‹ Croquis scandinavesChapitre 1 sur 8 · MEMBRE D0 CLUB ALPIN FRAN(;AIS, SECTION DE PAI?IS · texte numérisé non relu

MEMBRE D0 CLUB ALPIN FRAN(;AIS, SECTION DE PAI?IS

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Une attraction puissautc, depuis lougtcmps deja, m'attirait vers les pays du Nord, vers ces regions si pen exploroes, aux fiords profonds, aux immonses lacs, aux fleuves torrentueux. Mon imagination mo les r(3tracait sous un jour charmant ct dignes d'etre admires par quiconque, dans un but de plaisir ou de science, aime co qui est beau et salt comprendre les magnificences de la nature. Mon enfance eut pour guide dans cette voie si attravante Tine mere et un pere qui surent, dans de fr6quentes excursions, developper chez moi le gout inne des voyages. II mesemblait que ces contrees septentrionalcs dovaient offrir de ces sensations qui se gravent dans la memoire et que respecte meme la rude main du Temps. Je me figurais cet ete si brillant, contrastant par sa chaleur et sa brievete meme avec les interminablcs nuits d'un ngoureux hiver; heureux encore ses habitants quand les aurores boreales, jetant par intervalles Tetincclant eclat do leursbrillantcs echarpes de lumieros, ranime pour un moment la vie engourdie.

Le Congres international d'archeologie et d'anthropologie prehistorique, tenant sa septieme session a Stockholm, vint cnfin ni'ofi'rir une occasion unique de faire ce voyage tant desire.

II n'y a pas bien longtemps encore qu'on aurait cru perdu pour toujours dans les brumes et les iceberges du pole Kord I'audacieux touristo qui aurait ose porter ses pas errants vers ces con-

trees, qu'on croyait si sauvages et si lointaines. Maintenaiit, Dieii merci, cette sotte terreur n'oxiste plus ; la vapeur a supprime les distances, ot cinq a six jours vous suffisent pour vous rendre sur la terre des blondes filles de la Scandinavio.

Je ne ferai que relator simplement ici ce que j'ai pu apprendre ou remarquer de curieux sur cos contrees du Nord, les habitants et leurs moeurs, ainsi que sur les autres pays que nous avons rapidemont traverses pour rentrer en France.

Je partais avec un de mes amis, M. Felix Regnault , do Toulouse. Habitues tons les deux aux voyages, nos proparatifs furent vite faits. Les passeports sent pris, au grand ebahissement des employes de la prefecture qui, peu habitues a en distribuer pour le pays des ours blancs et des phoques, nous rcgardent comme des etres fabuleux, et, dans leur etonnement, cstropient le nom de Stockholm et oublient dans leur oncrier la moitic do notre signalement. Enfin, nos mallcs sont bouclees, et nous quittons, non sans quelque emotion, famille et amis, le mardi 22juillet 1874, a deux heures du soir.

C'est un jourheureux pour mon compagnon do route, du moins il me I'affirme ; je vcux bien le croire, et j'en acccpte I'auguro, quitte k en rabattre apres.

Un dernier serrement de main, et deja la vapeur nous entraino vers la capitale, nous faisant fairo notre premier pas vers la Suedo. Le lendcmain, nous sdmmes a Paris.

Nous r^parons a I'hotel le desordro de notre toilette, et, grace a de nombreuses ablutions, nous enlevons enfin la jjoussiere dont nous etions converts ; puis nous aliens flSner sur les boulevards.

Ces pauvres boulevards sont bien tristes : pas de mouvcment, la grande cite a pris son vol vers les bains de mcr ou les Pyr6nees ; plus personne. Seuls de nombrcux essaims de Phryuoes modernes etalent encore leurs toilettes et leurs charmes. Mais que cela peut-il faii'o a des touristcs qui vont en Suede, ct, .insensibles, nous nous dirigeons vers la gare du Nord, pour aller diner k Nogent, chez I'oncle de mon ami. Le soir, nous etions de retour a Paris.

Le jeudi 30 juillet, le chemin de fer nous emporte h Saint-Ger-

niain-eu-Laye, et, malgTu Hieu're matinale, nous nous presentous chez M. do Mortilet. Uii instant apres, nous sommos introduits dans sou cabinet. Tout en nous donnant des instructions pour le voyage, il nous remet nos cartes de membros du Congros. Sur sa gracieuse invitation, nous visitons le Museo, que la main du Vendale moderne n'a pas profano. Uno heure apres, nous rcntrions a Paris.

Nous passons le rcste do la journeo aTOC un des amis de Regnault, et le soir. a dix heures, apres le fostin des adieux, nous prenons la route du Havre, non sans quclque hesitation de ma part, mais a la grandc joie de men compagnon.

Le lendcmaiu 31 juillet, nous sommes a notre port d'embarquement.

