses missions diplomatiques : il avait pris part à la campagne de Normandie et figura avec éclat à l'entrée de Rouen. Chartier, II, 165. En 1451, une instruction fut ouverte contre lui : elle révélait que ce capitaine s'attribuait une partie de la solde de ses soldats et une foule d'irrégularités dans le paiement des compagnies. En mars 145 1, à la requête de Richemont et de Dunois, des lettres de rémission lui furent accordées. A. Tuetey. Les Ecorcbeurs sous Charles VII, II, p. 449.

3. Voir la liste des possessions d'Antoine de Chabannes, dans V Histoire de la Maison de Ch,y II, passim.

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En ce temps, l'an mille quatre cents XLVij, le premier jour d'avril, les tresves d'entre le roy de France furent ralongées de deux ans ^..

Comment la ville de Pontheau de Mer fut prinse^ (/*. 290'),

1. Du fol. 289 v<* à 290 r" on trouve une suite de notes qui abrègent la Chronique de Jean Chartier. (Cljronique de Charles VII, roi de France, par Jean Chartier, nouv. éd. revue sur les manuscrits, suivie de fragments inédits par Vallet de Viriville, Paris, 1858, 3 vol. m-12.) Prise de Fougères 11, 61 ; supplice à Paris des coquins qui crevaient les yeux à de petits enfants II, 67 ; prise du Pont'de^rArche II> 69 ; de Gerberoy II, 74 ; affaire des Faux Visages II» 80 ; prise de Verneuil II, 81 ; de Nogent II, 84,

2. Abrégé de Chartier II, 85. — A la suite de cet alinéa, du fol. 290 r** à 291, série de notes empruntées à la Chronique de Chartier : défaite des Anglais en Ecosse, Chartier II, 87 ; la prise de Saint-James-de-Beuvron est donnée à la date du 16 août et non pas le 12 comme dans Chartier II, 91 ; reddition de Verneuil ihid II, 92 ; prise de Longny II, ici ; courses de Guillaume Chenu, capitaine de Pontoise, devant Dangy II, 112 ; siège du château d'Harcourt II, 115; prise de Nicourt II, 119 ; de Chambray dans TEure II, 120; d'Essai II, 121 ; de Fécamp II, 121; de Saint-Lo et Torigny II, 122 ; de Coutanc^s II, 132 ; siège de Mauléon en Guyenne II, 127 ; prise de Touques II, i}o; d'Yennes et d'Argentan II, 131 ; de Gisors II, 13$, de Château-Gaillart II, 133 ; siège de Rouen II, 137 ; reprise de Fougères II, 17a ; prise de Bçllêmes H, 174; de Torigny II, 175 ; de la Croix de Vaujoux II, 176 ; d'Harfleur II, 176-177 ; siège de Guiche par le comte de Foix II, 186 ; de Valognes II, 191.

Au fol. 292 r*', on lit cette note dont la date est différente de celle donnée par Chartier II, 186 :

« En ce temps le neufviesme )our de février trespassa la damoysellc de Beaulté, aultrement nommée la belle Agnès, et tut enterrée à Nostre Dame de Loches. » Chartier donne la date du 1 1 février. D'après les lettres des exécuteurs testamentaires elle serait morte le 10 février 1450.

La journée de Formigny^ (/. 292')

Lvm

Comment le siège fut mys devant la ville de Bayonne où estaient pour le roy le conte de Foiœ, de Dunoys et messire Jaques de ChabanneSj grant maistre d'ostel de France (f. 294'),

1451. L'an mil CCCCLI fut mys le siège devant Bayonne où estoient

iharticr, § 253. pour le roy les contes de Foix, de Dunoys avec grosse compaignie de

capitaines et gens d'armes, avec le nombre de douze cens lances, deux mil arbalestriers et autre grant nombre de gens de guerre et d'artillerie. Et tellement fut fait que ladicte ville fut rendue au roy. Et aussi fut rendu es mains de messire Jaques de Chabannes, grant maistre d'hostel de France, ung nommé Damp Jouan de Beaumont, capitaine dudit Bayonne, frère du connestable de Navarre, de l'ordre de Saint Jehan de Jherusalem. Lequel Damp Jouan, en la présence de tous les assistens, tant de la ville comme d'autres, bailla sa foy audit grant maistre de

I. Le chapitre ne contient rien d'original. C'est la reproduction abrégée du § 218 dé Chartier : De la journée de Frémi gny ga ignée par les Françoys sur les Anglais. Les extraits commencent au t. II, p. 197 de l'édition Vallet de Viriville. — Du fol. 293 1* à 294 y" suite de notes qui abrègent la Chronique de Chartier : siège de Vire II, 199; procession à Paris à la nouvelle de la victoire de Formigny ; siège d'Avranches II, 202 ; de Tombelaine II, 203 ; sièg^de Bayeux II, 204 ; prise de Briquebec II, 211; siège de Saint-Sauveur-le-Vicomte II, 212; siège de Cacn II, 214; de Falaise II, 223 ; de Cherbourg II, 231 ; Résumé de la conquête de la Normandie et description de cette province II, 233 ; Projet de conquête de la Guyenne II, 241 ; prise de Jonzac II, 242 ; Procès de Xaincoins II, 244 ; siège de Montguyon II, 249 ; siège de Blaye II, 254 ; siège de Bourc II, 261 ; siège d'Arqués II, 263 ; de Castillon II, 266 ; reddition de Fronsac II, 268.

France. Et audit siège fut fait chevalier par le conte de Foix, messirc Geffroy de Chabannes, filz dudit grant maistre*. Et le lendemain, qui estoit vendredy, ung pou après soleil levant, le jour bel et cler, fut veue au ciel par ceulx qui estoient en l'ost du roy et mesmement par les Angloys dudit Bayonne une croix blanche, laquelle on veit publiquement par Fespace de demye heure. Et lors les habitants de ladicte ville ostèrent leurs croix rouges disans qu'il plairoit à Dieu qu'ilz feussent Françoys en portant la croix blanche *.

Comment siège fut de rechief mis devant la ville de Bordeaulx dont estoit capitaine dHcelle ung nommé de Tallebot [f. 294').

En Tan mil CCCCLIIJ fut par le roy de rechief assiégée la ville de Bordeaulx dont estoit chief et capitaine ung vaillant chevalier Angloys, nommé Jehan de Tallebot, très renommé en armes et d'auctorité envieilly ^ tant entre les Angloys et les Françoys : lequel avoit guerroyé en France plus de quatorze ans par ' avant *. Mais trois ou quatre ans devant que le roy conquist la duchié de Normandie sur les Angloys, il fut prisonnier à Rouen. Et le roy pour sa franchise et courtoisie luy donna sa raençon. Et luy donna le roy de riches dons d or et d'argent ^,

1. Histoire de Gaston IV, comte de Foix, par Guillaume Leseur, éd. H. Courtcault, (Paris, 1893, 2 vol. in-8), I, 206, 209, 217. [Soc. de THistoire de France.]

2. Sur le miracle des croix blanches, v. la lettre de Dunois et du C** de Foix à Charles VII, du 21 août 14 Si (Beaucourt, Hist, de Charles VII, t. V, p. 52), le poème d'Astesan à la suite du tnanuscrit des poésies de Charles d*Orléans de la bibliothèque de Grenoble, n" 873 f. 153.

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