LA CROIX DE L’ISLETTE
Pater, les Ave, ne sont que l’accompagnement en sourdine de la prière profonde qui, cornme une source, jaillit À travers le sable mouvant des
es. Et voici ce qu’elle dit, la prière des fillettes de l’Île-aux-Coudres :
(Notre Père be
(Sainte Marie Mère de Dieu, guérissez Marie-Anne, qui est malade au lit
« Notre £ du grand J voiles ; faites
Elle dit cela la prière des fillettes de l'Îleaux-Coudres, et bien d’autres choses encore, et cette prière monte vite et droit parce que pour elles Dieu est tout, n’étant rien autre que le Père qui est aux Cieux ! Et tandis qu’elles s’en retour-
nent par où elles sont venues, je songe que cellesà sont pleinement heureuses dans leurs robes d’indienne bleue à i
ire :ranc rend le
bonne que leur Conserve cette terre
dition, de lumière et de paix.
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À OUTE la dure journée, les insulai-
res ont peiné dans l@s sillons pour
2% semer les pétaques. Hommes en
A. chemise d'étoffe, femmes en jupe
i peau de paille à
fillettes aux cheveux nat-
rs hauts comme ça, tous
dans le labour graveleux,
mettant qui la semence, qui une poignée de varech ou un poisson putride.
Les pieds lourds de fatigue et 4e terre, la tête
encore pleine du vent qui a soufflé sans relâche et
ne fait que de calmir, ils sont rentrés silencieux, vers la voupe et le lard froid. Maintenant qu'ils sont à table, le bruit des fourchettes et des cuillers venant À travers la porte grande ouverte, forme une symphonie naïve qui fait coucher le soleil. A ce moment le paysage tout entier g’abandonne à la lumière horizontale, au silence et à l’espace. Le ciel est d’un bleu tendre, d’un bleu transparent, d’un bleu de rien qui veut se faire pardonner d’être encore bleu quand tout se dore à la caresse du soleil.
Au delà du Ponceau jeté sur le Ruisseau- Rouge, la Pointe-des-Sapins pousse dans l’eau pâle et muette la fine étrave de sa déclivité, En oubliant un peu, on ne voit plus qu’un navire immense et idéal, en partance pour un pays de rêve, gréé de mâts sans nombre où la féerie du couchant accroche des misaines violettes et des cordages d'or roux. Un peu plus loin, dans l’Anse, trois goélettes se laissent soulever par le pavois du montant,—miroir très pur, mais qui tremble un peu. Et de les voir ainsi, la vieille chanson malouine que, dans notre enfance, nous chantions tous, bourdonne à mes oreilles :
À Saint-Malo, beau port de mer Trois beaux navires sont arrivés ; Nous irons sur l’eau !
Nous irons nous Promener !
Nous irons jouer dans l'Île!
Dans l'Île!
EN