C. Stades Mastigopus
(PI. 1x, fig. 3a-3b)
Le matériel est petit, et les spécimens sont mutilés, en ce qu'ils ont perdu les troisièmes maxillipèdes et presque toutes leurs pattes. Heureusement ces stades sont assez semblables à ceux de S. pectinatus pour qu'il soit suffisant de mentionner les très rares points de quelque importance.
Le plus grand spécimen (Stn. 3118) mesure 11", soit seulement 2"" de moins que le stade de transition décrit plus haut. Comme antennules et écailles antennaires, il est semblable au stade âgé de S. pectinatus figuré fig. 1, mais il en diffère fortement par la taille des yeux et l’exopodite des uropodes. Les yeux sont comme ceux de S. pectinatus, mais leurs pédoncules sont proportionnellement plus longs que dans cette espèce, et la carapace, sur la ligne médiane, est même presque quatre fois aussi longue que le plus long diamètre de l'œil, tandis qu'au stade correspondant de S. pectinatus la carapace est moins de deux fois aussi longue
que l'œil. Sur le bord externe de l'exopodite des uropodes la partie ciliée est beaucoup moins de deux fois aussi longue que la portion glabre, la proportion étant 17: 10, et un fin denticule marginal est visible.
La fig. 3° représente la tête d'un spécimen de 6.5"" (Stn. 2130) à un stade intermédiaire. Les yeux sont un peu plus courts que le premier article antennulaire et moitié aussi longs, exactement, que la carapace. Le premier article des antennules est un peu plus court que les deux autres ensemble, 2.5 fois aussi long que large, s’'atténuant beaucoup depuis la partie proximale large jusqu’à l'extrémité, et le bord externe est très concave, tandis que l’angle externe de la partie large est, comme chez S. pectinatus, sans aucune dent ; le troisième article est un peu plus long que le bord interne du second. La fig. 3° représente l’exopodite de l’uropode gauche d’un spécimen à peine plus grand, provenant du golfe de Gascogne ; on voit que l'exopodite est un peu plus de cinq fois aussi long que large, avec une petite mais très distincte épine marginale, et la portion ciliée du bord n’est pas tout à fait deux fois aussi longue que la partie glabre.
Le plus petit spécimen (Stn.1781) mesure seulement 4.1", le long rostre inclus. Il appartient certainement au stade qui suit l’Acanthosoma. Il agrée complètement avec le plus jeune stade de S. pectinaius par plusieurs détails : long rostre, forme des pédoncules antennulaires et de l’écaille antennaire, organe dorsal spiniforme, armature des épimères, mais il en diffère par les particularités suivantes. Les yeux sont beaucoup plus petits, la rétine étant à peine plus de moitié aussi longue que la carapace (la proportion est 12: 23), et les pédoncules étant proportionnellement plus longs et plus épais. Second et troisième pléosomites chacun avec une petite épine subverticale et dorsale, tandis que, des épines subhorizontales des trois somites suivants, celle du quatrième somite est considérablement plus courte, celles des deux autres nettement plus longues, que dans la figure de S. pectinatus (fig. 1‘). Sur l'exopodite des uropodes la partie ciliée du bord externe est un peu moins de deux fois aussi longue que la partie nue (la proportion est 15.8), tout à fait comme chez le jeune S. pectinatus. Le telson diffère en ayant la paire terminale d’épines beaucoup plus longue que dans les autres formes et en outre deux paires d’épines marginales, une paire à l’angle postérieur de la portion large, l’autre paire très en avant du bord postérieur. Mais il faut ajouter qu'il y a quelque incertitude sur la question de savoir si les différences d'armature des pléosomites et du telson entre les plus jeunes Mastigopus des deux espèces sont réellement spécifiques, ou au moins partiellement, dues à la variation.
D. Occurence et Distribution.
La liste des localités comprend 17 stations, d'où l'on peut conclure que S. sargassi est modérément commun dans l'aire explorée. Le plus grand nombre des stations sont en fait dans la partie tempérée chaude de l'Atlantique est, mais
il faut noter qu'une station au moins est située loin dans l'Atlantique ouest au sud-est du Grand Banc de Terre-Neuve, et il est très intéressant que trois des stations sont situées dans la Méditerranée ouest. Comme une station a 500", deux 1400 et 1500" et toutes les autres 2000" ou plus, il semble en résulter que même les Mastigopus, capturés à six stations, ne fréquentent pas la surface. O. Sund a disposé d'un matériel beaucoup plus grand, provenant de 15 stations, mais pour 12 de celles-ci il a été relevé deux, et plus fréquemment trois ou quatre différents niveaux ; une larve fut prise à la surface, une autre par 25-0", et Sund dit que l'espèce paraît «vivre à des profondeurs d'environ 150". » Et la station la plus septentrionale (notée par Sund) est voisine de 45° lat. N., 26° long. W. Probablement l'espèce est largement distribuée dans toutes les parties tropicales-tempérées et chaudes-tempérées de l'Atlantique ; on verra plus loin qu'un spécimen de 23", rapporté par Illig à S. Henseni, et son unique spécimen de S. nudus appartiennent tous deux à S. sargassi ; l'un et l’autre ont été capturés par 32° lat. S., 8 long. W., à 500-0 cet 1000-0".
