‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 128 sur 251 · Munter, ouv. cité · texte numérisé non relu

Munter, ouv. cité

6. On observe ce symbole, plusieurs fois reproduit dans les miniatures du moyen Age, pour exprimer l'Église. La croix du Sauveur sert de mot au vaisseau. Au dire de Suarôs. évoque do V.iison, une mosaïque do Giotto, au Vatican, ri'présente TÉglisc sous l'emblème d'un navire conduit au port par le Chri>t; les diables, figurés par les vents (voyez, p. iS, la note sur ce rôle des diables), chcrchontà le f»ire chavirer. Sur un des chapiteaux de l'église de Saint-Nectaire. (Puy-tle-Dôme), on voit Jésus-Christ soutenant l'Eglise, placée sur un vaisseau. Bulletindu Comité historique des Arts et Afonuments, 1. 1, p. 56. La forme môme du vaissc>au donnée aux égli>es, ainsi que le dit l'auteur des Constitutions apostotiques :« Ecclesia sit ad instar navis •> (lib. Il,c. 61). provient sans doute des idées symboliques qu'on attachait à cette forme. — Le sujet de l'Eglise couronnée, qui lient d'une main une petite <^lise et semble ensoigner la Synagogue, un bandeau sur les yeux, se trouve dans les anciens diptyqiK s et dans les manuscrits jusqu'au xiii» siècle (voyez J. Garnier,Ca<afo.v«e des manuscrits de la Bibliothèque d'Amiens, p. 122). — Dans la Bible mornltsée, n«» f)829, en latin et en français, dont h's manuscrits sont des xiv«». xve et xvi» siècles, on voit le môme sujet. La Synagojiue ou la Loi ancienne est une femme ayant une robe d'un tissu richcnient drape; s€'S yeux sont bandes et une couronne d'or tombe de sa lôte; d'une main, elle tient le livre de la Loi; de l'autre, une lance, dont la pointe est presque toujours brisée. Pour la Loi nouvelle ou l'Église, ses longs cheveux sont ornés d'une couronne d'or: son blanc et large mantt-au couvre une tunitiue bleue

l'ancre *, l'eau qui coule*, le pélican', le cert ou la licorne*. Ainsi une révolution complète s'opérait graduellement dans le système de représentations adoptées par le christianisme. Après n'avoir été qu'une image symbolique, mystique d'une idée, d'un précepte, d'une vérité religieuse, ces représentations devinrent, par la suite, la traduction sur la pierre et le bois des faits de l'Écriture Sainte, la reproduction pure et simple des événements racontés dans les martyrologes et les biographies pieuses. Quoi de plus naturel, en effet, que de peindre aux yeux ce que l'esprit ne pouvait encore comprendre, ne pouvait admettre par la seule force de la pensée? Quel moyen plus efficace pour frapper les sens et l'imagination du vulgaire, qui croit sans raisonner, admet sans réfléchir, que d'intéresser cette imagination et ces sens eux-mêmes? Avec des peuples grossiers et superstitieux, c'était la voie de conversion la plus sûre. A force de voir un fait peint, représenté, on finissait naturellement par l'admettre. Alors la vue agissait seule et était plus puissante que l'intelligence*.

d'une main, elle tient la croix, et de Tautre, un calice (voyez Paulin Paris. Let Maniucrits françait de la Bibliothèque royale^ t. II, p. 26). ~ A SaInt-Étienne-du- Mont (Paris), sur un vitrciil, on voit un vaii»seau dirigé par Jésus, qui tient le gouvernail; il vo}<ue à pleines voiles et porte beaucoup de passagers (voyez Didron, Architecture chyélienne, p. 858).

1. On rencontre, quoique raremoiit, l'ancre dans les anciens diptyques. Je me rappelle avoir vu à Florence, eu 1838, un livre d'heures manuscrit du xv« siècle, sur lequel on avait représenté ce symbole en tête des litanies.

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