Dieu vous preserve a jamais de rii6tel du Louvre, ou nous etions desoendus, a moins que vous n'ayioz I'intention de vous faire ecorchor vif et devorer par mille espeees d'insectes.

Notre premier soin est d'aller a la recherche de notre steamer ; mais oil le prendre, au milieu de la foret de mjlts, de vcrgues ct de cordages qui encombreut Ics cinq ou six bassins de ce grand port.

De nombroux passagers se prossont vers un beau paquebot a vapour; cost sans doute le ndtro, et nous serous nombreux a bord ; mais non, c'est le Pereire qui va partir pour los Antilles, et fait SOS derniers prepai-atifs. — Premiere desillusion : ce ne sera sans doute pas la derniere ; mais, en voyage, il faut etro philosophe. — Plus modeste que lui et se balancant moUement sur scs ancres , nous apparait enfin , dans le bassin de la citadelle, lo Kong-Magnus ; c'est le nom de notre navire. A son arriere flotte au gre de la brise le pavilion norwegien. Lo capitaine nous annonce gracieusement en francais qu'un de nos compatriotes a deja retenu une cabine, et, d'apres la carte qu'il nous prosente, nous voyons avec plaisir que nous aliens faire le voyage avec M. Chapelain-Duparc, que nous connaissions deja, Regnault et moi. Nous aliens a son hotel, et nous le trouvons encore dans les brasde Morphce. Apres dejeuner, nous aliens tons les trois visiter la. ville des Scudori, des Bernardin de Saint-Pierre. Au Musee,

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nous avons I'lieurouse cliauce de rencoutrer un uuuveau compag-uon de route, le docteur Hamy, du Paris.

Lc directeur du Museo nous fait gracieusameiit les honueurs do ses collections.

Nous courous encore uu peu la villo ct, apres diner, ayant fait nos provisions de tabac, nous nous rcndons vers le bassin de la citadelle. L'equipage fait ses dorniers preparatifs ; il eat doja 10 hcures, et, a minuit, nous devons sortirdu port et prendre le large pour profiter de la maree haute. La machine chauffe, les ancres amen6es a bord par les homines de loquipage sont bientot niises en place, sur les ordresdu brave capitaiuc Isaroe.

De taille moyenno et blond, comme tous les Norwegiens, il est debout sur la dunette, dominant la mer, et senible dans son element, De la, il commando les manojuvres, de sa voix calme et forte. Age d'une trentaine d'aunees, il parle notre langue et connait une partie du midi do la France. Sa jeune 6pouse, Ijlonde lille de la Scandinavie, I'a suivi dans ce voyage ; mais, d'anc nature plus delicate, elle n'a pu raffronter sans payer un tribut k I'onde amere. Quel malheurl elle ne parle pasfrancais; un souriro entr'ouvrant ses levres roses pour kisser voir deux rann-ees de perles, puis un leger hochement de sa jolie tutc, voila sa scule reponsc aux vains efforts que nous faisons pour etre compris. Ajoutoz-lui une abondautc et blonde cheveluro artistemont rangeo, des yeux bleus, an regard doux et vcloute, et vous aurez a peu pres le portrait d'une jeune ct jnlie femmc de Norw6ge. Mais revenons a nos braves matolots.

Tous, fils du Nord, forts ct bicn batis, cc sont de vrais types de ces hardis marius qui, pionniors do la science, vont affronter les torribles dangers des mors polaires. Sous leur calme ct froide ecorce, ils semblcnt heureux et respectent celui qui ne leur commando jamais qu'avoc douceur.

La vapeur fait entendre son sifflemcut strident. C'est le premier signal pour les retardaires.

Quant a nous, nous somm.es a bord, ct avons encore le temps de visiter notre steamer avant lc depart.

Long <ln IGO pieds, large de IS a 20, le Komj-Mmjnm est un

beau iiavire a lielice, pouvaut, a I'uccasiuu , porter de la toile. Tout a bord est d'une proprete excessive. Du pent, uu escalier toumant descend dans la vaste chambre qui sert de salon et do salle a manger. Au milieu est une tabic solidement fixoe au parquet, ainsi que les sieges. Au fond, tout a fait a I'arriere, regno un moelleux divan. La nuit, des lampes jettent une vivo clarte dans cette piece ; pendant le jour , I'air et la lumiere arrivant par lo liaut, font epauouir, dans d'olegautes suspensions, des flours aux vives couleurs ; a babord et a tribord, des cabinos numerotees. Cclles de tribord sont occupees par deux Norwegionnes, un habitant de Christiania et un negociant do Christiausand ; uu peiutre parisien, un Suedois, lo doctour Hamy et M. Chapelain- Duparc ont pris celles de babord, moins une, dans laquelle Rognault et moi avons etabli nos penatcs tomporaires. Leur organisation a toutes est identiquc. Chaque cabine, ayant 2™50 sur 1"'50 de large, renferme habituellcment un lit, ou cadre, quelquofois deux ; alors ils sont superposes. Un matelas sert de couchette ; on so roule dans ses draps, puis, la tete sur I'oreiller, on dort si Ton peut, quand le monotone et regulier ronflement de I'helice, voire meme le tangage et le roulis, vous le permcttcnt, sans compter les douches qui quelquefois vous inondent lorsqu'on oublie de former le hublot.

