‹ Crustacés de la Mediterranée et de son littoralChapitre 23 sur 45 · PL. XXVI · texte numérisé non relu

PL. XXVI

Fig. I, mâle jeune; 2, femelle; 5, poitrine du mâle. 4, Pied-mâchoire extérieur, 5, antenne extérieure, 6, i(^eOT intermédiaire grossis. 7, Abdomen du mâle; 8, idem de la femelle.

Ord. Décapodes, Fam. Brachyures, Trib. Triangclaires.

PL. XXVII

Fig. I, in.île vieux; 2 , |il,ujiie stpniale.

/. Rostro hastiformi , emarginato ; f maris manu ovata , feminœ manu subfiliformij. Testa autica tuberculis tribus ohsoletis. Deindè , spina dorsali validiore ^ posteà , spinis tribus validis acutis , média sœpiiis majore j acutiore , in lineam subrectam digestis. Pectore maris inter pedes elevato , dilatato ^ glaberrimo j polito.

Cette nouvelle espèce d'Inachus est remarquable par la dilatation du sternum qui couvre la poitrine, et s étend sur la région thoracique, nommée mëtathorax par M. Audouin. Cette particularité du thorax qui la rapproche de ïlnachus leptochirus de [\1. Leach , pourra servir, an jour que les espèces de ce genre seront plus nombreuses , à l'établissement d'une division bien caractérisée.

Le mâle de l'Inachus thoracique a le rostre assez court, échancré, bifide à son extrémité; on voit une petite épine latérale derrière chaque orbite; trois petits ttibercules sur la région stomacale, et un autre trèsgrand terminé par une forte pointe. Plus bas, cinq épines dont trois sur une même ligne, celle du milieu plus forte, placée sur la cordiale; les deux autres ne sont bien apparentes que chez les mâles vieux. Les pinces sont renflées, leurs doigts sont sillonnés : elles n'atteignent que la moitié de la longueur des premières pattes, dans le mâle jeune , mais elles arrivent jusqu'à l'insertion du dernier article, chez les individus vieux ou adultes; elles sont velues, couvertes d'une espèce de mousse ou drap marin ainsi que les coquilles; cç duvet revêt toutes les autres parties du corps, et surtout la première paire de pattes : les doigts

Ord. Décapodes, Fain. Brachycres, Trib Triangulaires.

seuls, le sternum et le dessus de la bouche sont nus. La pièce sternale qui embrasse la base des pinces et des trois premières paires de pattes est avancée en pointe obtuse, fortement èchancre'e, et se dilatant de chaque côte en deux plaques arrondies , clype'ace'es , en forme d'ëcusson. Le milieu de cette pièce a une élévation sulîorbiculaire , entourée d'un sillon profond. Tout le têt est d'une teinte, tantôt brune, tantôt rousse ou lividej rextrémité des pinces et des pieds-màchoires, quelques articulations et la pièce sternale sont rouges.

La femelle est légèrement bombée, ses pinces sont grêles, courtes, seulement de l'épaisseur des pattes antérieures. Il est des femelles qui portent aussi deux pointes supplémentaires, ou du moins les vestiges, au bas des régions branchiales; mais ce sexe est privé de l'appareil sternal qu'on remarque chez le mâle : elle pond en avril des œufs rouges qu'elle porte durant les mois de mai, juin et juillet.

La démarche de ceDécapode est lente et gênée, il semble ne se mouvoir qu'avec peine, et n'agiter ses pattes qu'alternativement. Sa conformation ne peut guères lui permettre de longues courses, et les débris de plantes marines qui se collent sur le duvet de son têt me portent à penser que son existence doit être tranquille et sédentaire. C'est parmi les algues et les fucus qu'il fait son séjour. Il est rare à Marseille, mais il paraît qu'on le rencontre assez souvent sur les côtes du Languedoc , dans le golfe de Naples, et aux environs de la Sicile.

Or-d. Stom APODES, Fam. UNffELTts.

LA SQLILLE DE FÉRUSSAC, SQUILLA FERUSSACl : Nous.

PL. XXVIII

Fig. 1, mâlej 2, pieJ-mâchoire de la première paire; 5, iV/em ({e l.i ciuquième p.iiie.

S. Corpore purpurcisceute j suprà lineis septem longitudinalihiis élevât is ^ pollicibus falcatis , hideniatis ; caiida violocea.

