‹ Croquis a la plumeChapitre 57 sur 75 · SCÈNE XXXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXXI

FANNY, THÉRÈSON, LAYENAZE.

lavenaze, se jetant sur le canapé. — Dieu merci! m'en voilà débarrassé! (Il passe son mouchoir sur son front.)

fanny. — Elle t'a encore bien tourmenté, cette dame, n'est-ce pas, papa?

layenaze. — C'est inouï tout ce que cette femme m'a fait souffrir. Je veux être pendu si elle n'a pas embrassé vingt personnes.

thérèson. — Elle connaît le diable.

lavenaze. — Ce n'est pas tout. Nous n'avions pas fait vingt pas dans la rue, qu'elle me quitte, et la voilà se jelanl comme une perdue dans les bras du premier passant qu'elle croit reconnaître, et qui jure ses grands dieux que, de sa vie, il ne l'a vue. Il était encore là, qu'un second se présente, avec lequel elle eut autrefois des rapports d'intérêt ; elle

l'arrête, le saisil au collet, et se met à lui dérouler un torrent d'invectives et d'infamies telles, que je suis encore à me demander comment il se fit que la patience ne lui échappa pas plus tôt. Cependant, à la fin, poussé jusque dans ses derniers retranchements, il réplique à son tour et dans les termes les plus énergiques ; tout cela, en présence d'une centaine de personnes au moins, accourues sur le lieu delà scène. J'avais toujours pendue à mon hras la chère dame, qui se démenait comme un beau diable, prétendant que cent autres à ma place eussent déjà souffleté son antagoniste. Je souffrais le martyre, j'étais entre deux feux, et, bien que totalement étranger à la querelle, je n'en faisais pas moins tout mon possible pour les apaiser : plus je cherchais à les calmer, plus ils semblaient s'irriter encore. Je ne savais que devenir; ma position était des plus critiques,, quand, par bonheur, après avoir entendu prononcer mon nom, ce monsieur se rappelle m'avoir vu plusieurs fois dans le monde; il se confond alors en excuses, me conjure de vouloir bien oublier la scène qui venait de se passer; il me prend la main et nous nous quittons les meilleurs amis du monde. Je cherche partout ma folle, que je croyais encore à mes côtés : plus de femme ! clic avait disparu et s'était réfugié dans un fiacre, voyant la tournure que prenaient les choses, me

laissant me dépêtrer comme je pourrais. J'avoue que, dans le premier moment, je fus enchanté d'être débarrassé. Mon bonheur fut de courte durée; la foule qui nous entourait, désolée de voir sa proie lui échapper, se rejette sur moi , m'accable de sarcasmes et de quolibets ; tous les polissons du quartier se mettent de la partie, s'attachent à mes pas, me poursuivent jusqu'à la porte, et me voilà enfin de retour, mourant de faim, épuisé de fatigue, n'ayant pu, de toute la journée, faire une seule de mes volontés, après avair failli me couper la gorge pour une affaire qui ne me regardait pas.

fanrï. — Pauvre papa !

thérèson. — J'en suis toujours pour ce que jai dit, vous êtes trop bon , mille fois trop bon.

lavenaze. — Le moyen de faire autrement?

thérèson. — Ah! dame, maintenant que le pli est pris...

lavenaze. — Laisse-moi donc tranquille, lu es encore de ces gens qui vous poursuivent de leurs conseils quand il n'est plus temps. J'espère néanmoins m'en débarrasser.

thérèson. — Comment ferez- vous, bon Dieu?

lavenaze. — J'ai arrêté un appartement; je m'y installe dès ce soir, et la laisse ici. (On sonne.) Qu'est-ce encore?

thérèson. — Elle, sans doute.

fanny. — Nous n'irons pas chez ma tante.

thérèsok. — Faut-il ouvrir? (On sonne de nouveau.)

layknaze. — Oui, certes ; mais, celte fois, je vais lui dire bien franchement ce que j'en pense.

thérèson. — Nous verrons. (Elle sort.)

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