SCÈNE YIII
MADAME JOLIVAR, GIMBLETTE.
MADAME JOLIVAR.
Ah! monsieur Gimblette, parlez-moi un peu de cet estimable Croquignole.
GIMBLETTE
Hélas! madame, il a versé plus d'une Cois ses chagrins dans mon gilet... c'est son amour pour Euphrasie qui l'a calciné!
MADAME JOLIVAR.
Dam ! je le croyais pauvre... si j'avais su qu'on pouvait faire fortune dans les paillasses...
GIMBLETTE
Vous en doutiez, femme incrédule et sceptique?
MADAME JOLIVAR.
Si j'avais su cela, je lui aurais donné Euphrasie.
GIMBLETTE
Vrai?... J'enregistre cette déclaration.
MADAME JOLIVAR.
11 est trop tard!... et maintenani, il faut que je sacrifie ma nièce!... car ce ca'é ne me ra[)porte rien, . il est maudit!
l'eut-ètre !
' Mad, J, G.
MADAME JOLIVAU.
Je dois de l'argent aux deux cousins, el si Euphrasie n'épouse pas l'un ou l'autre, je suis ruinée, dévastée, je suis en déconfiture!
GIMBLETTE
Pas encore !... ne suis-je pas là, moi ?.. Et si je vous comblais de richesses?... si je faisais couler à vos pieds les lingots du Potose?..
MADAME JOLIVAR.
Vous?
GIMliLETTi:.
Oui! moi!... Qucme donnericz-vous?
MADAME JOLIVAR.
Si c'était vrai!... tout ce que je possède pour un pareil service!
GIMBLETTE
I Tout!... môme la main d'Eupiirasie?
MADAME JOLIVAR.
Dam! si elle y consentait !
GIMBLETTE
Touchez là... vous avez dix mille livres de renie!
Où les prendrai-je ?
•GIMBLETTE
Dans le cœur humain î
MADAME JOLIVAR.
Où prenez-vous le cœur humain?
GIMBLETTE
Vous ne comprenez pas, femme inlelHgente... Mais le cœur humain est une mine intarissable où il ne s'agit que de piocher pour en extraire un nombre fantastique de billets de banque!... Exemple : Vous trônez dans votre comptoir en simple bourgeoise... solitude complète!... Revêtez un costume excentrique et la foule se ruera sous vos lambris!... Nous avons à Paris le café des Mauresques, fondons ici le café des Américaines ou des Marocaines! je vous enseignerai le marocain.
MADAME JOLIVAR.
Ah! mon Dieu! vous avez un bagou qui me rendra folle... Est-ce bien difficile, le marocain ?
GIMBLETTE
Cette langue ne diffère du français que parce qu'elle est étrangère... du reste , c'est le même idiome, avec des cuirs et des terminaisons en oc. Un consommateur demande une demi-tasse; vous dites au garçon : Servoc demi-tassoc... ou vient payer au comptoir: vous lYnesCinquantoc cenHmoc!
MADAME JOLIVAR.
Ça me semblée assez faciloc.
Vous possédez la langue, mais il vous faut le costume!.,, j'en ai plusieurs dans mes paquets!.. nous séduirons les badauds par les exercices les plus mirobolants!... chansonnettes à l'instar du Palais-^oyal... pantomime dialoguéC;, dans le gen-
re du Cirque Olympique... Ça n^ sera pas neui.., mais, quand on veut du nouveau, il hml me prévenir "huit jours d'avance... Savez-vous chanter et danser?
MADAME JOLIVAR.
Je bats assez joliment la caisse.
GIMBLETTE
Nous utiliserons vos talents.
MADAME JOLIVAR.
Mais, j'ai ma nièce qui danse comme un chevreau .
GIMBLETTE
Prêtez-la-moi !... en deux leçons j'en ferai une Carlotta.
MADAME JOLIVAR.
Elle fera peut-être des difficultés, vu qu'elle pleure son cousin Tiburceî
GIMBLETTE
Je me charge de la décider!,.. (J^ui donnant un paquet.) Portez-lui toujours ces costumes, dont l'éclat doit chatouiller sa coquetterie.
L'idée est bonne!
GIMBLETTE
Allez vite, femme née pour les arts!
MADAME JOUVAR.
Il me fait faire tout ce qu'il veut! {Elle sort à gauche) .
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