‹ Croquis d'artistesChapitre 21 sur 22 · MLLE MARIE VAN ZANDT · texte numérisé non relu

MLLE MARIE VAN ZANDT

'est avec un vrai plaisir que nous avons vu réapparaître sur la scène de l'Opéra-Comique cette charmante artiste, si bien faite pour en être un des plus fermes appuis, et qui d'ailleurs ne l'eût jamais quittée sans l'absurde cabale devant laquelle il lui fallut céder, voici plus de onze ans déjà... Etranges vicissitudes de cette carrière si pleine de séduction et d'imprévu! C'est après l'avoir portée aux nues, en un vain délire d'enthousiasme, qu'un public insouciant la laissa retomber sous le plus ridicule des prétextes, la laissa chasser, elle, presque une enfant; et sans souci mêmç de ses propres intérêts, — car les sopranos se,

font rares à l'Opéra-Comique, depuis longtemps déjà, depuis Mme Isaac, et je ne sache pas que Mlle Van Zandt ait été réellement remplacée, de i885 à 1896.

Marie Van Zandt est née à New-York, il y a un peu plus de trente ans, mais elle appartient, comme son nom l'indique, à une vieille famille d'origine hollandaise. Eutelle de bonne heure la vocation de la scène lyrique? C'est probable; car on ne lui connaît pas de maîtres proprement dits, sinon sa mère; on sait seulement que son instinct musical fut très vif dès l'enfance, et plus tard, qu'elle suivit passionnément les représentations des grandes artistes: la Patti, surtout, s'intéressa à elle et la patronna très particulièrement quand, encore enfant, elle débuta à son tour. On la conduisit aussi à Milan, pour recevoir des conseils de Lamperti, et c'est à Turin qu'elle fut d'abord entendue, dans la Zerline de Don Juan.

Ce qu'elle apportait alors au monde de l'art, ce n'est pas l'étude, l'école, qui aurait pu l'en doter. Elle chantait et c'était un charme de l'entendre, et cette voix toute neuve semblait d'essence éthérée. Elle paraissait, et je ne

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sais quelle séduction un peu étrange émanait de sa petite personne, attirant et prenant sans réflexion, avec un alliage singulier de naïveté et d'espièglerie

Et la grâce, plus belle encor que la beauté.

Avec tous ces dons, c'était une organisation bien personnelle, une note à part, point entendue déjà, un concours d'effets simples, unis en accord parfait. La voix, d'une clarté, d'une pureté ravissantes, bien assise et sans vibration, avec les notes supérieures comme fluides et sereines, sans cette impression d'acuité qu'elles donnent trop souvent, était conduite avec beaucoup d'art, et rompue à toutes les difficultés: mais sans rien, en somme, qui sentît la lauréate du Conservatoire, ni ce qu'on appelle le métier. Le jeu était primesautier, parfois singulier, avec une sorte de gaucherie d'enfant, et cette naïveté, ni ingénue, ni cherchée pourtant, que traversaient une malice et une verve à fleur de peau: mais sans rien d'une actrice, sans convention ni science.

Mais je parle au passé, dans ce léger crayon de la

personne de Mlle Van Zandt, et pourtant c'est autant d'après nature que sur mes souvenirs que je l'ai tracé. Telle elle parut pour la première fois sur la scène de Covent-Garden, en 1879, telle elle débuta à Paris en 1880, telle encore elle nous est revenue, il y a six mois. Où donc serait cette personnalité tant prisée, si elle s'était évanouie avec les années? Il y a quelques différences pourtant, mais qui seraient plutôt à son avantage: Mlle Van Zandt, nous le verrons, revient avec un répertoire considérable et varié, une expérience sérieusement acquise. On avait, par exemple, trouvé la prononciation fâcheuse, et insuffisante l'articulation : rien d'étonnant s'il y a là, et il y a certainement un progrès sensible, indéniable. On avait aussi parlé de froideur: sobriété serait plutôt le mot actuellement. Il n'est pas toujours nécessaire de posséder un tempérament dramatique et un besoin de dépense continuelle de soi-même: ce n'est pas d'ailleurs par la puissance que l'artiste exerce tant d'autorité, mais par le charme et la perfection. A l'Opéra-Comique, le 18 mars 1880, ce fut comme

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une révélation. M1Ie Van Zandt débutait sans réclame aucune, à peine sur une annonce. On savait seulement, quand on était au courant, que cet enfant de dix-sept ans venait de Londres, où elle avait paru, avec succès, dans la Somnambule, et dans Zerline de Don Juan. Il avait paru intéressant de l'essayer devant le public parisien, et dans un rôle célèbre entre tous, un rôle dangereux aussi, car il faut une singulière originalité et un bien réel talent pour y triompher entre tant de concurrentes : dans Mignon.

