Jean de Bourgogne, comte d'Etampes
8. Cette interpolation est avec le récit de V Histoire de Gaston de Foix, de Guillaume Leseur, (t. Il, p. 8 et suiv.), la source origiitale de la jourtsée de Castillon.
CRONiaUE MARTIKIANE 6$
que messire Jacques de Chabannes, grant maistre de France, acompaîgné de cent hommes d*armes de sa compàîgnîe seulement, sortît hors du parc où les François s'estoîent fortifiiez pour ce que îcelluy messire Jaques de Chabannesdésîroit veoir la contenance des Angloys et la façon de leur convive. Si advînt qu'il trouva assez près dudîtparc l'advant garde desditz Angloys, de laquelle il fut rebouté très amèrement, non pourtant qu'il perdit quarante hommes d'armes des siens. Et fut constraint de s'en retourner par une autre porte que par où il estoit party. Et quant il fut retourné dedans le champ, pour vray, plusieurs capitaines furent en grand doubte pour sçavoir qu'il estoit à faire. Si fut l'oppinion dudit grant maistre telle qu'il s'ensuyt : c'est assavoir que tous les capitaines et hommes d'armes devroient envoyer hors du parc leurs chevaulx pour illec vivre, et mourir pour faire service au royaulme de France. Et aucuns d'îceuk capitaines eurent grant regret d'en envoyer leurs ditz chevaulx pour qu'ilz pensoient qu'ilz n'en pourroient trouver à louage. Si fut le conseil dudit grant maistre tenu pour bon et louable de tous lesditz capitaines et firent sortir tous leurs chevaulx du champ. Or devez sçavoir que tous les Anglois, après qu'ilz eurent si rudement fait rebouter ledit grant maistre, firent arrester leurs enseignes pour sçavoir que vouldroient dire les François. Et lors que ledit Tallebot vit sortir lesditz chevaulx des Françoys et la pouldre qu'ilz jettoient, cuydant que lesditz Françoys s'en voulsissent fuyr, commença à tyrer en avant droit au champ. Et estoit en la compaigtiie dudit Tallebot son filz, le sire de Lysle, le sire de MoHns et plusieurs autres vaillans du pays d'Angleterre, tant seigneurs chevaliers que escuiers, et aussi du pays de Bourdclois. Or va
venir derrenier ledit Tallebot, monté sur une petite jument blanche, >o. avec sa compaignie, droit à la barrière pour entrer au champ : mais ilz furent très rudement recueillis par les Françoys et fut de telle sorte qu'ilz les firent reculler, dont iceulx Anglois furent fort esbahiz. Et Et quant ledit seigneur de Tallebot vit ainsi ses gens reboutez feist
66 CRONiaUE MARTINIANE
mettre pied à terre à tous cculx de sa compaignie qui estoient venuz à
cheval. Et devez sçavoir que icelluy grant maistre pressa fort les archiers Françoys de tirer fort et employer leurs trousses à tirer contre leurs ennemis. Ce que voulentiers ilz firent. Et de luy il batailla vaillamment ^ Et quant lesditz Anglois
arrivèrent ilz avoient haultz les banières desployées...
Comment fut par les Françoys le siège mis devant la ville
de Chastillon (f. 295").
[1453.] Et le lendemain de ladicte journée l'année du roy alla assiéger
Charticr, § a6o. ladicte ville de Chastillon, laquelle fut rendue à la voulenté du roy *,
jasoit ce qu'il y eust dedans ladicte ville de mil à quinze cens Angloys. Et aussi fut prins par lesditz capitaines Françoys la ville de Lybome et plusieurs autres ^.
Comment, après la journée de Chastillon, messire Ja^juts de Chahannes envoya au roy la gorgerette de Monseigneur de Tallebot, Et comment aucuns cuydèrent mettre ledit de Chabannes en V indignation du roy (/*. 296),
En icelluy temps, après ladicte journée, messire Jaques de Chabannes envoya au roy par ung nommé Jehan Rétif,
1. Sur la mort de Talbot voir l'important récit de Mathieu d*Escoucby, II, II -13. — La suite du récit est la copie abrégée du chapitre de Jean Chartier III, p. 5 à 9. — En parlant du sire de Montauban, le chroniqueur ajoute : « qui depuis fut admirai de France, du temps du roy Louys et en desfera Monseigneur de Bueil » f. 295'.