Parfois, le mal de mer vicat compliquer la situation, ct votre compagnon de chamln-e, de concert avec la maline Amphitrite, vient cascaderj usque cbez vous.

II est vrai qu'une tal>le et une cuvette ad hoc. sont disposecs dans Tangle de votre otroite cellule. Vous avcz momc une carafe ct un verre encastres dans une encoignurc ; plus une glace, du savon parfume ct dc tres-beau linge. Avec un peu do bonne volonte, on so croirait dans son cabinet de toilette.

J'allais oublier, pour completer notre inventaire, un bougeoir a double pivot do suspension pour suivre lo mouvement de tang-age et de roulis du navire ; vous attirez votre porto ou laissez tomber devant un rideau, et vous etcs dans vos appartements, libre dy prendre vos ebats.

^ Regnault olut domicile dans le cadro dii liaut ot moi dans I'autre.

A 11 hoiircs 30, uu second appel, suivi dc pres d'uu troisiemc, est le sig-nal du depart.

La nuit est sombre, les etoiles laissent a peine voir leur clarto tremblottaute, le capitaine est a son poste, et le Kong-Mcujnus pousse par sa puissante h6!ice, se met en marche. Nous alliens sortir du bassin, quand un navirc marchand, qui entre au port, retarde un moment notre depart.

Les commandements s'executcnt rajiidement, la yapeur siffle avec rage ; sur les quais courent des lumieres. Toufcela a quelque chose do singulier, d'etrange, et se mele au clapottement de I'onde qu'agitc deja une forte briso E.-N.-O.

A minuit, nous preiions enfin le large. Tous, sur le pont du steamer, nous jetons un dernier regard sur la terre de France Les lumieres de laviile brillcnt encore, mais nous nous eloignons peu a peu, et bientot I'ombre do la nuit, enveloppant le rivage et la mer, ne nous laisse plus voir que les rares etoiles et les feux du Havre, puis ceux du cap de la Heve.

La terre a disparu, plus que le ciel et I'onde. Une partie des passagers a deja gagne ses cabines, et, n'ayant plus rien a voir je les imite, laissant Regnault sur le pont contempler la blonde Phoebe.

Etendu sur ma maigre couchette, je roule dans ma cervelle mille idees impossibles ; ma foi, je crois que je revais tout eveille : ce n'etaiont que naufrages, incendies, collisions ct les mille accidents qui peuvent survenir pendant un voyage sur mer. Mais, apres tout, il ftxut bien do I'imprevu ; sans cela ce serait trop monotone.

Enfin, la nuit, il faut croirc que jiivais dormi maigre le rouflement de I'helice.

Regnault trouve bon dc venir cssayer du moelleux matelas de son cadre ; il a I'heurcuse idee de m'eveiller pour m'annoncer je ne sais quoi ; les mots de barometre, de houle, de vent viennent vaguement resonner a mon oreille, mais ne peuvent me tirer des bras dc Morphec. La nuit s'achcvc tranquillcment, ct Ic !''■■ uoiit,

au matin, nous sommos on pleine mer, en vue dcs cotes d'Angleterre.

Quellos affreuses et hautes falaises de craie'd'un blanc sale ; -k notre gauche est Folscktone, plus loin se montre Douvres. Nous y passons, assez pros pour voir le clicmin de fer qui part et sur la grevc des personnes so promener.

La houle dont, cette nuit, Regnault me parlait dans mon premier sommcil, nous oblige a nous eloigner des c6tes de la brumeuse Albion.^NotrenaYire, presque sans lest et sans marcliandises, tangue enormement ; aussi pen soucieux de rouler sur le pent, je reste dans ma cabine. Quant a mon compagnon, cnvcloppe dans sa varcuse, le beret sur la tetc, la pipe a la bouche, il est sur la dunetteou le gaillard d'avant ; sans doute, il monterait plus haut encore si le capitaine le lui permottait. Depuis que nous avons rinapprcciablc avantage de voyager sur le liquide element, il est metamorphose. Ma foi, jc crois qu'il a manque sa vocation, et n'etait pas fait pour vivre sur le planclier des vacbes. Si la cloclie du bord, piquant le quart, ne venait pas le tirer de sa contemplation, il oublierait que sou estomacest vide depuis deux heures seulcment.

A bord de ces paquebots uorwegiens, on prcndle matin du the ' ou du cafe, et dans la journoe on fait trois ou quatre repas.