Marie Van Zandt y réussit complètement. Très différente de la créatrice inégalée du rôle, ses qualités, bien à elle, concordaient pourtant merveilleusement avec ce qu'on attend du personnage énigmatique de Gœthe, avec ses contrastes brusques de douceur et de violence, de sauvagerie et de profonde délicatesse, avec son charme attirant malgré tout. Et elle est restée en somme une des meilleures Mignon qu'on ait jamais vues. — Son engagement à Paris fut aussitôt conclu: à peine retourna-t-elle à Londres pour finir celui qui l'y retenait

encore; elle nous revenait peu après, comme dans sa vraie patrie.

Son second début eut lieu dans le Pardon de Ploè'rmel, repris à son intention, en 1881, après un assez long intervalle (depuis 1874), autant pour faire briller ses rares qualités de vocalise, dans ce rôle de virtuose où triompha Marie Cabel, que pour mettre encore à profit, dans cette autre folle Dinorah, la grâce étrange et naïvement mutine qui avait tant plu dans Mignon. Le succès fut extrêmement vif, comme on pouvait s'y attendre, et peut-être est-il resté un des plus complets de la carrière de l'artiste. — L'année suivante, ce fut le délicieux Chérubin des Noces de Figaro, qu'elle chanta sous l'œil et pour ainsi dire sous les auspices de Mmc Carvalho, désormais devenue l'obligeante comtesse.

Enfin Lakmé, en i883, son plus universel triomphe, et, le croirait-on, sa seule création. Qu'en dire, qu'on n'ait maintes fois répété? On connaît cette fille de brahme, élevée dans l'ignorance sacrée des hommes,

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dans l'hiératisme d'une vie sacerdotale, cette prêtresse fière et ingénue, sur qui l'amour souffle tout à coup, pour l'abattre ensuite d'un coup d'aile, déçue dans son rêve mystique. La mémoire de Léo Delibes devra beaucoup à la créatrice inspirée de cet étrange et gracieux personnage, sans qui l'œuvre n'a souvent paru que trop pâle et décolorée.

C'est sur ce souvenir surtout que Mlle Van Zandt quitta Paris, en i885. Pendant les dix dernières années, que devint-elle? Il faut renoncer à le raconter en détail: on sait, au surplus, ce que sont ces engagements éphémères dans les capitales, ces déplacements d'un pays à l'autre. Ils semblent toujours une preuve d'agitation d'esprit et de fièvre théâtrale, et ne cachent souvent que le regret de cette sécurité flatteuse et vraiment artistique qu'on ne trouve guère, paraît-il, qu'à Paris. Pour cette nouvelle vie, la jeune artiste reprit le répertoire italien, langue universelle de la musique hors de France. Sauf Lakmé (à Londres, en 1866, et aux États-Unis, en 1890), sauf encore Hamlet et Mignon , à diverses reprises, c'est

en italien qu'elle chanta tous ces rôles de premier ordre dont on verra la liste plus loin et dont la variété mûrit singulièrement son talent: Marguerite et Juliette, Gilda et Lucie, Rosine et Ophélie, et la Catherine de Y Étoile du Nord... On la vit ainsi un peu partout, à Turin, à Londres et à Copenhague, à Saint-Pétersbourg et à Moscou, à Vienne et à Berlin, à Lisbonne, à Madrid et à Barcelone, aux Etats-Unis, de divers côtés, et plus récemment à Bruxelles et à Monte-Carlo. C'est en Russie, en Espagne et, bien entendu, à Paris, qu'elle fut le plus chaleureusement acclamée.

