SCÈNE III
THÉRÈSON, FANNY.
thérèson. — Eh ! vous voilà de bien bon malin.
fanny. — Je suis si contente quand je viens à la maison, et le temps me paraît si court ! Papa est levé?
thérèson. — Pas encore; il s'est couché bien lard, le pauvre cher homme.
fanny. — Je croyais cependant l'avoir entendue lui parler. Tu parlais à quelqu'un,
thérèson. — A quelqu'un qui sortait.
fanny. — C'est singulier ; j'avais cru reconnaître la voix de mon père.
thérèson. — En vérité!
fanny. — Je t'assure. Mais qu'as-tu donc, Thérèson? Toi, ordinairement si heureuse quand je viens ici, tu es triste, ce matin !
thérèsoiv. — J'ai des raisons pour agir ainsi, de grandes raisons.
fanny. — Oh ! alors, dès que tu as des raisons, je ne dis plus rien : si cela te fait plaisir d'être de mauvaise humeur, je ne veux pas te contrarier ; j'en serais désolée.
thérèson. — Si vous saviez, chère enfant, tout ce que j'ai à souffrir, quand je vois un brave homme de père comme le vôtre, se brûler le sang comme il le fait; et tout cela, pour une poignée de viveurs qui le grugent et le dilapident à qui mieux mieux ; ça me donne de l'humeur, et vingt autres à ma place en seraient mortes de dépit.
fanny. — Tu sais combien il aime à rendre service.
thérèson. — Et ce sont ces gens auxquels il fourre tout le long de l'année, qui, lui faisant perdre le plus beau et le meilleur de son temps, le forcent à travailler jour et nuit.
fanny. — Thérèson !
thérèson. — Eh bien?
fanny. — N'as-tu rien à me dire?
thérèson. — Rien.
fanny. — Tu me fais de la peine.
thérèson. — C'est possible, je n'en sais rien.
fanny. — Tu le sais, mais tu ne veux pas en convenir.
THÉRÈsoir. — Voulez-vous parler de ce petit bonhomme qui veut de vous pour femme, et qui venait vous demander?
rovY. — Comment] Thérèson, il aurait osé...?
thérèso:v.— Oh! je vous promets que le gaillard n'est point embarrassé, qu'il ne doute de rien ; mais le cher père, qui n'entend pas raison sur ce chapitre, aurait pu lui faire un mauvais parti : c'est pourquoi je l'ai prié de rengainer son compliment, et bien vite. Il ne se l'est pas fait redire.
fa»y. — Pauvre Jules!
TiiiiRÉso-v. — Il paraît que ce n'est pas d'hier que cette affaire se trame; car, chaque fois que l'oncle l'envoyait à la maison, chaque fois qu'il pouvait m'attraper, vous étiez sur le tapis.
fawy. — Jules est le frère de ma meilleure amie: il venait souvent la voir; c'est à la pension que je l'ai vu. N'est-ce pas qu'il a l'air d'un bien bon jeune homme?
thérèsotï. — Comment donc! il est charmant; mais nous n'en voulons pas. Voilà précisément l'heure où le papa a coutume de descendre. Ne lui disons rien; il a bien d'autres choses en tête.