En comparant cette nouvelle espèce avec toutes celles de la Méditerranée, on reconnaîtra qu'elle diffère de la Squilla /nantis par le nombre des aiguillons de la griffe terminale des pinces qui n'est que de deux, tandis que celle-ci en a toujours cinq au moins 5 au lieu de six rangées de lignes longitudinales élevées la Squille de Férussac en offre sept. Elle se rapproche, par la forme des pinces, de ma Squilla Cerisii; mais elle n'a point le front avancé en pointe, et le dernier anneau de la queue cannelé comme chez cette dernière , dont tous les segmens du corps, excepté le pénultième, sont lisses. La Squilla Desmaresti en diffère aussi par la forme dai front, par celle du dernier anneau du corps, et par le nombre des lignes longitudinales élevées qui n'est que de quatre, dont deux de chaque côté. Je passe sous^ silence d'autres différences qui ne caractérisent pas moins bien cette espèce.

Ord. Stomapodes , Fam. Unipeltès.

Une couleur purpurine, lavëe de verdàtre sur quelques parties du corps, domine sur le tel de cette Squille, La partie supérieure, qui sert de bouclier à l'appareil bucal et qui peut être considérée comme le corcelet est un peu sinueuse. Le front est tronque, divise en deux loljes peu échancrés. Les pinces sont munies seulement de deux aiguillons. Les huit premiers anneaux sont longitudinalement traverses par sept lignes élevées qu'interrompent les sutures de chaque segment ; le pénultième n'en a que six , et sur le dernier, qui sert à l'insertion des nageoires de la queue , on n'en remarque que trois, y compris celle du milieu qui est fortement relevée en carène. L'écaillé foliacée placée à la base des antennes extérieures, toutes les nageoires caudales, le dernier article des pattes et les pieds-nageoires sont bordés de cils d'un rouge purpurin. L'individu que j'ai sous les yeux a quatre pouces de longueur, prise du frout à l'extrémité de la queue.

Cette belle Squille, que je dédie à M. le baron de Férussac, directeur du Bulletin universel, m'a été apportée de Sicile par M. Caron, qui m'a assuré avoir eu occasion de voir deux ou trois espèces différentes de celles qui portent les noms de Squille mante, de Desmarest, de Cérisy et de Férussac, les seules de la Méditerranée que je connaisse. Je me tairai , pour le moment, sur la S(/uil/a Eusehia de M. Risso, que je n'ai point encore vue en nature, et qui paraît devoir être rapportée au genre Coronis de M. Latreille, ainsi que le pense M. Desmarest. La Squille de Férussac vit dans les profondeurs de trente à soixante mètres..

Ord. ISOPODES, ISOPODA; Fam. idotéïdes, idoteides.

Car. ( Voyez l'Introduction.)

Genre IDOTÉE, IDOTEA.

Idotea, Risso, Desmar., Fabriciiis, Latreille , Lamarck , Leach, Bosc.

Armida , Risso.

Omscus , Pallas , Linné.

Squilia , Dégéer.

AsELLus , Oliv. , Lamarck.

Cymothoa , Fabr. , DaldorjJ.

Physodes , Duméril.

Pallasius , Leach.

Caractères. — Antennes extérieures ou latérales sétacées, médiocrement alongées, avec un pédoncule de quatre articles, et leur extrémité mulliarticulée. Les intermédiaires sur une même ligne horizontale et transverse, insérées à-peine un peu plus haut qne les extérieures; beaucoup plus petites que celles-ci, filiformes, composées de quatre articles, le dernier assez gros.

Tête de la largeur du corps ou un peu plus étroite, presque carrée.

Douche petite, formée d'un labre, de deux mandibules, de deux paires de mâchoires et de deux pieds-mâchoires extérieurs foliacés, de cinq articles , qui remplacent par leur base la lèvre inférieure.

Corps compose de sept anneaux proprement dits, transversaux , presqu'égaux et unis, ordinairement marqués, de chaque côté, d'une impression longitudinale, qui, avec sa correspondante, divise l'anneau en trois parties : (tel est celui des fossiles connus sous le nom de trîlobites, d'après la remarque de M. Desmarest.)

Pattes au nombre de sept de chaque côté, ayant leur insertion en dessous de chacun des anneaux qui composent le corps , terminées par un petit onglet très-pointu un peu courbe. La première paire la plus courte, les trois dernières les plus longues, dirigées en arrière; les autres paires dirigées en avant.

Queue presque aussi large à sa naissance que le tronc, triarticulée à sa base, sans appendices terminaux; recouvrant les branchies et les lames qui protègent celles-ti. Veux ronds, composés, peu saillans.

Or4,, IsopoDES , Pam. Idotéïdes.

