‹ Croquis a la plumeChapitre 38 sur 75 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MERMÈS, LAVENAZE.

lavenaze. — Maudit homme! me faire perdre ainsi deux grandes heures à écouter ses balivernes ! (// pousse le verrou de la porte par laquelle il vient d'entrer.) Je suis sur, au moins, que, de ce côlé, on n'entrera point sans ma permission.

mermès, toujours dans le fauteuil, fumant son cigare, les deux jambes en l'air. — El adieu donc !

lavkwazb, stupéfait. — Qu'est-ce encore? [Il se retourne.) C'est toi?

mermés. — Comment va?

lavbhaze. — Par où es-tu venu?

M i: KM ES. — Et toi?

laveaaze. — Cette fille me fait mourir à petit feu; c'est intolérable !

hermès. — La pauvre fille n'y est ponr rien.

lavemze. — Comment! elle n'y esl pour rien ?

mermés. — Exactement.

lavemze. — Mais ne dis donc pas cela. Comment! elle n'y est pour rien? Mais elle est pour tout dans les persécutions que j'endure. Tu ne sais donc pas qu'elle se rail un jtu de me tourmenter, la malheureuse! que je ne suis plus le maître chez moi, que c'est à n'y plus tenir ! Mais patience, j'aurai un jour ma revanche, je l'espère, et alors nous verrons.

mermés. — Je répéterai toujours que ce n'est pas sa faute, à la pauvre fille, si je suis entré.

lave>aze. — Elle ne l'a donc rien dit, la malheureuse, de la défense que je lui ai faite de ne laisser entrer âme qui vive !

KERMÈS. — Je ne l'ai seulement pas vue; ce n'est que longtemps après qu'elle est venue.

LAVEiTAZB. — Mais quel moyen as-tu donc employé pour arriver? Qui fa ouvert?

mermès. — Ce n'est pas elle.

n\ en ize. — Qui, alors?

merhés. — Le porteur d'eau; je l'ai suivi, et nie voik'i !

laveiuze. — Tu m'avoueras qu'il est cependant bien cruel de ne pouvoir faire chez soi une seule de ses volontés... Tu permets...?

(Il continue sa correspondance sur un des carions placés sur le bureau.)

mermës. — Ne L'inquiète nullement de moi. Va ton train.

lavenaze. — El qui me proeure la visite de si bonne heure?

kermès. — Je suis de semaine, je m'embête à périr, et, comme lu es à deux pas du quartier, je viens passer mon temps ici.

lavenaze. — Grand merci de la préférence.

mermès. — S'ils ont besoin de moi, rien de plus facile : le planton est prévenu ; en deux temps, deux mouvements, me voilà au poste.

lave>aze. — Peux-tu me passer cette lettre que tu as là?

mermès. — Où cela, dis-tu?

lave\aze. — Sur le bureau, sons la jambe droite.

kermès. — Ce chiffon de papier?

l v\ brazk. — Précisément. Dieu obligé, je te remercie.

kermès. — A ton service; mais, dis-moi, je le vois là perché sur ce carton, que ne le mets-tu à ton bureau ? Ne serais-tu pas mieux pour écrire?

layewze. — Beaucoup mieux, cent fois; mais, pour cela, il faudrait que lu consentisses à me rendre mon fauteuil.

herhès, se levant. — Qu'à cela ne tienne, cher ami; reprends la place. Je n'y pensais pas; j'étais là, tranquille comme Baptiste, à me goberger; je n'y pensais vraiment pas.

(Il se lève et vient dans l'appartement. Lavenaze a repris son fauteuil et continue son travail.)

hermes. — Tiens, la singulière forme de chapeau \(Il prend le chapeau placé sur un meuble. | A qui ce chapeau?!,// le met sur sa tète.) La drôle de forme! Comment me trouves- tu avec? [Lavenaze ne répond pas.) 11 est bien trop petit pour moi, il me gêne horriblement.

laveiuzb. — Laisse donc mon chapeau.

herhès. — Commeni! c'est là ton chapeau? Tu as une forme pareille? Il est bien trop petit pour moi, ton chapeau. Tu as la tète plus étroite, je ne

l'aurais jamais cru, par exemple. Heureusement qu'il y a moyen d'arranger les affaires.

(Il pose le chapeau sur son genou et se dispose à l'agrandir.

lavknaze, se levant. — Mais que fais-lu? Tu vas briser mon chapeau.

mermés. — Laisse-moi faire; cela me connaît, je vais pouvoir l'entrer.

lavexaze. — Je n'en vois pas la nécessité ; l'essentiel est qu'il m'aille. Rends-le-moi.

mermès. — Attends un peu.

(Lavenaze veut avoir son chapeau ; Mermès ne veut pas le lui donner, et, pendant le débat, le chapeau tombe à terre.

lavenaze, ramassant son chapeau. —Qu'avaistu besoin d'essayer ce chapeau? Je te demande s'il était bien nécessaire que tu l'essayasses.

mermés. — Je voulais voir la ligure que j'avais avec.

