‹ Croquis al̀a plumeChapitre 17 sur 64 · L'AUBERGE · texte numérisé non relu

L'AUBERGE

ADRIEN. — Bonjour, madame Hamelin.

MADAME HAMELIN. — Tlcns, c'cst VOUS, mauvaîs sujet? Vous voilà donc encore une fois dans notre pays?

ADRIEN. — Comme vous voyez. (// chante.)

El Ton revient toujours, Toujours, toujours, toujours,

A ses premiers amours, A ses premiers amours.

MADAME HAMELiN.— En avez-vousfait^des farces, bein?

ADRIEN. —Oui, j'en ai bien quelques-unes à rae reprocber... mais j'n'en fais plus.

MADAME HAMELIN. — Vous v'ià donc rangé?

LE PÈRE. — Eh bien, serons-nous servis aujourd'hui?

MADAME HAMELIN.— CliarlOlte?

LA SERVANTE. — Madame !

MADAME HAMELIN. — ÂppOrteZ le poUgC.

ADRIEN, à M. MignoleL — Vous êtes dans la rotonde, j'crois, monsieur?

M.MiGNOLET.— Oui, mousleur, si cela peut vous être agréable.

ADRIEN. — Mais beaucoup. Vous n'avez pas, monsieur, un fils dans le t^ hussards?

M. MiGNOLET. — NoH, monsicur, je n'ai pas cet avantage, n'ayant pas d'enfants.

ADRIEN. — Pardon, excuse.

M. MIGNOLET. — li n'y a pas de mal à ça, monsieur, il n'y a pas de mal à ça.

M. PRïiDHOMME, ett dchors, — La fille, je solliciterais une serviette pour mes mains.

LA SERVANTE. — Oul, mouslcur, en voilà une.

UN VOYAGE EN DILIGENCE. 6i

H. PRVDHOMHE. — Ellcest cncore toute mouiliée. Je payerai ce qu'il faut, donnez-m'en une vierge; vous me présentez un torclion.

LA SERVANTE. — Nous n'en avons pas d'autres.

M. PRUDHOMME. — Je uc VOUS en fais pas mon compliment. {Il entre dans la salle à manger,) Ah ï me voilà enlln. Ces dames et ces messieurs sont, je le vols , en bonnes dispositions. Donnezmoi du potage... Merci, monsieur, je vous rends mille grâces... Quelle mauvaise voiture nous avons làt... je crains bien d'être encore trois ou quatre jours sans pouvoir m'asseoir... ces diables de banquettes sont d'un dur...

ADRIEN. — J'crois ben, on les rembourre avec des noyaux de pêches.

M. PRUDHOMME. — Oui, mousleur, je crois votre observation excellente,avec des noyaux de pêches... E)i bien, mademoiselle, comment nous trouvonsnous? Bien, sans doute.

LA JEUNE PERSONNE. — Oul, monslcur.

l'homme aux moustaches. — Voulez- vous du bouilli, mademoiselle?

LA JEUNE PERSONNE. — Mcrci, mousicur, je veux bien.

M. mignolbt. — Mademoiselle la bonne, voici deux fois que je demande du potage.

LA SERVANTE. — On csl allé en faire venir, monsieur.

M. MiGNOLET. •— Dépêchez-vous, mademoiselle; la voilure va partir, je n'aurai rien pris.

M. PRUOHOMME. — Par une singulière concordance du calendrier, c'est aujourd'hui que, à deux différentes époques bien entendu, François I«' et Bonaparte sont passés par cette ville.

ABRiEif, les yeux hagards, s' agitant sur sa chaise. — Ah î mon Dieu î mon Dieu ! mon Dieu ! (Tous les voyageurs se tournent du côté d* Adrien,)

M. PRUDHoMME. — Qu'avcz-vous , mousieur?

qu'avez-vons? Aurais-je, dans l'observation historique que je viens de faire, blessé vos susceptibilités politiques?...

ADRIEN. — Non, monsieur; mais j'ai oublié de me faire attacher pour boire ce vin-là. C'est à vous faire sauter au plafond.

MADAME HAMELiN. — Vous u'cu faitcs jamais d'autres î c'est si bête !