A tous ces caractères géfjérique^ qui appartiennent aux Idotées on doit ajouter, d'après les observations détaillées de M. Lalreille à qui je les emprunte, que les Idotées ont l'aspect général des Cloportes; que leur corps est assez mou, demi-crustacé; que la cornée des yeux présente une multitude considérable de petites lentilles, tantôt en forme de petits grains, tantôt représentant une espèce de réticulation alvéolaire. Les quatre mâchoires sont presquegales, linéaires, comprimées, membraneuses, un peu plus étroites et garnies de cils épineux à leur extrémité. Les pieds-mâchoires sont membraneux ; les deux articles inférieurs, qui , par leur étendue et leur rapprocli,ement, forment l'apparence d'une lèvre, ont leur premier article court et transversal ; le second fort grand , arqué ou arrondi au côté extérieur, et bifide à sa partie supérieure; la division interne s'avance en manière de languette presque triangulaire, et ciliée à son sommet; on la prendrait pour un lobe de la lèvre; les trois autres ai'ticles forment un corps ovale, membraneux , un peu concave à sa face intérieure, et qui est inséré sur le second article au point où commence sa fissure ; ce corps x-eprésente ainsi un palpe; le cinquième ou dernier article est plus grand que les deux précédens, en demi-ovale, trèsarrondi ou fort obtus au bout. Les pattes sont composées de six articles, le tube radical non compris , dont plusieurs munis de poils ou de cils épineux ; le premier article se dirige vers la poitrine , mais à sa réunion avec le suivant , la patte fait un coude. Les pattes antéi'ieures servent plus particulièrement de griffes ou de mains, lorsque l'animal saisit sa proie ou se fi.\e. Sur la face inférieure de la queue, s'appliquent immédiatement les branchies, dont le nombre est de douze à quatorze; elles ont l'apparence, lorsqu'elles sont gonflées, de vessies oblongues d'un beau blanc. Deux feuillets, en carré long, parallèles ,, présentent, à peu de distance de leur extrémité, une ligne enfoncée et tran&v;erse qui semble les couper en deux ; ils sont fixés en manière de charnière aux bords latéraux du dernier segment, du moins dans une partie de leur longueur supérieure, contigus l'un à l'autre par une suture droite , le Ion" de leur bord interne: ils recouvrent ces branchies et tout le dessous de la queue ; ce sont deux sortes de volets qui s'ouvrent et se ferment à volonté. L'anus est situé en dessous de ces parties.

Ord. IsopoDES , Fam. Idotéïdes.

Le mâle est, selon M. Desmarest, distingue' de la femelle par deux petits filets élastiques qui ont leur attache entre les lames membraneuses de la queue, sur l'avant-dernier anneau du corps : il en diffère encore par les pattes qui sont plus grosses, et par deux petites membranes ovales, placées l'une à côté de l'autre, au dessous du premier des petits anneaux de la queue. C'est entre les pattes antérieures, sous des lames de la poitrine, que la femelle porte ses œufs qu'elle dépose en été sur les plantes marines.

L'incertitude où l'on a été long-tems sur les vrais caracj;ères génériques et spécifiques qui conviennent aux Idotées est la principale cause du peu de progrès qu'a fait leur étude. Privés de bonnes figures, sans le secours desquelles ce genre et les divisions voisines deviennent un inextricable labyrinthe, Içs auteurs qui ont écrit sur ces animaux n'ont pu porter parmi les espèces dont ils ont fait mention, toute la clarté nécessaire pour les bien distinguer, et je ne doute pas que quelques-unes d'elles ne soient en double emploi.

Les Idotées comprenaient un grand nombi'e de petits Crustacés qui avaient été confondus avec les Cymothoés. Daldorff avait donné ce nom à un genre qu'il avait formé de l'Hippe adactyle et de l'Ecrevisse émérile de Fabricius ; Linnée et Pallas les avaient rangés parmi les Cloportes ; Dégéer les associait aux Squilles et Olivier aux Aselles ; Duméril les classa sous le nom de Physodes ; [)lus récemment encore, M. Leach vient d'en séparer les Sténosomes, les Pallassius et les Leptosomes; M. Risso a retiré quelques espèces, de ces Idotées, pour fonder les genres Hébé, Armide, Zénobie et Oliske; enfin M. Lalreille en adoptant seulement, dans sa famille des Idotéïdes , les Idotées et les Sténosomes des auteurs précédens, vient d'y ajouter un nouveau genre souslenpm d'A.rcture, formé d'une seule espèce rapportée des mers du Nord, dans l'une des dernières expéditions anglaises au pôle Arctique. Tel est à-peu-près l'état actuel de la science relativement aux Idotées proprement dites, qui se trouvent aujourd'hui beaucouj) restreintes. Le nombre des espèces connues parait être de huit à dix seulement : elles varient beaucoup, ce qui n'a pas peu contribué à augmenter la confusion qui existe dans les espèces de ce genre. Il est une variété, remarquable par une bande blanche qui paraît propre à la plupart

Ord. IsopÔDES, Fam, Idotéïdes.

