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—Qu'’est-ce que c’est que ça ? demandes-vous, les “Week-enders’? !
Attendez done qu’on vous le dise ; Car On pourrait tout d'abord, avant de vous rien répondre, vous reprocher de retarder assez piteusement sur le mouvement des progrès sociaux. Les Week-enders,
mént, sont des métis de nom qui vont remplacer les Five-O’Clockers de la dernière décade
Avec la reconstruction sociale et l’après- Suerre, ne fallait-il pas s'attendre à l’apparition de choses, d’habitudes nouvelles et de beaucoup d’estropiés chez les mots de la langue comme chez les sujets féaux de la race ? Croyez-vous que la guerre ne laisse après elle que des deuils, des infir-
mités, des décorations, des prétentions des haines, des dettes, des officiers et de taxes ? Et la mode, et le bon ton, et 1 snobisme ne devaient-ils pas conserve longtemps encore quelque chose de la vi passive et d'emprunt que nous avon vécue, pendant les host'ités; au milie:
des périls de l’empire et du reportage ca mouflé; sous le régime des ordres en çon seil, de la conscription et des spotfers; sou: le commandement et l’œil sévère de no:
maréchaux de carton :
“Qui, partant pour la guerre avec sabre e grand's bottes,
“Ne vont jamais plus loin que. .que dan leurs culottes.”
En ces jours de trouble et d’effroi quand, chaque semaine, quelque vais seau allemand pouvait tromper la vigi lance des avant-postes, l’attention de gardiens de notre capitale et capitole, à Le Martinière ou à la Rivière Maheux, 8 vous vous étiez embarqué dans l’un di
LES WBEKS-ENDIRS 103 RE A nos bäteaux cabotiers, si vous étiez monté dafs quelque convoi de chemin de fer, à la fin de la semaine, —puisqu’il faut vous le dire,—vous eussiez appris ce que c’est que de s’en aller week-ender/ »
Lorsque tout était en péril dans le pays, surtout dans les villes, depuis les denrées du marché et les intérêts sur marge, à la bourse, jusqu’à la liberté individuelle au plus humble foyer comme aux noviciats, les gros personnages de l’état et de la finance, de même que les petites gens d’affaires ou les gens de petites affaires, n'avaient pas le loisir de s’en aller villégiaturer des mois durant, ainsi que vous l'aviez peut-êtn u. Ne fallait-il pas surveiller de près, . la fois et d’un œil prudent, le marché si rapide en son cours et Sam Hughes qui alôts, mais depuis...
Or, c’est à cette époque-là, en ces jours d’angoisses, d’agiotage et de gloire, que le journal inventif a pris l’habitude de nous dire que monsieur Un Tel, rompant un instant avec les inquiétudes patriotiques, la hausse ou la baisse des stocks, la vente
104 CROQUIS #7 MARINES | des munitions et provisions de guerre, 1 lecture des bulletins , l'a ent
sur place des chambardements politiques
Et en pleine paix, Presque sous le yeux d’un Wilson et d’un Borden qu l’Europe encore émue nous a honnête.
ment rendus, sans protestation et quasi:
ment avec la connivence de notre parler ancestral, le mot week-end nous est resté.
Ce n’était donc pas assez de five-o’clockes il nous faudra désormais week-ender ! !
AN Ep LES y EEE DA LR
ZIME LE BEAU DANSEUX
as
J'ai vu danser Zime ! :
Dans la grande salle d’une maison de Paÿean, une nombreuse et joyeuse com-
Agnie se trouve réunie, le dimanche après vêpres. On y est venu rencontrer un homme encore jeune, originaire de la
teuse ou inconsciemment exagérée, mains roussies aux feux de forges ou endurcies sous l'effort des rudes labeurs, tout chez
diens-français, qui ont temporairement ou définitivement déserté la bonne terre qué-
É Ce
au pays voisin. Entouré, admiré, adulé Par tous ceux, parents ou , Qui fêtent son retour, il résiste malaisément aux flatteries dont il est l’objet, au prestige qu'il est étonné d’abord de se reconnaître mais qu’il cherche ensuite à soutenir par tous les moyens. Et il ge grise volontiers du vin capiteux d’une vanité naïve et toute personnelle qui lui monte à la tête |
On me le présente :— “Ça, monsieur, c’est Zime !”. | | —" Ah let quel est cemonsieur Zime ? ” —“Zime ! C’est le plus beau danseux qu’on n’a pas vu dans toutes les villes des.
On irait bien loin n’importe pas
où, pour trouver son pareil. - Il était de par içi ; mais il y a pas mal longtemps qu'il est parti pour l’ ique. »
ça es,
2IME LE BEAU DANSBUX 107 TR nemmnpeenenmmnenmnns —“Dansait-il comme ça au Canada
. Avant de partir ?
—“Pas mal, c’est vrai ; il avait déjà un bon commencement, mais il n’a pas peur de dire quil s’est perfectionné et rachevé au fin dans l’ Amérique.”
Zime reste imperturbable à ces coups d’encensoir que l’on porte à sa barbe, et il affecte de ne pas s’y arrêter.
—“Non, monsieur, vous ne pourrez jamais le croire, Si vous voyiez, comme ça danse, c’t’homme-là !
“Il faut le faire danser, alors !
—"Ab ! savoirs’il voudra ! I] n’est pas toujours disposé.’
Mais le préambule est trop bien fait, il ne conviendrait plus de ne pas prier le célèbre dar et ce sont les femmes qui supplient Zime de nous donner une exhibi-
tion dé son merveilleux talent. Les invi.
tations seront longues et pressantes ; sans quoi une réputation artistique aussi
ien aurait à souffrir et s’atténuer dans les choses du vulgaire. Et puis, la tante Léocadie, qui chante à merveille
mm pour faire danser et peut chanter durant tout un carnaval, veut bien suppléer à l'orchestre ou au violoneux. Non, Zime ne saurait refuser, À cette heure, pareil enchantement à tous ceux-là qui le lui demandent comme pour l’honncur de la
» Pour des gens que, du reste, il ne voit pas si souvent.
Bref ! on range les meubles ; la place est libre ; la tante Léocadie est déjà assise au premier plan, la main sur la joue : tout est prêt ! Viens donc, Zime !
L'artiste, poussé par les épaules, tiré
par les bras, se lève lentement, mais ne 75 comme he au mérite rassuré. regarde par enêtre quel temps il fera demain ! !... 11 détache et dépose entre les mains sûres d’une voi:
sine obligeante sa belle montre d’or et ses breloques qui lui ont coûté tant, à Nashua.
Il avance d’une couple de pas vers le milieu de la pièce. C’est le temps ! Un rigodon vivace fuse entre les lèvres demicloses de Tante Léocadie, et une sarabande de trémoussements et d’entre-