ADRIEN. — Prenez-vous-en à votre marchand de vin, ou attachez-nous... Bon! v'ià une belle pomme... Qui est-ce qui veut jouer du Champagne »?... J'en réponds, de celui-là, c'est moi

1 Dans les tables d'hôte, les commis voyâgears, surtout ceux dans les vins, proposent an dessert de

qui ITournis... Ne parlez pas tous à la fois... Personne ne dit mot... une fois, deux fois... Adjugé. (// retire sa proposition.)

M. MiGNOLET. — Madame, faites-moi donner du potage, je vous en supplie.

MADAME HAMELiif. r— Pardou, mousieur, dans l'instant on va vous l'apporter... C'est ici à côté, à la table de MM. les officiers... Charlotte?

LA SERVANTE. — Jfadame.

MADAME HAMELIN. — VoyCZ dU û* 7 Sl MM. leS

officiers ont encore affaire du potage.

H. PRUDHOMME. — Volcl uue pouIe qui est centenaire au moins.

M. MiGROLET. — Madame, faites-moi donner autre chose, ce potage est glacé. (L'arrivée de plusieurs musiciens impose silence aux justes récriminations des voyageurs,)

LE CONDUCTEUR. — Allous, mcssieurs, cfépêchons-nous.

M. PRUDHOMME. — Dépêchous-nous, dépêchonsnous ; mais, conducteur, vous-même, vous n'avez pas encore préludé.

jouer du Champagne. Ils fixent une pomme sur une fourchette qui fait le tour de la table ; chaque joueur doit enlever avec son couteau un morceau de la pomme; celui qui la sépare de la fourcUette perd la parlle.

LE CONDUCTEUR. — Ça 116 SBTû pas iong, en deux temps, deux mouvements; passez -moi le poulet.

ADRIEN. — Voilà!... Vous avez du cachet vert, vous... pas gêné.

LE CONDUCTEUR. — Oui, je n'peuxpas m'habituer au vin d'pays.

ADRIEN. — Mol, difficilement.

LE PÉRE. — Madame, combien est-ce que c'est?

MADAME HAMELIN. — VOUS êlCS?

LE PÉRE. — Mon épouse et deux enfants.

MADAME HAMELIN. — C'cst douzc fraucs, monsieur.

LA MÈRE. — Combien que vous dites, madame?

MADAME BAMELiN. — Douzc fraucs, madame.

LA MÈRE. — - Douze fraucs ! douze francs t

LE PÈRE. — Est-ce que vous vous moquez du monde, à la fin ?

LA MÈRE. — Nous dounerous quatre francs pour nous deux, mon mari et moi, et cinquante sous pour nos deux petits, et c'est bien bonnéte; c'est à prendre ou à laisser... Douze francs! une gargotte de dîner pareil ! douze francs !

MADAME HAMELIN.. — Eucorc, jc n'vous compte pas un seau d'eau chaude pour votre enfant.

LE PÈRE. — Faites donc taire votre musique, s.... n.. de D... î on ne s'entend pas, à la fin. (A sa

femme.) Tais-toi et laisse-moi parler. Ah çà t madame, c'est une farce, n'est-ce pas?

LA MÈRE^ — Si c'est tine farce? j'crois bien, douze francs !

MADANE HAMELin . — Vous n'voulcz pas payer, n'est-ce pas? Eli ben, nous allons voir.

LA MÈRE. — Non, sûr, que nous ne payerons pas. C'est une injustice... Douze francs ! Si jamais Je r'mets les pieds Ici, plutôt être pendue 1 douze francs!

LE PÈRE. — Laisse-moi donc m'expliquer, toi ; tu es là à crier, tu t'emportes, laisse-moi faire. Madame, vous êtes une vraie voleuse.

MADAME HAMELTif. — Vous cu êtcs uu autre, vous, monsieur, avec votre cravate rouge; vous allez voir à qui vous avez affaire... Ah ! je suis une voleuse... j'en suis bien aise.

LE CONDUCTEUR. — Paycz, alIcz, ce sera plus tôt fait.

LE PÈRE. — Je payerai si ça m'fait plaisir; gardez vos conseils pour qui vous les demandera.

LE CONDUCTEUR. — Ce quc j'vous en dis, moi...