E. Remarques.
Les différences essentielles entre S. sargassi et S. pectinatus, tant adultes que Mastigopus, ont été suffisamment indiquées dans les descriptions précédentes ; les adultes des deux espèces sont faciles à séparer, par le dactyle 5-segmenté du troisième maxillipède, et leurs Mastigopus par les yeux très anormaux, de toutes les autres espèces atlantiques.
La synonymie de cette espèce est quelque peu difficile, et diverses erreurs peuvent être relevées dans la littérature du sujet. Le type pour la description et les figures d'Ortmann a été un Mastigopus de S. sargassi, ce qui est aisé à voir d'après la description de l’exopodite des uropodes, et d'après l'aspect du même appendice, ainsi que la taille et la forme des yeux, sur sa figure de l'animal entier. Pour le reste, le dessin est mauvais en ce qui concerne le bord frontal de la carapace, et les maxillipèdes, figurés trop courts. Et, les Mastigopus de S. pectinatus étant aussi communs que ceux de S. sargassi, Ortmann a sans doute mélangé les larves des deux espèces, de sorte que sa liste assez longue de localités est presque sans valeur.
En 1896, je décrivais Sergia Henseni Ortm. comme Sergestes hensent d'après deux spécimens adultes seulement, déterminés par Ortmann et certainement cotypes. Je trouvais assez déficientes la description et la figure d'Ortmann, et c'était assez naturel, car ainsi qu'on le verra, Ortmann, qui énumère 4 spécimens seulement, a mélangé trois espèces différentes, soit ceux décrits dans le présent travail comme S. pectinatus Sund, S. sargassi Ortm. et S. corniculum Kr., les deux de ses cotypes qui me furent adressés par le Prof. H. Hensen appartiennent respectivement aux deux espèces nommées en premier, tandis que le type réel d'Ortmann, d’après sa figure et sa description se trouve être un adulte de S. corni-
EL
culum Krôyer, fait bientôt démontré. Je n'avais vu aucun adulte de S. corniculum et personne ne l'avait décrit. En conséquence, je pensais que les deux spécimens déterminés par Ortmann étaient S. Henseni, et que les différences entre eux et les figure et description d'Ortmann étaient dues à quelques négligences. Ma description de S. Hensent en 1896 agrée complètement avec S. pectinatus Sund sauf en deux points. L'un de ceux-ci est une erreur de ma part, car je mentionne « une grande et une très petite branchie » au-dessus de la troisième patte, alors qu'au lieu de la petite branchie il n’y a qu'une lamelle non ramifiée. L'autre point est le suivant, relatif au bord de l’exopodite des uropodes : « dans un des spécimens, la partie ciliée occupe trois cinquièmes, dans l’autre presque quatre cinquièmes de sa longueur. Dans aucune autre espèce je n’ai remarqué une semblable variation de ce détail de structure, mais elle existe aussi chez les larves. » Ceci montre que l’un des cotypes a été S. pectinatus, l’autre S. sargassi; comme je décrivais le « peigne » sur la partie distale du troisième maxillipède, ce spécimen appartenait à S. peclinatus, tandis que dans l’autre le troisième maxillipède avait probablement été perdu ; il est aisé de comprendre que je ne pouvais découvrir que les deux cotypes d'Ortmann appartenaient à deux espèces différentes, semblables par la plupart des détails, et prendre en revanche la seule différence notable celle des exopodites, pour un fait de variation. Sur les larves, j'écrivais : « S. sargassi Ortmann... est le Mastigopus de S. hensenr ». Le troisième maxillipède « est allongé et renflé dans la même proportion que ces membres chez les adultes, le quatrième article à son apex et juste en avant de articulation se prolonge en un fort processus conique ». On voit par ces remarques que pour la description du carpe du troisième maxillipède j'avais examiné des larves de S. pectinalus, car, d'après Sund, le Mastigopus de S.sargassti n’a aucun processus sur l'extrémité du carpe du troisième maxillipède, mais en outre, ma description de la ciliation des uropodes montre que j'avais des larves des deux espèces.