A 10 heures, done, on s'installe devant ane table couverte-do viandes froides : langue de renne fum6c, diverses especes de saucissous, du jambon, des fruits sees et du beurre ; pour pain, dont, du reste, on use fort pen, des pommes de terre, de petites tartincs de pain blanc ou de seigle et des galettes brunes de flat broed, ou pain national, fabrique avcc de la farine d'avoine et reduit en feuilles minces comme du hrlstol, percees de petits trous et largement saupondrees d'anis. Pour liquides, du the, d'excellente biere ot des vins de France ; mais ces derniers ne sent pas compris dans le prix modique de la traversoe. Pour 85 francs, en eflfet, en premiere classe, on est defraye de tout, sauf le mal de iner. Celui-la ne se paie pas.

A 2 heures, nouveau repas, c'est le diner. On apporte sur la table une ospecc de soupe aux choux sans pain, bouillon verdatre

dans lequol errent a ravcntaro des tiges, dcs feuilles -1 grandeuipresquc iiaturelle, capable, enfin, de vous donner, a lui seul, le mal dc mcr. Quant a moi, je n'ai jamais pu en avaler ; tons mes compagnons paraissent trouver oela exquis et en mangcnt & Cffiur-joio : du boeuf bouilli, additionne d'unc sauce fortemcnt sucreo, Ic remplace.

Le Sucre est un condiment indispensable sur toute table norwi5gienne ou suedoise ; on en met dans tout a profusion.

Puis apparaissent des choux avcc force sucro et anis, ce qui lour donne un singulier gout ; cnfin, dos pommes do terro de France et des ospoces do bonbons uiacaron6s. Ajoutez a cola des Tiandes froidos. Memo cspoce de pain et memo breuvage qu'au dejeuner.

Lc premier jour jc no pus guere profitcr de cet abondant service, ayant des battements de coeur asscz violents, ce que notre aimable et peu melancolique compagnon, M. Chapelaiu, appelait le mal de mer sec ; sec ou non, je m'en serai bicn passe.

Le docteur Hamy, plus hcureux que moi dans un sens, a I'avantage de payer franchement son tribut a la mer.

Apres lc diner, on monte sur lc pont, et, tout en fumant, ou fait connaissance avec les autres passagers, qui, du reste, semblent fort aimables. Un Francais surtout, M. d'Avancon, dc Paris, est un denos plus charmants et plus joyoux compagnons de bord. De plus, il est artiste et sait comprcndre la vio et les voyages. Nous avons garde un agreable souvenir de nos courtes relations avec lui ; descendu a Christiania, il nous avait fait esp6rer de le revoir a Stockliolm, mais il n'y est pas venu.

Le jour commence a descendre et le soleil couchant, empourprant de ses derniers rayons I'onde amere, ne tarde pas a disparaitre. Malheureusement le baromfetre baisse, le ventne faiblit pas et la mer, toujours houleuse, roule de sombrcs flots. Les oiseaux nous out quittes ; nous sommes dans la mer du Nord, ^ peu pres a la hauteur des cotes de HoUande, filant toujours nos neuf nceux (trois lieues) a I'heure.

Apres le souper, presque tout le monde va se livrer au sommeil, et la nuit se passe assez bien.

Mais, au matin, avant le jour, uiio rude et brusciue socousse

m'eveille en sursaut, d'unc manifere trop frappante pour ma per-

sonne, qui va donner un coup de tete daus le cadre ou Regnault

doit roposor. Je I'appelle, mais en vain, il a decouche (en pleine

mer), ct tranquillement se promene, sans doute, sur Ic pont. II

finit, enfin, par descendre en riant de la panique que nous avons

da avoir. On avait tout simploment stoppe pour Jeter la sonde.

'La nuit, etoilee, nous promet un beau jour pour le lendemain

dmranche, 2 aout, et la blonde Phcebo palissant peu a peu, sem-

ble Iivrer a regret le firmament a I'astre du jour. Une lueur bla-

arde apparait d'abord ; elle se teintc de coulcurs plus animees,

horizon s'eclairo lenteu^ent et des rayons brillants s'epandant sur

le fond bleu du ciel, paraissent emerger du sein des ondes. La clarte

augmcnte, un Icger point de feu so laissc devincr a lliorizon,

demere la derniore vague. D'abord aplati ct elipsoide, ce globe

etmcelant s'arrondit insensibloment, et le soleil, s'elancaut tout a

coup dans I'espace, inonde les ilots de lumiere. A cc moment, on

oubhe tout, e.t on admire en silence ce magnifique et sublime

spectacle d'uu lever de soleil en pleine mer.

Le vent qui s'etait calme, se leve de nouveau, et, de son souffle puissant courbantla crete des vagues, fait moutonuer les eaux noiratres de la mer du Nord. Quelquos navires passent sous notre vent, on se salue ; un beau trois-mats. vent arriere. fait le mauvais temps toutes voiles dehors.