Il faut espérer, maintenant que la voici réinstallée chez nous, et bien que ce soit sur une scène d'opéra comique, qu'on nous la montrera dans quelqu'une de ces œuvres où nous ne pouvons que supposer sa verve aimable et le charme fin de sa voix, que surtout nous la verrons aborder de nouveaux personnages. En attendant la fameuse Cendrillon, dont M. Massenet vient de reculer encore l'apparition, il est question, je crois, de sa Manon, un rôle charmant, où Mlle Van Zandt sera sans

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doute fort séduisante, et dont il ne sera pas médiocrement curieux de voir quel parti elle saura tirer.

Mais nous l'avons revue dans Mignon, où elle a été incomparable, et où, à mon avis, la maturité et même la puissance de son talent ont brillé avec bien plus d'éclat encore que dans Laknié; — et la reprise de Don Juan lui a donné l'occasion de se montrer ici pour la première fois dans son rôle de Zerline. Elle y a été absolument exquise, et tout à fait dans la note classique, dans la tradition du rôle: la grâce mutine, la naïveté malicieuse et jamais vulgaire, et cette voix caressante qui doit ensorceler jusqu'au lourd Masetto. Ah ! ce n'est pas le réalisme de la grosse et lourde Zerline de la reprise, mais qu'y a-t-il de réel et de réaliste dans l'œuvre ailée de Mozart? Ce qu'il en faut dégager, c'est une sensation d'art, et, comme au temps où on savait encore chanter Mozart, comme à la reprise des Ncces avec Mmc Carvalho et Mme Isaac, Marie van Zandt, pour sa part au moins, nous l'a vraiment donnée.

Voici le tableau actuel de sa jeune carrière

i° LONDRES

1879-80 La Somnambule (Amina), début.

Don Juan (Zerline).

i33o Mignon (Mignon), début.

i83i Le Pardon de Ploërmel (Dinorah).

1882 Les Noces de Figaro (Chérubin).

i883 Lakmé (Lakmé), création.

i385~97 Le répertoire précédent, plus : Hamlet (Ophélie).

Faust (Marguerite).

Fra Diavolo (Zerline).

Roméo et Juliette (Juliette).

Eigoletto (Gilda).

Lucie de Lammermoir (Lucie).

V Étoile du Nord (Catherine).

Le Barbier de Séville (Rosine'.

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1896-97 Lakmé (Lakmé), rentrée.

Mignon (Mignon).

Don Juan (Zerline).

Mme Pauline Viardot-Garcia. — Portraits peints: Ary Scheffer, i83g; Phillips, i85o (dans le Prophète, scène de l'église; tableau fait en Angleterre); D. Philippe, 1860 (dans Orphée, debout mi-corps; au Musée de Melun); M. HarlamorT, 1874 (toilette de soirée, assise, mi-corps; chez Mme Viardot). — Buste: Aimé Millet, marbre, i863 (à la Bibliothèque de l'Opéra; il en a été fait des réductions). — Portraits gravés: lithographies: Deveria, 1840; Vigneron, 1840 (en pied); Hte Le Quesne, 1840 (profil); burins : Ach. Martinet, 1849 (d'après A. Scheffer); Geoffroy (dans le Prophète).

Mme Christine Nilsson. — Portrait peint : Constant Brochart (dans Hamlet, assise, scène de la folie). — Buste: Ebrard, 1877 (dans Hamlet). — Portraits gravés: lithographie: A. Lemoine; burins: A. Descaves, Morse, Alph. Masson (en buste).

Mme Miolan-Carvalho. — Sculpture: Monument funèbre, marbre, de A. Mercié (allégorie, figure, en pied, sous les traits de Mme Carvalho, dans l'Apothéose de Faust: Marguerite montant au ciel, mains

jointes; une lyre est restée à ses pieds. — Salon de 1897). — Bustes: Irvoy, i855 (dans la Fanchonnette); Mathieu Meusnier, vers 1867 (dans Faust); Franceschi, vers 1876 (toil. de ville. A la Bibliothèque de l'Opéra). — Portraits gravés: lithographie: Lemoine (dans Mireille); eau-forte : Lalauze (buste).

