‹ Cronique martinianeChapitre 146 sur 159 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Comment lesdictes lectres de Monseigneur le daulphin furent monstrées au roy son père (/*. 306).

Vous devez sçavoir que les lectres ne tombèrent point entre les mains de ladicte damoyselle, mais furent par ung cordelier qui les portoit baillées à ung varlet de chambre du roy Charles, à cause que ledit cordelier ne povoit parler à ladicte damoyselle. Et promist ledit varlet les bailler à icelle damoiselle. Mais il les bailla, comme j'ay ouy dire, à Monseigneur du Maine, lequel les monstra au roy, qui fut bien esbahy de les veoir et ne sçavoit que penser : non obstant il dist audit conte du Maine qu'il ne pourroît penser que icelluy conte de Dampmartin luy voulsist faire quelque lasche tour. Mais icelluy Monseigneur du Maine persuadit

1. M. de Bcaucourt. Hist. de Charles VU, VI, 438, propose la correction atril,

2. Cette formule n'est pas de style : les lettres de Louis XI sont toujours signées Loys et du nom du notaire. I^ fait est assez surprenant : mais il s^agit en somme d'un papier privé et d'une lettre autographe du dauphin.

On avait pensé tout d'abord que cette lettre était un faux fabriqué par le comte du Maine : mais la personnalité de Louis XI, si vive dans cet écrit, ses relations ccruines avec Antoinette de Villequier, nous ont fait abandonner cette hj'pothèsc.

IIO CRONiaUE MARTINIANE

si fort le roy, pour la hayne qu'il portoit audit conte de Dampmartin, que le roy Charles l'envoya à Saint-Forgeau, qu'il avoit achapté nouvellement par décret la somme de vingt mille escus, comme dessus est dit. Et par ce moyen fut donné le bont audit conte de Dampmartin^ à faulses enseignes, car jamais par luy ne furent escriptes aucunes lettres audit daulphin^

Comment le roy sceut par aucuns des secrettaires du Daulphin que le conte de Dammarttn n'avoit point escript nulles lettres au Daulphin (/*. 306*),

,^6i. En icelluy temps, environ le moys de juillet fut semé certain lan-

Chartier, § 287. gage par certaines gens plains de zizanie : et disoit on que on vouloit

empoisonner le roy estant à Meung sur Ycvrc. De laquelle chose, après ce qu'il fut inibrmé, fischa tellement ledit empoisonnement* en son cueur que oncques puis n'eut joye ne santé. Mais, pour ce qu'il en avoit esté adverty par ung cappitaine, qui bien l'aymoit, y adjousta plaine foy et se desconforta tellement qu'il en laissa le boire et le menger bien l'espace de sept jours ou environ qu'il ne se osoit fier à nul de ses gens ne prendre aucune réfection. Or devez sçavoir que le roy

1. Sur la fidélité du comte du Maine pour Charles VII, cf. à la date du 18 juin 1461, la dcpcchc de l'ambassadeur Milanais Camulio (de Beaucourt, Hist. de Clxirles VU, VI, p. 43 S)» H fut l'artisan, à la fin de l'année 1460, d'un^ tentative de rapprochement entre le dauphin et Charles VII : pour cela il fallait anéantir l'ascendant du comte de Dammartin. De là sans doute la rivalité du comte du Maine et d'Antoine de Chabannes. « Et non dubite Delphin che obtenira tutto... chel sera lo maistro de Re et che Donmartin sera anullato, » dépêche de Camulio, du 11 mars 1461, citée dans Beaucourt,///5/.<feC&ïr/«r/7, VI, 316, note 3.

2. Sur cette croyance à l'empoisonnement cf. Zantfliet dans Amplissima col- Jcct'w, V, 501 ; Basin I, 31 1-3 12. Il paraît plutôt résulter des dépêches des correspondants du duc de Milan qu'une fluxion de la bouche^ sans doute en rap* port avec la plaie cancéreuse signalée à la jambe du roi dès 14S7, détermina un jeûne que le roi ne put supporter, cf. textes cités par de Beaucourt, Hist. de Charles Fil, VI, pp. 439-440, et la consultation du D' Notta pp. 4S7-4S9«

CROXiaCE MAKTINL\yE III

avoit des gens autour de la piersonne de monseigneur le daulphin, mesmement de ses secrenaires qui luy faisoient sçavoir des nouvelles du daulphin et luy en escri voient '. Si envoya le roy Charles iing cordelier exprès devers les secrettaires dudit dauphin^ pour sçavoir se le conte de Dampmartin luy avoit escript unes lectres; i qui fut trouvé que non, et apporta ledit cordelier lectres d'iceulx secrettaires par lesquelles ilz escrivoient que jamais il n'en avoit escript et n'en avoient ouy parler et sçavoient véritablement que monseigneur le daulphin le hayoit à mort. Le roy sachant le conte de Dampmanin esire pur et innocent de ce qu'on luy mettoit sus de tenir le party dudit daulphin l'envoya quérir en son chasteau d^ Saint-Forgeau -. Et arriva ledit conte de Dampmartin à Meung sur Yévre ung jour devant sa mon, qui fut le lendemain, veille de la Magdaleine ^. Et dès ce qu'il fut devant le roy, luy commença à demander : « Sire, comme se porte vostre santé ? » — Et le roy lui respondit : « Très piteusement, conte de Dampmartin ! » Et ledit conte commença à dire : « Sire, je vous prie que vous mangez et n'ayez deffiance de nulluy * ; car je croy qu'il n y a homme en Vostre maison qui ne voulsist mourir pour vous ! Et, se vous avez quelque ung de qui vous ayez délEance, faictes le prendre et faire son procès tout au long : et, s'il est trouvé qu'ilz ayent riens mesprins contre vostre personne, faictes le tirer à quatre chevaulx !» — Et le roy respondit : « Je remetz la ven-

1. Par contre on pourra consulter les informations faites en juillet et septembre 1459 au château du Coudray, à Chinon, contre Julien de Vienne pour des relations avec des émissaires du Dauphin. B. N. fr. 20494, fol. 77. — Habebat in domo patenia qui cuncta sibi qux nossc potuissent nuntiarcut. Bas in III, 245.

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