Toute la journee, la mer deferle et erabarquo souvent; mais Ic soir, elle se calme, le vent tombe et nous donne un peu de rcp'os. A^ous sommes a la hauteur dea cotes du Danemark. A neuf heures, un nouveau spectacle se prepare pour nous Sur une mer calme, la lune se leve a I'Est, colore lentement de petits nuages errants de vives teintes rosees et mele, au Nord, ses feux a ceux d'une autre clarte d'un bleu-clair, diapbane comme une lueur d'eclipse qui euvahit I'horizon sans nuages.

Pour base a ce tableau magnifique et inconnu pour nous, la mer, d un vert sombre, vivcment eclaireo par ces lumieros dilfercntes, qui jouent a sa surface ct semblent la rcndrc phosphoros-

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cento. C'est le jour polaire qui, sur son declin, nous euvoie cncoro un reste de sa splendour.

II etait minuit quand los nuages arrivant, nous caclient C3 spectacle grandiose et nous obligent bien a regret a rentrer dans DOS cabines ; mais le roulis nous empecho de dormir.

Aussi, le lundi 3 aout, je suis debout dcs quatre bcurcs du matin, esperant voir un nouveau lever du soleil ; mais desillusion complete : partout une brume 6paisse s'6tend sur les flots, dont la sombre couleur semble ne nous presager rien do bon. Du reste, depuis notre depart de France, le barometro n'a pas cessode descendre.

Au moment du dejeuner, tout danse sur la table. Le vent, qui a fraichi considerablement, redouble, et la mer devenant plus mauvaise, embarque tres-souvent. Enfin, une lamj passant pardessus le navire , enleve le beret de Eegnault (oncques , plus jamais il ne I'a revu) et le trempe de la tete aux pieds. II m'arrive dans le salon tout ruisselant et riant de bon coeurdoson aventaro, Grace au tan gage, il precede, non sans peine, a une nouvelle toilette.

Tout remue a bord ; la vaisselle plate fait des bonds fabuleux sur les dressoirs ; les sieges lieurtent violemment les tables, et les lampes sent ebranlees sur lours pivots. Quant a nous, pour roster en place on marcher , il nous faut nous cramponner a tous les meubles.

Profitant de la circonstancc, M. Cliapelain nous vante les plaisirs d'une traversee et, pour nous egayor, vient tous los quarts d'heure nous annoncer, d'un ton lugubre, que nous touchons h notre fin derniere, qu'une mauvaise plancho nous separe seule de I'eternite. Jusqu'a neuf heures du matin, la mer est afFreuso et nons ballotte comme une coque de noix.

Nous sommes dans les eaux de Skager-Rack, entro la pointe N.-O. du Danemarck et I'extremite S. de la Norwege.

Pendant le dejeuner, rhomme de quart signale quelquc chose a I'horizon : une ligne brumeuso qu'entourent dcs brisants. Sans doute, une tie ; nou, c'est la terre de Norw6ge. A ce mot de terre, on montc sur le pont.

VoUa trois longs jours et demi que nous u'avons vu que le ciei et I'eau, et malgra d'aimables compagnons, on aspire a la voir et a la fouler cette terre. On met le cap au Nord et nous avancons h toute vapeur vers.Cristiansand,

Les cdtes sont semees de recifs et la mer deferle avec rage sur ces Hots grauitiques qu'clle ne pout detruiro et qui rendent ces parages si dangereux par le mauvais temps.

, Nous voguuns dans la bale de Christiansand, et la mer, tout a rheure si agitee, est maintenant unio comme une glace, une mer dhuile, disaient nos marins. Le pliarc nous apparait bient6t, nous lesaluons au passage et continuons notre route.

A troisheures du soir, nousentrons dans un de ces beaux fjords de la Norwege. Des rochers granitiques, polls par les anciens glaciers et maintenant par I'Ocean, y plongent a pic ; des pins magnifiqucs, a la sombre verdure, baignent lours racines seculaires jusque dans les flots, et la blanche mouette, de son aile rapide, Yient effleurer notre helice et liapper au passage les petits poissons dans notre long sillage.

Nous entrons bientdt dans les eaux de Ja bale de Topdal, au fond de laquelle s'ouvre le port de Christiansand, et nousglissons rapidement sur ses ondes transparontes.

A cinq heures du soir , nous mouillons a une encablure de la ville. Un canot de la douane accoste le navire, et la visite faite, nous nous faisons conduire k terre, ou nous avons deux bonnes heures a depenser.

Nous foulons enfin le sol de la NorwSge.