J.-B. Faure. — Portraits peints: Manet, Salon de 1877 (dans Hamlet, en pied); Charlemont, i883 (à Etretat, chez lui, petit intérieur); Charlemont, 1884 (grand, nature, mi-corps); Zorn, Salon de 1891 (grand, nature, au piano, mi-corps; sous ce titre: «Faure chez soi»). — Boldini, 187D, fusain (petite tête). — Ces quatre derniers portraits font partie de la galerie de M. Faure. — Buste: Charles Baury, i863, marbre (toil. de ville. Au Ménestrel, M. H. Heugel). — Portraits gravés: lithographies: Baugniet, i855 ; A. Lemoine; Théo; Lasnier,

1876; eau-forte: Zorn; Carjat (charge) — Mme Faure-Lefebvre:

Buste: Charles Baury. — Lithographie: Vogt.

Mme Gabrielle Krauss. — Portraits peints: Clairin, Salon de 1884 (dans Don Juan, grand, nature, assise); Rodolphe Vacha, Salon de 189D (toil. de soirée, en pied, grand, nature); — Hébert, 18S6, dessin (tête). — Buste: J. Franceschi, 188 1 , terre-cuite (A la Bibliothèque de l'Opéra; il a été fait des réductions en biscuit de Sèvres). — Portraits gravés: lithographie: A. Lemoine (dans Otello, en pied); burins: Morse, Alph. Masson (en buste). — Photographies: Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans le Tribut de Zamora, Henry VIII, Sapho et Patrie!)

J. Lassalle. — Buste : Le Quesne, 1882 (dans Guillaume Tell). — Photographies: Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans Henry VIII, Sigurd, Patrie! , Le Tribut de Zamora et Françoise de Rimini).

V. Maurel. — Portrait gravé : Lithographie : Lasnier (buste). — Photographies: Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans Le Songe d'une nuit d'été et Falstaff).

E. Vergnet. — Photographies: Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans Le Mage, Samson et Dalila et Salammbô).

Mme Rose Caron. — Portraits peints: Toulmouche, 1886 (petit portrait en pied, toil. de soirée, au piano); Glairin, Salon de 1893 (dans Salammbô, grand, nature, en pied); Parrot, 1894 (dans Salammbô, grand, nature, en buste; et en pied, grand, nature, toil. de soirée); — José Engel, dessin (tête); La Gandara, dessin (dans Sigurd). La plupart de ces portraits appartiennent à Mme Caron. — Bustes : Bernstamm, 1890, terre-cuite (dans Faust, à la Bibliothèque de l'Opéra); M" d'Epinay (coll. de M. Henri Ribot); CCïse E. d'Avaray, 189G (app. à Mme R. Caron). — Photographies : Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans Sigurd, Salammbô, Lohengrin, Djelma, Tannhduser et Othello).

M. Renaud. — Photographies : Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans Lohengrin, Salammbô, Deidamie, Gwendoline, Djelma, La Montagne Noire, Tannhduscr et Hamlet); Dupont, à Bruxelles (dans Le Vaisseau fantôme, en buste).

A. Saléza. — Photographies: Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans Salammbô, Djelma et Othello).

Mme Galli-Marié. — Portrait peint: Lucien Doucet, Salon de 1884 (dans Carmen, en pied). — Portraits gravés : lithographie : Théo (dans la petite Fadette); burin : Casimir Regnault (petite tête) ; eauforte : Léon Marié, 1879 (dans Mignon, grande tête).

25o NOTES ICONOGRAPHIQUES

Mme A. Isaac. — Photographies : Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans Les Contes d'Hoffmann, Hamlet, Le Songe d'une Nuit d'été et Faust).

L. Fugère. — Portraits peints: Bondoux (tête); Zier (dans Le Barbier de Sêville, petit portrait en pied) et Salon de 1897 (dans Le Barbier, grand, nature, mi-corps). — Buste: Leroux, Salon de 1891.

A. Taskin. — Photographies : Benque, grands clichés de 30-40 (en pied, dans Les Contes d'Hoffmann et Le Songe d'une Nuit d'été).

Mlle Van Zandt. — Buste: Arthur de Gravillon, Salon de 1882. — Photographies : Benque, grands clichés de 00-40 (dans Lakmé).

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