LA VIEILLE DAME, arrivant, — Mon Dieu I que l'endroit d'où je viens est mal tenu; c'est mieux chez les sauvages, bien siîr. Peut-on tenir des garde-robes aussi malpropres... Faites-moi servir

UD bouillon... UD bouillon seulement... Ai-Je affaire à des sourds?... Un bouillon... mademoiselle, uo bouillon seulement, et une pâtée bien légère, une toute petite pâtée... bien légère.

LE pâRË. •— Je n'sais ce qui m'retient de tout briser ici. *

(La vieille dame se trouve^ en cherchant une place disponible, derrière le père des enfants, qui, en gesticulant, jette à terre le petit chien qu^elle tenait dans ses bras.)

LA VIEILLE DAME. — Zémircî Aht Dieu ! Vous m'avez donné, vilain butor, un coup de coude abominable dans les seins. Mimire, pauvre Mimire, es -tu blessé?

LE piRE. — Ne mMites rien, vous! Je Técrase sous mes pieds, votre sacré chien.

LA VIEILLE DAME. — Arrêtez cet homme! il est furieux. Mimire, Mimire !

ADRIEN. — Prenez garde ! ils ont la gendarmerie dans leur manche, ici.

LE PÈRE, exalté. — Qu'est-ce que ça me fait, à mol, voire gendarmerie? Qu'est-ce qu'on m'fera? On m'tuera. Ëh bien , tant mieux ! ça m'est égal. (// saisit une chaise quHl lève en Pair, et brise quelques verres sur la table.)

ADRIEN. — Bon! quarante-cinq à quinze.

FERDINAND. — Papa ! papa ! papa !

LA VIEILLE DAME. — A la garde t à l'assassinat ! Mimire! Mimirel

LA MÈRE. — Bertéché! Berléchéî... Arrêtez mon mari... il va tout briser, je le connais.

LE.PÉRE. — Laissez-moi.

LA MÈRE.— Emmenez-le. . . J'vas payer, puisqu'on ne peut pas faire autrement... Mais j'vas mettre la table dans mes deux paniers. (Le père est emmené.)

ADRIEN. — C'est ça : emportez tout dans vos paniers; voulez-vous que j'vous aide?...

M. MiGNOLET. >— Je u'ai pas dîné, madame.

ADRIEN. — C'est pas une raison.

M. PRUDHOMMB. — Il Serait si agréable, cependant, de voyager, si les auberges savaient concilier leurs intérêts et ceux des voyageurs.

LE CONDUCTEUR. — Mcssieurs, en voiture ! les chevaux sont à la voiture.

LA SERVANTE. — N'oublicz pas la bonne.

M. PRUDHOMME. — Pour votrc scrvIctte, que je n'ai pas eue, n'est-ce pas?

LA SERVANTE. — N'oublicz pas la bonne.

M. MiGNOLBT. — Je mc suis passé de soupe.

LA SERVANTE. — N'oubliez pas la bonne.

LA VIEILLE DAME. — Est-cc que jc n'ai pas payé mon vilain bouillon? Ma pauvre Mimire était si troublée, qu'elle n'a pas seulement pu commencer sa pâtée; c'est autant de gagné pour vous.

hS CROQUIS A LA PLUME.

LA SERVANTE. — Mcrci, madame.

LA VIEILLE DAME. — Laissez-moî en repos, dévergondée î avec vos papillolles.

l'homme aux moustaches. — Tenez, la bonne , pour mademoiselle et pour moi.

ADRIEN. -- Fournais, prenons-nous le café ici?

LE CONDUCTEUR. — J'vcux bien.

ADRIEN. — Charlotte, du café et deux petits verres... Quel rageur que c't'individu-làî...

LE CONDUCTEUR. — A quoi qu'ça sert, puisqu'il faut toujours payer?

ADRIEN, à la servante, qui apporte le café, — Merci; baisez papa, vilain loulou !

LA SERVANTE. — Voyons, Adricu, laissez-moi; voyons, finissez avec vos bêtises.

LE CONDUCTEUR. — AIIous, cu Toulc, mauvaisB troupe!

ADRIEN. — Voilà.

LA SERVANTE. — N'oublicz pas la bonne.

ADRIEN. — Jamais dans mes prières; tiens, mé~ cbante!

LA SERVANTE. — McrcI, blcu Obligée.

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