SCÈNE XXII
PANNY, THÉRÈSON, MADAME DE LA BASTIDE.
madame de la bastide, tenant encore Vessuiemains, qu'elle jette en entrant sur le canapé. — Il vous ennuyait de ne point me voir, me voilà... C'est toujours le diable pour m'asseoir... Rien de bon comme ce madère! (Elle boit.) Ah ça ! viens te mettre ici à côté de moi, sur ce canapé. Voyons, parlons peu et parlons bien... Tu n'es plus en pension?
(Thérèson prend une chaise et va s'asseoir au fond de la pièce, agitant son pied en signe d'impatience.)
fanny. — Pardonnez-moi, madame, toujours.
madame de la bastide. —Comment! encore?
C'est que tu es si grande ! [Fanny baisse les yeux.) Moi qui ne voulais pas croire que tu grandirais : c'étaient nos querelles avec la pauvre Tronquelte; tu te les rappelles, Thérèson, avec la maman?
thérèson. — Oui, madame.
madame de la bastide. — Et pourquoi? Parce que la pauvre femme voulait toujours avoir raison ;
je me tuais de lui dire : « Ta pclile ne grandira pas, il faut en prendre Ion parti, elle en restera là. Celle petite est nouée, arcliinouée, jamais elle ne se développera; » c'était comme si j'eusse chanté, jamais je ne pus la convaincre. J'aurais parié... mille contre un, tantje croyais être sûre de mon affaire, tant j'étais persuadée que tu resterais nabote. Heureusement, cher ange, qu'il n'en est rien, ce dont je suis ravie... Te rappelles-tu m'a voir jamais vue?
tAimr. — Non3 madame.
madame de la bastide. — Ce n'est pas extraordinaire, il y a déjà des années de cela... cependant je n'ai pas laissé que de rester encore un bout de temps chez vous autres.
thébbson. — Dix-huit mois, madame, tout autant.
madame de la bastide. — Cela peut bien être. L'essentiel pour toi, cher ange, c'est d'avoir maintenant des jambes comme tout le monde. Il n'est pas encore question de l'établir, que tu saches?
favxy. — Je ne sais pas.
MADAME DE LA BASTIDE. — Au reste , pOUT Ce
qu'il en retourne, tu seras bien assez lot en ménage. J'avais ton âge quand on me maria. C'est encore une drôle d'histoire que ce mariage... hi! hi ! bi ! hi ! Quelle farce ! hi ! hi ! hi ! hi! Ce fut ma
pauvre mère qui le voulut, bi ! hi ! J'étais si jeune ! je n'avais pas encore de volontés, bi! lii! je nie laissai faire ; quand cela fut fait, je ne fus ni fâchée, ni bien aise. Il est non de te dire... (Elle boit.)
thérèson. — Pardon, madame, mademoiselle...
madame de la bastide. — Que ce pauvre M. de la Bastide eut fort à faire, que je lui donnai du lil à retordre !
thérèson. — Je vous en prie...
madame de la bastide. — Je n'avais pas d'amour pour lui; c'était un combat continuel entre mes sens et mes principes...
thérèson. — Devant une jeune personne...
madame de la bastide. — Laisse donc ! à son âge, je n'avais plus rien à apprendre, cela ne m'a pas empêchée d'aller droit mon chemin... ha! ha! ha ! ha ! ce qui ne m'empêcha pas d'en voir de bien drôles, bi! hi! hi! bi!
thérèson. — C'est une indignité.
madame de la bastide. — Tu le prends ainsi, nous allons rire , hi ! hi ! hi ! hi ! Dis-moi , la belle prude, de ton aventure dans la diligence, à Montélimarl, l'en souvient-il?
TnÉRÈsoN. — Ça n'est pas vrai.
madame de la bastide. — Ha! ha! ha! ha! la plaisante histoire! J'en ai ri longtemps! hi! hi! hi ! hi ! Et le pauvre greffier de justice de paix ! hi!
ItiV CUOQlilS A LA PLUME.
hi ! lu ! hl ! el In culbute qui s'ensuivit ! hi ! lii ! lii ! lu ! ha ! ha ! lia ! lia !
théréso>. — Venez , mademoiselle , croyezm'en.
MADAME DE LA BASTIDE. — Hi! lii! ÎU t'eil TOS,
cher ange?
théreso>. — H y a longtemps que nous eussions dû le faire. (Elle sorl, précédée de Fanny.)
SCLXE XXIII.
madame de la bastide. — Bien le bonjour ! A ton aise, ne te gène pas. Hi! bi! hi! hi ! Je viens de lever là un lièvre qui ne doit pas lui faire grand plaisir. Hi! hi! j'en ris encore comme si l'aventure venait de m'ètre contée . Ha ! ha ! ha ! ha ! Ce que c'est que de nous!
SCÉXE XXIV.