Fondeeen 1641 par Christian TV, Chi-istiansand lui doit son nom ^i5o 42' 58" long. E. et 58^ 8' 5" lat. N.). Fortifiee par la nature, qui la entoureo de tons cotes, de montagnes couvertes depaisses forfits de pins, son port excellent est defendu par le fort d'Oddero, sur une He en face. Ses 11,500 habitants occupentdes maisons en bois, comme elles le sont presque tontes dans les petites wiles de la Norwege, sur le littoral ou dans I'interieur des terres. .Tusqu'a un metre du sol, des pierres cimentees ferment la base ou repose le restc de I'edifice, entierement en bois de pin habilement travaiUe. En forme de chalets, ces habitations .sont

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coavertos en tuiles rouges et peintes de eouleurs voyaiitos, ot surtout en brun-rouge. Derriere les fenetres , au milieu de jolies fleurs, apparait un.frais minois, a la blonde chevelure, aux yeux blous, qui regarde curieusement des etrangors qui passent. Nous aliens au temple lutherien pour le visiter, mais il est ferme. Sur le port et les chantiers de construction regno une grande activite. Chose singulierc pour nous, les raagasins sans noin manquent d'etalage.

La plupart des habitants, marins ou pe^heurs, sont continuellemcnt absents de chez eux, ce qui n'empcche pas la population d'augmenter, si i'on en juge par les gros bebes joufflus et bien portants prenant leurs ebats, par un soleil radieux, sur les atroces galcts qui forment le pavage.

Nous nous egarions avec plaisir dans ces larges rues, se coupant a angle droit et debouchant vers la mer ou lo port, quaud un coup de sifflet, parti du navire, nous rappellc aux douceurs do la traversee. Nous reveuons a regret a rembarcadere et , moyennant un leger salaire, on nous ramene a bord.

Tout autour du stsamer flottent entro deux eaux de belles incduses, au corps gelatineux, nuance de violet, de brun ou de jaune orange.

^ Enfin, a six heures du soir, nous levons Fancre, en disant adieu ^ la villo de Christian IV ; nous mettons le cap au N.-E. , sur Arendal, dont une cinquantaine de kilometres nous scparent encore.

Nous voguons dans les eaux du Skager-Rack , calmes et unies comme une glace tant que nous sommes abrites par les moutagnes ; olles font semblant de vouloir s'agiter sous la brise au sortir du fjord. 'Mais le temps reste beau ct notre sillage se dessine derriere nous en un long ruban tout blanchissant d'ecume.

Malheureuscment pour lui, Regnault, qui a deja perdu son guide et sa carte, a une nouvelle pertc a deplorer, celle de son thermometre ; je me rappoUe encore, non sans rire, la fin tragiquo de ce pauvre centigrade : pendu a une minuo ficelle, il se balauf-ait d'un air triste et melancolique au-dessus de I'onde, attendant le moment favorable k rimmersion, quand un coup de

taugag'o lejette briisquomcut sur la coquc du naviru, il avait cesse de vivrc.

Nous longeons avcc rapidite les pittoresques rivages de la Norwegc ; a nos youx eblouis defilent des forets de pins et de melezes, les fjords sileiicioux, les rocliers polls de la c6to, qu'arrondit encore, jour par jour, lieurc par heure, Ic travail incessant de la mer.

Au fond de ces cryptes, aux capricieux et sinueux contours, a I'abn d'uu bouquet de bouleaux et de melezes melant leurs Elegants feuillagcs, uno maisonnette en troncs de pins equarris sur deux faces, a I'aspoct agreste, nous montre sa pittoresque silhouette; un leger batelet a la prouc rcdrcssec se balance pres du rivage ; des filets sechent aux rayons d'un soleil radieux : c'est la demeure et toute la fortune sans doute, avec un petit champ voisin, d'un pecheur norwegien.

A I'horizon, des navircs entrent dans la mer du Nord. Autour de nous, des bateaux pdotes, a la voile rouge, triangulairc, portant un numero d'ordre; un seul homme les monte, et, rapides comme la mouette, ces nacelles tirent des bordees, effleurant la cime des vagues ecumantes.

Lo soleil, qui baissc, empourpre les flots d'unc teinte sanglante; les pins eux-memes so colorcnt dc tons plus chauds et les derniers rayons do I'astre qui se couche jouent au travers des branches do ces sombres forets.

Une lueur , brillante ct douce a la fois , vient romplacer la lumiere du jour : ce sent les derniers feux du jour polaire qui va bientot s'etcindre pour nous.

Nous voguons toujours, et nos yeux ravis ne peuveut se lasser d'admirer cette pittoresque nature.

Nous entrons enfin dans un fjord plus etroit, que semblent enfermcr dans leurs bras de granit de hautes collines boisees : c'est le fjord d'Arendal. La clarte est si vive , que nous y voyons comme en plein jour sur le pontdu navire. Nousavancons maintenant plus lentement au milieu des innombrables ilots de co petit archipel.