(les espèces. Je n'ai encore distingué que quatre Itlotées dans la Méditerranée; deux d'entre elles sont nouvelles.

Les Idotées sont très-multipliées dans les lieux où la mer amasse des débris d'algues en putréfaction. Elles choisissent les localités les plus abritées et les plus tranquilles, à un ou deux pieds sous l'eau. Elles sont voraces; les poissons morts, les mollusques, les petites annélides et la plupart des matières animales, même en état de corruption , paraissent leur convenir ; elles rongent les filets avec ardeur, et contredisant ici M. Bosc et M. Lalreille qui en doutent , je puis assui'er que plus d'une fois j'ai été victime de leur appétit désordonné^ pour avoir tendu, sur des fonds couverts de débris d'algue, des filets dont elles dévoraient toute la partie qui y touchait.

Les Idotées sont essentiellement nocturnes; elles fuient la clarté du jour en se cachant à l'ombre des plantes marines, mais jamais sous les pierres; ce n'est que la nuit qu'elles prennent leur nourriture; leurs habitudes ne doivent point être confondues avec celles des Cymothoés, qui vivent en parasites et solitaires sur les poissons vivans, tandis que les Isopodes dont il s'agit , se réunissent en grand nombre, s'acharnent de concert avec des Nébalies, des Lyncées, de petits Pagures, et plusieurs espèces de Salicoques, sur les poissons morts qu'ils rencontrent, et en^rongeant, avec une dextérité extrême, la chair de ceux pris dans des filets, sans toucher aux arêtes, détruisent quelquefois dans une seule nuit, toutes les espérances du pêcheur.

Les Idotées marchent avec facilité au fond des eaux et nagent en agitant les lames de leur queue. Elles ne replient point leur corps en boule comme les Sphéromes, mais elles en rapprochent assez facilement les deux extrémités en se courbant. Lorsque la mer est agitée , elles s'éloignent de ses bords; maissi lesflols, tout-à-coup soulevés par lèvent, les surpi-ennent au milieu des algues du rivage, où elles vivaient en toute sécurité depuis quelques jours de calme, il est curieux de les voir sans cesse lancées sur les bords à sec, renversées sur le dos, se débattre et multiplier leurs efforts pour se débarrasser des algues qui les couvrent, regagner l'eau en toute hâte, en se laissant entraîner par les petits courans que la vague forme lorsqu'elle se retire, être de nouveau

Ord. IsopoDES, Fam. Idotéïdes.

Tejelées sur le rivage, et recommencer ce manège , sans se décourager; enfin un moment de calme vient leur laisser un intervalle assez long pour leur permettre de trouver leur salut, en se plongeant bien avant dans les flots.

Les Idotées servent à la pêche. Les poissons de la famille des Spares, tels que les Spams boops, cantharus, salpa, sargus, auratus, les Perça labrax , etc., en sont avides; aussi emploie-t-on fructueusement ces Crustacés comme appât à une pêche particulière qu'on nomme en Provence pesquo à la baboué.

Pour se procurer facilement des Idotées, les pêcheurs sont dans l'usage de réunir en paquet des rameaux an fucus ericoïdes (Decand.) Ils les lancent à l'eau , retenus par une ficelle, là où sont des débi'is d'algues et de zostères ; les Idotées, qui se plaisent beaucoup au milieu des feuilles de ce fucus, à cause de l'abri qu'elles leur offrent, abandonnent bientôt leur domicile, et viennent prendre possession de cette nouvelle habitation ; mais le pêcheur qui les guette retire de tems en temsle paquet, et en le secouant, jjlusieurs espèces d'Idotées, beaucoup de Talitres, appelés Moiirpuros , quelques Sphéromes et autres Isopodes, tombent en abondance. Les pêcheurs provençaux donnent le nom de Baboué aux Idotées ; ils l'appliquent aussi aux Cymothoés : en Italie on les nomme Babarotto.

L'IDOTÉE DE BASTER, IDOTEA BASTERI.

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