‹ Croquis a la plumeChapitre 7 sur 75 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

UNE VIEILLE DAME, un petit chien sous le bras, suivie d'une servante portant une chaufferette.

la vieille dame. — J'espère que vous n'avez pas donné un centime de plus à cette horreur de cocher?... J'aurais mille fois préféré venir à pied que dans son infernale voiture... Voyons, quand

vous resterez là plantée comme une borne!... Voyez à allumer ma chaufferette chez le portier. Où suis-je placée?... où est l'intérieur maintenant?

i n commissionnaire. — C'est ici, madame; donnez-moi votre petit chien. (Le petit chien laisse échapper un cri d'effroi.)

la vieille dame. — Voulez-vous bien ne pas porter la main sur ma petite bête, vilain butor!

le commissionnaire. — 11 est gentil, votre chien !

la vieille dame. — Il est ce qu'il est, insolent !

le conducteur. — Allons, allons, madame, ûnissons-en.

la vieille dame. — J'en finirai, j'en finirai quand cela me plaira.

les voyageurs. — Partirons-nous aujourd'hui, conducteur?

le conducteur. — Vous voyez, madame, c'est vous qui faites attendre.

la vieille dame. — C'est moi, c'est moi... Ces messieurs ont bien peu d'égards pour une femme : j'attends ma domestique. (S'adressant à la jeune personne qui vient de monter.) Mademoiselle, donnez-moi ma place.

la jeune personne. — Mais, madame...

la vieille dame. — Il ne s'agit pas de tout

cela, mademoiselle, je veux ma place : il me faut ma place.

la jeune personne. — C'est ma place, madame ; pourquoi voulez -vous me la prendre? {Elle pleure.)

un monsieur aux moustaches épaisses. — Vous ne devez pas non plus, madame, prendre loute une diligence pour votre ménagerie.

la vieille dame. — Ma ménagerie! ma ménagerie paye, monsieur; et, d'ailleurs, ça ne vous regarde pas. Vous ne voulez décidément pas me donner ma place?

le voyageur aux moustaches épaisses. — Pas possible.

la vieille dame. — C'est ce qu'il faudra voir. Ah! je n'aurai pas ma place! Je ne partirai plutôt pas. (Elle entre au bureau.)

l'homme aux moustaches. — A l'honneur de vous revoir... Voulez-vous ma place, mademoiselle?

la jeune personne. — Merci, monsieur.

les voyageurs. — Conducteur, partons-nous?

le conducteur. — Quand nous serons chargés. Nous avons des voyageurs en relard... Allons donc, là-bas! monsieur, est-ce pour aujourd'hui? C'est se moquer du monde, aussi, ça, à la fin.

mignolet. — Je me suis assez pressé ; ce n'est

pas à moi qu'il faut vous en prendre : c'est ma femme qui me fourre un las de choses dans les poches... elle aurait plutôt fait de me donner quatre malles de plus... comme je lui disais: « Stéphanie, donne-moi quatre malles de plus... »

le conducteur. — Vous nous conterez tout ça demain.

m. mtgnolet. — Toussaint, vous direz à madame Mignolet qu'elle vous envoie chez l'huissier, si le d5, à deux heures, le premier n'a rien envoyé, et vous mettrez immédiatement après l'écriteau... Vous m'entendez?

le portier. — Oui, monsieur. Adieu, monsieur; bon voyage.

m. mignolet. — Merci, Toussaint; et vous aussi. Prenez donc garde, monsieur le conducteur, vous allez briser cette petite caisse.

le conducteur. — Est-ce qu'elle est en cristal? Eh bien, chargez-vous-en alors. {Il s'éloigne.)

m. mignolet, au commissionnaire. — Vous prendrez attention à cette caisse, s'il vous plaît?

le commissionnaire. — C'est doiicvous qui faites attendre comme ça?

m. mignolet. — Je me suis assez pressé ; ce n'est pas à moi qu'il faut vous en prendre : c'est ma femme qui me fourre un tas de choses dans les poches...

le commissonnaire,/»/ donnant unebourrade. — Gare la graisse! Voulez-vous vous faire écraser?

m. mignolet. — Vous êtes un brutal... Où faut-il m'adresser pour ma place?

LE COMMISSIONNAIRE. — Au bureau.

m. mignolet. — En vous remerciant.

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