La baie se re.sscrre de pins en plus, et, au detour d'uu pronion-

- IG — toire, au fond d'un fer-a-cheval, nous ai^paraJt une ville. Des nacelles eolairees comrne des gondoles du Lido, glissent sur Tonde autour de nous; les forets, les maisons se detachent comme des ombres chinoisos surce ciel lumiae.ux et d'une purete sans eg-ale. Un de ces batelets porte une demi-douzaine de Norwegiens, hommes et femmes. lis chantent un air national, ei; leurs rames tombsnt mollement en cadence, suivant leurs voix melancoliques et douces, qui font resonner les mille echos d'alentour. Nous dcoutions, ravis, depuis un moment et en silence, ce chant patriotique, a la suaye harmonic, quand la vapeur vint couvrir de son bruit strident les dernieres notes qui nous arriveut encore.

Noussommes a Arendal, ou nousdevonsrestorquelquesheures, dont nous profiterons avec plaisir pour visiter la ville.

Peuplee de 4,000 dmes environ, Arendalfait un commerce tresimportant de fer et de bois. Batie en demi-cerclo au fond d'un fjord delicieux, la ville est construite partie sur des lagunes et partie sur les flancs de la colline qui abrite son port.

C'est de ce c6te que nous dirigeons nos pas et, a la lueur du jour polaire, nous nous promonons dans ces rues propres, mais en pente, serpentant dans un beau granit grenatifere tres-compactc. Suivant toujours ces sentiers, nous arrivons a un promontoire d'ou notrc regard embrasse toute la bale ; au loin, la mor qui roule des flots argentes ; a nos pieds, le port, notre steamer avec les autres navires et la ville avec ses maisons en cons- . tructiou.

Notre promenade a dure plus longtemps que nous le pensions, et nous sommes appelesa bord par nn coup de sifflet. II nous faut quitter ce site ravissant, ces chalets coquets, ces batelets chanteurs, ces rivages pittoresques qu'6claire encore un dernier rayon du jour polaire.

II est deux heures de la nuit, et tranquillement assissurle pent du navire, nous assistons aux preparatifs du depart.

Plusieurs d'entre noualiseut ou ecrivent leurs notes de voyage.

Deja le 4 aout! Le temps a passe bien rapidement; du reste, nous avions de si charmants compagnons de i-oute.

La lueur polaire diminue pen a pen, et lorsqu'a 3 heures 30,

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I'aurorc commence a poindre, nous sommes d6ja loin de ce petit coin de terre qui s'appelle Arendal, et dont le noni seul eveille en nous mille souvenirs cbarmants, milletableauxdelicieux; Arendal qu'on voudrait revoir encore par ce beau jour polairc, avec son site pittoresque etses chants si harmonieux et si doux.

A 4 heures, lo soleil sortant de la mor comrae un globe de feu, nous offre un magnifique spectacle et vient oclairer notre dernier jour de navigation. Le dejeuner so passe gaiment, et le cbampagne, mele au bourgogne, vient en petillant feter notre bon voyage.

Tout le monde est content et joyeux. Nous passons tout le reste la journee sur le pont, fumant, causant et prenant d'excellent moka.

Oui, la vie de bord, dans dcs conditions excellentes, avec d'aimables compagnons, est cliarmante, et notre traversee, accomplie de la sorte, a part quelques heures de tres-gros temps, ne nous a laisse qu'un agreable souvenir.

Nous entrons bientdt dans le magnifique fjord de Cbristiania, long bras de mer de quatorze lieuos francaises- de profondeur. Co fjord, parfois grand et majestueux comme une mer, se retrecit subitemeut et ressemble a un large fleuve, dont les berges abruptes et capricieusement decoupees de mille 6cliancrures, sent couvertes d'une luxuriante vegetation, oii les pins mSlent heureusement leur sombre feuillage aux troncs argentes des bouleaux, a I'elegante ct verdoyante frondaison des melezes.

La mer, tout a I'heure agitee, devient calme et unie comme un de ces beaux lacs de ce pays pittoresque ou I'antiquite placait Odin et les pretresses du Vallallh. Des criques nombreuses s'offrent a nos regards et entrcnt profondement dans les terres. A gauche, sur la rive, une ville apparait ; c'est Horten , station principale de la marine royale, presque en face du petit fjord au fond duquel s'eleve Moss. Un pen plus haut, sur la cime droite, s'ouvre une vaste echancrure; Drameu, comme une nymphe paresseuse, y dort mollemeat 6tendue et baigne ses pieds dans cette onde limpide, qui vient expirer sur son rivage.

Nous avancons toujours entre ces rivagcs, oil la sombre foret

— isle dispute aus verdoyantes prairies. Partout aillcurs, cette luxuriante nature ferait uii pare ravissant.

Nous saluons en passant la forteresse d'Oscarborg, sentinelle avancee qui garde I'entree de la rade de Christiania. Batio en demi-cercle et dominee par une tour crenelee, Oscarljorg est armde de 73 canons. Ses troig batteries, a fleur d'eau, enfilcnt le passage, dont la larg.iur, a cet endroit, ne depasse pas 15 a 1,600 pieds.

Un dernier fjord s'offre k nous sur la gauehe ; c'est la que dort le petit port en miniature de Sandviken.