Lavenazea repris sa place à son bureau; Mermès prend une chaise ; il la jette à terre, et la brise en cherchant à la faire tourner sur elle-même )

1!H8 croquis a la plume.

laveinaze. — Tu veux donc tout briser ici?

mermès. — Voilà qui est singulier, c'est la première fois que cela m'arrive.

lave>aze. — Tu as la main malheureuse ; lu ne viens pas ici de fois que lu ne me laisses des traces de ton passage. Tu l'as cassée.

mermès. — Décollée ; avec une idée de colleforle, il n'y paraîtra plus.

laveîvaze. — Il faut que tu touches à tout.

mermès. — Si tu y liens tant, à ta malheureuse chaise, je le la payerai, et qu'il n'eu soit plus question.

lavbrazk. — C'est qu'aussi, mon pauvre ami, tu es d'une maladresse...

(Mermès prend une autre chaise, s'y assied achevai, au beau milieu de la pièce, les coudes appuyés sur le dossier, frappant de temps en temps sur sa botte à grands coups de sa cravache.

mermès. — Tu étais donc hier eu campagne? Je ne t'ai point rencontré.

laveîvaze. — On me l'a dit en rentrant.

mermès. — J'amenais le lils Tartat; il est ici. Il m'est venu voir en arrivant. Nous étions venus le demander à dîner; ne te trouvant pas, je le menai à la pension, et le soir au spectacle. (// tire un cigare de sa poche.)

lavenaze. — Que vient-il faire à Paris, ce Jeune li anime?

mermès. — Tu as un briquet? (Il se lève et cherche un briquet.)

lavenaze. — Je n'en sais rien ; vois sur lu cheminée.

mermès. — Pas plus que sur la main.

lavenaze. — Tu vas encore fumer?

mermès. — Décidément, je ne trouve pas de briquet.

lavepjaze. — Je croyais en avoir un.

mermès. — Comment! pas de briquet? Ah çà! tu plaisantes?

layènaze. — Je ne plaisante pas.

mermès. — On ne croira jamais que, dans une maison comme la tienne, il n'y ait pas un briquet.

(Il change les flambeaux de place sur la cheminée; il soulève le globe de la pendule, el renverse les flacons.)

lavenaze. — Prends garde! tu vas encore faire quelque miracle.

mermès. — Sois calme, ne crains rien. Si encore ton feu n'était pas éteint. Je t'ai cependant connu un briquet, ou ne me l'ôtera pus de l'idée. Je

le vois encore, dans une boîte rouge. Voyons si par hasard je n'aurais pas le mien sur moi. {En cherchant dans les poches de sa redingote, il en tire un briquet.) Diable de bête! j'avais le mien en poche; juste l'histoire de l'homme qui cherchait sa femme... Tu vois ce briquet, tu le vois? Tu le trouverais dans la rue, que lu ne le ramasserais pas; eh bien, tel qu'il est, je ne m'en déferais pas pour beaucoup.

^11 bat le briquet et allume son cigare après avoir repris sur la chaise sa première position.)

Ne me demandais-tu pas ce que venait faire à Paris le fils Tartat?

layexaze. — Je crois que oui.

mermés. — Il y vient pour son droit. Le père voudrait en faire un procureur; mais je ne lui crois pas les doigts assez longs.

layeinaze. — N'avait-il pas un oncle qui l'était?

mermès. — Oui bien, qui l'est même encore; c'est le père Landais, le vieux Landais, le propre frère de sa mère ; la mère était une Landais. Tu l'as bien connu, Lavenaze, ce vieux Landais, qui demeure rue dc< Bénédictins, tout contre Paneien

collège. Quel vieux podagre que ce vieux Landais ! quel fesse-nialhieu! Il a eu assez de mon argent, le vieux corsaire! Aussi est-il richissime, l'infâme gredin! Il compte céder son fonds de boutique à son neveu, qui ne le tient pas encore : il crèvera à la peine, le vieux juif.

laveivaze. — Il est très-âgé, cet oncle?

mermès. — Vieux comme les rues, l'âme chevillée dans le corps.

lavenaze. Je ne le connais pas, ce fils Tartat; je ne l'ai jamais vu.

mermès. — Charmant jeune homme, très-bien, très-gentil, qui n'a point l'air d'y toucher, et qui n'abandonne pas sa part aux chiens.

lavenaze. — N'avait-il pas un frère plus âgé que lui?

mermès. — Son frère aîné, charmant garçon aussi, qui a fait les cent dix-neuf coups, qui a mangé à son père plus d'argent qu'il n'est gros, un brigand fini, qui s'est engagé; bon comme le bon pain, ce frère, le cœur sur la main ; il n'a rien à lui.

lavenaze. — Ah çà ! dis donc, je ne me gêne pas avec toi...

mermès. — Et bien lu fais.

lavenaze. — Je vais te prier de me laisser seul.

mermès. — Rien, très-bien. Tu sais que je lui al donné rendez-vous ici, au fils Tartat.

LvvENAZK. — En voilà la première nouvelle.

mermès. — Tantôt, à trois heures. Nous venons dîner.

lavenaze. — Peut-être dinerai-je chez ma sœur.

mermès, se levant. — Qu'à cela ne tienne. La maison est bonne, et Thérèson est là.

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