G. Illig a commis de son côté une très curieuse erreur. Il figure le propodite et le dactyle du troisième maxillipède (Il. c. fig. 12) d’un spécimen de 23"" de S. sargassi comme appartenant à un spécimen âgé de S. hensent Ortm., et il donne en outre un dessin (fig. 11) du même appendice chez un spécimen de 14" de S. pectinatus, qu'il interprète comme appartenant à un spécimen plus jeune de son S. henseni. De plus, il ajoute dans le texte: « Plus le spécimen est âgé, plus les soies des maxillipèdes différent de longueur en même temps que leur nombre se réduit ». Que les épines du « peigne », de longueur moyenne et très serrées soient capables de changer assez étonnamment pour devenir chez l'animal plus âgé, considérablement où plusieurs fois plus courtes et de forme conique grêle, est assurément une assertion des plus audacieuses. On peut penser que la grande différence de longueur des trois segments proximaux du dactyle, dans les deux figures d'Illig, peuvent l'avoir guidé : dans le grand spécimen le premier segment est plus court que le second, lequel est plus du double du troisième, tandis que
dans le plus petit spécimen, le premier segment est même plus long que le second et le troisième réunis, ces deux derniers étant égaux. Le résultat est qu'à deux exceptions près, la liste des stations d’Illig est sans valeur ; un de ses spécimens, qui mesure 30", doit être en conséquence S. sargassi, et il a été pris par 1° lat. N., 19° long. W. ; par 32° lat. S., 8° long. W. deux spécimens furent capturés, l’un de ceux-ci mesure 14%", et, par la figure du troisième maxillipède, il appartient à S. pectinatus, tandis que l’autre, de 23%, appartient, d'après la fig. 12 à S. sargassi. Comme tous les spécimens d’Illig, provenant des 10 autres stations, mesurent moins de 12%. il est impossible de les rapporter à l’une ou l’autre espèce.
L'unique spécimen sur lequel Illig a établi S. #udus est certainement un individu tout à fait jeune de S. sargassi. Par la longueur relative des quatre segments du propodite du troisième maxillipède et leur spinulation, il agrée avec ma figure 2° du même stade, et la maigre figure d’Illig ne contredit pas cette interprétation. L'animal a été capturé avec un adulte de S. sargasst et un de S. pectinatus dans l'Atlantique sud, par 32° lat. S., 8° long. W.
Sund a fait remarquer qu'en 1896 j'avais mélangé deux espèces sous le nom de S. Henseni; il donne à l’une d’entre elles le nouveau nom S. pectinatus, mais il garde pour l'autre le nom S. Henseni laissant S. sargasst Ortm. tomber en synonymie. Il dit aussi: « La figure d'Ortmann (1803, pl. 3, fig. 3) est faite d’après un spécimen de la présente espèce ». Mais ceci n’est pas exact. Dans la figure et la description d'Ortmann on peut relever deux caractères, qui diffèrent beaucoup de S. sargassi adulte, mais se rapportent à S. corniculum Krôyer. Ortmann dit : « Second article des antennules court, le troisième long, presque aussi long que le premier », ce détail agrée avec sa fig. 3 et avec S. corniculum, mais en aucune façon avec l'adulte de S. sargassi. La description du troisième maxillipède par Ortmann est tout à fait insuffisante, mais elle prouve au moins que son type possédait cet appendice, et sa fig. 3 le montre mieux encore. Il figure le troisième maxillipède un peu plus court même que la troisième patte, ce qui est une erreur, les deux membres étant presque égaux chez S. corniculum, mais, chez l'adulte de S. sargassi le troisième maxillipède est presque le double de la troisième patte : en outre, la figure montre le méropodite et le carpe du troisième maxillipède se rapportant, de façon suffisante, à leur forme réelle chez S. corniculum mais extrêmement différents de ce qu’ils sont chez S. sargassi. Comme le spécimen d'Ortmann mesurait 35"%, le troisième maxillipède aurait dû être extrêmement long, plus long par exemple que le corps, et si épais en outre dans sa moitié proximale qu’on ne peut supposer qu'Ortmann lui ait donné un contour aussi impossible,alors que cet appendice, surtout chez les grands spécimens de S. sargassi, influe si notablement sur l'aspect général de l'animal. Mais, du fait qu’il a figuré un spécimen de S. corniculum Kr. comme Sergia Henseni, ce dernier nom doit malheureusement être rejeté. |
Enfin, une erreur faite par Sund dans la désignation des lobes et processus
du petasma, sur sa fig. 45, doit être corrigée. En appliquant la nomenclature adoptée par lui pour le petasma de S. corniculum et S. robustus à l'organe de S. sargassi, le processus marqué f doit être marqué c,' et celui marqué C — dessiné d’ailleurs beaucoup plus grand que je ne l'ai vu moi-même — doit être marqué f.