II fait un soleil vadieux, im temps superhe, et cependant nous sommes sous Ic 61° do latitude. Moins les flours, le mouvement, les chalets et la vie. on se oroirait transporte sur les bords dun do COS pittoresquos lacs de la Savoie.

IVotre steamer double entin un petit promontoiro et nous laisse admirer un grandiose et magnifique spectacle : aux flancs d'un immense cirque de hautes montagnes, couvertcs de forets de pins a perte de vue, dont les lointainset derniers sommets sont blanca do neige, s'etage gracieusement comme nne reine la capitale de la Norwoge. On distingue deja parfaitement la forteresse d'Aggershuus, les deux grands quartiers de la ville et de charmanls lockhers, on maisons do campagne entourant la cite.

Nous sommes rendus au terme de notre navigation. Encore uu instant, et nous allons aborder au milieu d'une for6t de mats et de navires ; un dornier toilr d'hellce, on jette les amarres ; nous sommes au port, et, a 4 heures du soir, le mardi 4 aoiit, le Kong- Magnus accoste, sain et sauf, les quais de Christiania. Grace a nos amis de voyage, nous evitons les ennuis de douane, et, apres les avoir chaleureusement remercies, ainsi que notre excellent capitaine, nous mettons enfin le pied sur cette terra de Norw6ge tant d6siree.

Nous descendons a I'hdtel Germania, fort cher du reste, ou nous avons par compensation leplaisird'entendreparler franjais. Nous faisons un pcu de toilette et, sans perdre de temps, nous aliens courir la ville.

La m6tropole norwegienno (410kilom. O.-P.-O. de Stockholm

par 59° 54' 44" de lat. Nord et 8° 23' 7" de longitude Est), au fond du fjord qui porte son nom, est peuplee de 80 mille ames. La ville s'etcud en demi-cercle dans une position admirable et presque unique au monde, aux pieds des montagnes de I'Eggeberg et compreud la vieille ville, la forteresse d'Aggershuns et la vdleneuve. Dausnotre rapide promenade, avant diner, nous parcourons cette derniere partie de la capitale. C'est un vaste carre, dontleslargesrues, tirees au cordeau, sont eclairees au gaz et garnies de trottoirs. Des cafes ii'en cherchez pas, il n'y cu a pas; les magasins sont sans etalage exterieur ; une simple inscription, placfc au-dessus de la porte, indique seule ce que I'un trouve a acheter dans la maison. Par centre, des fleurs ravissantes de fraicheur et de teintes a toutes les feuetres, et un petit systome de glace rejetant dans I'appartement tout ce qui so passe dans la rue. Comme presque dans toutes les villes construitcjs en grading, Chnstiania presente un magnifique panorama, de loin ; mais il me semble qu'aubout de quelques jours passes dansses rues, presque desertes et sans vie, oii tous les monuments ct beaucoup da maisons rappellent los constructions de la Grece, et dans losquelles on a jete avec une profusion par trop grande la paleractte des tombeaux de cette epoque, on doit avoir hate de quitter cette ^aste et triste necropolc, qui n'a gukve pour elle que sa position et ses en,virons qui lui ferment un magnifique pare naturel.

Les edifices principaux sont le palais de la reine-mere, la bibliotheque, le Musee, I'Universite, fondee en 1811 par Frederic VI et le Palais du Storking, ou Etats generaux, ce dernier construit en style remain et byzantin par I'architecte S. Langlet. Parmi tons ces monuments, un des plus beaux est lechateau royal, qui, malgreson air do caserne et un style peu defini, a cependant, par ses belles et grandes proportions, et le site qu'il occupe au sommet d'une colline, au milieu d'un tres-beau pare, un aspect imposant. Des fenStres, on a une vue admirable sur la rade, le fjord, la ville et tous les alentours.

De I'autre cote du detroit se trouve Oscarshall, petit chateau moyen-age a tourelles , ou le roi Oscar I" ^ fait representor les sites les plus colebres de la Norwege. C'est sur les panneaux du

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salon qile Tidemand, le Greuze scandinave, a trac6 de ses habilcs

J • • Til • I - T , . n .

et gracieux pmceaux ihistou-e du paysan norwegicn, depuis sa

naissance jusqu'a sa mort»

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: P AprSs le diner, nous sortons encore et reprenons nos investigations. Dans notre nocturne promenade, nous arrivons a une

espece de jardiu public. Le nom attrayant d' Apollo-Salon nous

attire, et nous entfons moyenuant 40 ore (.50 centimes a peu prea

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de notre monnaie).

1 ii Une chose assez curieuse nous frappe des les premiers pas. De

' " ' yertes pelouses, emaillees de ravissantes corbeilles de fleurs, sont

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^ bordees d'abominables coquilles marines, ressemblant a celles

[ 1 qu'on nomme des casques. Ce singulier orncment produit un effet

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