LES
(STOMAPODA, vulgairement Mantes de mer.)
>|. 16 Den (Planches 55-357.)
Ont leurs branchies {*) à découvert et adhérentes aux cinq paires d'appendices situés sous l'abdomen (la queue), que cette partie nous a offerts dans les décapodes, et qui ici, comme dans la plupart des macroures, servent
à la natation ou sont des pieds-nageoires. Leur test est
(a) PL 56, fig. 1, ee
divisé en deux parties, dont l’antérieure porte les yeux et les antennes intermédiaires (*), ou bien compose la tête, sans porter les pieds-mächoires(”). Ces organes, ainsi que les quatre pieds antérieurs, sont souvent rapprochés de la bouche, sur deux lignes convergentes inférieurement (°), et de là la dénomination de stomapodes, donnée à cet ordre. Le cœur, à en juger par les squilles, genre le plus remarquable de cet ordre, et le seul où l’on ait encore étudié, est allongé et semblable à un gros vaisseau (‘). Il s'étend tout le long du dos, repose sur le foie et le canal intestinal, et se termine postérieurement et près de l'anus en pointe. Ses parois sont minces, transparentes et presque membraneuses. Son extrémité antérieure, immédiatement placée derrière l'estomac, donne naissance à trois artères principales, dont la mediane (lophthalmique), jetant des deux côtés plusieurs rameaux, se porte plus spécialement aux yeux et aux antennes mitoyennes; et dont les deux latérales {les antennaires) passent sur les côtés de l'estomac, et vont se perdre dans les muscles de la bouche et des antennes extérieures. La face supérieure du cœur ne produit aucune artère; mais on en voit sortir de ses deux côtés
un grand nombre, et dont chaque paire, à ce qu'il nous
(a PI. 55. fiss PAS: 2, (HE aie LUE
te) PL 36, fig. CMS bis, fig. "
EN GÉNÉRAL, 135 a paru, correspond à chaque segment du corps, à commencer aux pieds-mâchoires, soit que ces segmens soient! extérieurs, soit qu'ils soient cachés par le test, et même très petits, comme le sont les antérieurs. Au niveau des cinq premiers anneaux de l’abdomen, ou de ceux portant les appendices natatoires et les branchies, cette face supérieure du cœur reçoit, près de la ligne médiane, cinq paires de vaisseaux (une paire par chaque segment) venant de ces derniers organes (‘)}, et qui, suivant MM. Audouin et Milne Edwards, sont les analogues des canaux branchio-cardiaques des décapodes. Un canal central (1), situé au-dessous du foie et de l'intestin, recoit le sang veineux, qui afflue de toutes les parties du corps (”). Au niveau de chaque segment portant les piedsnageoires et les branchies, il jette de chaque côté un rameau latéral, se rendant à la branchie située à la base du pied-nageoire correspondant. Les parois de ces conduits ont paru aux mêmes observateurs lisses et continues, mais formées plutôt par une couche de tissu lamel-
laire celluleux accolé aux muscles voisins, que par une
(r) Voyez les généralités des macroures. artères antérieures. Ses côtés donnent en- On n’a point observé dans les crustacés des core naissance à d’autres artères corresponordres suivans ce vaisseau ni les sinus vei- dantes aux articulations du corps. Voyez, neux; mais le cœur conserve la même outre le mémoire précité, les Leçons d’Anaforme allongée, et présente aussi les mêmes tomie comparée de M. Cuvier.
(a) PI, 56, fig. rc, à, a. +, (8) PL 56, fig. 1 ct 1 2.
membrane propre; il leur a semblé que ces conduits communiquaient entre eux vers le bord latéral des anneaux : mais ils n’osent l’assurer. Les vaisseaux afférens ou internes des branchies (‘), qui, dans ces squilles, forment des houppes en panaches, se continuent avec les canaux branchio-cardiaques, ne sont plus logés dans des cellules, passent entre des muscles, contournent obliquement la partie latérale de l'abdomen, gagnent le bord antérieur de l'anneau précédent, et vont se terminer à la face supérieure du cœur, près de la ligne médiane, en chevauchant légèrement lun sur l'autre. Le cordon médullaire n'offre, outre le cerveau, que dix sanglions, dont l’antérieur fournit les nerfs des parties de la bouche; les trois suivans, ceux des six pieds nata-
toires, et les six derniers, ceux de la queue. Ainsi les
quatre derniers pieds-mächoires, quoique représentant
les quatre pieds antérieurs des décapodes, font néanmoins partie des organes de la mastication. L'estomac des mêmes crustacés (squilles) est petit, et n'offre que quelques très petites dents (1) vers le pylore. Il est
suivi d'un intestin grêle et droit, qui règne dans toute la
longueur de l'abdomen, accompagné à droite et à gau- =
(1) Elles forment deux rangées de stries transverses et parallèles.
(a) PI 56, fig, [a
PL
EN GÉNÉRAL. 155 che de lobes glanduleux, paraissant tenir lieu de foie (‘. Un appendice en forme de rameau, adhérent à la base interne de la dernière paire de pieds, paraît caractériser les individus mâles (°).
Les tégumens des stomapodes sont minces et même presque membraneux ou diaphanes dans plusieurs. Le test, ou carapace, est tantôt formé de deux boucliers, dont l’antérieur répond à la tête et l'autre au thorax, tantôt d’une seule pièce, mais libre par derrière, laissant ordinairement à découvert les segmens thoraciques, portant les trois dernières paires de pieds, et ayant en devant une articulation, servant de base aux yeux et aux antennes intermédiaires; ces derniers organes sont toujours étendus et terminés par deux ou trois filets. Les yeux sont toujours rapprochés. La composition de la bouche est essentiellement la même que celle des décapodes (*); mais les palpes des mandibules, au lieu d'être couchés sur elles, sont toujours relevés. Les piedsmâchoires sont dépourvus de l'appendice en forme de fouet, qu'ils nous offrent dans les décapodes. Ils ont la forme de serres ou de petits pieds; et dans plusieurs au moins (les squilles), leur base extérieure, ainsi que celle
des deux pieds antérieurs proprement dits, offre un
(a) PI, 56, fig. 124. (&) PL 56, fig. 1. (c) Pl 4, fig. 5.
Corps vésiculaire (‘); ceux de la seconde paire, dans les mêmes stomapodes, sont beaucoup plus grands que les autres et que les pieds mêmes; aussi les a-t-on considérés comme de véritables pieds, et en a-t-on compté quatorze (1). Les quatre pattes antérieures ont aussi la forme de serres, mais terminées, ainsi que les piedsmächoires, en griffe, où par un crochet qui se replie du coté de la tête, sur la tranche inférieure et antérieure de l'article précédent où de la main. Mais dans quelques autres, tels que les phyllosomes (2), tous ces organes sont filiformes et sans pince (”). Quelques-uns d’entre enx au moins, ainsi que les six derniers et pareillement simples des stomapodes pourvus de serres, ont un appendice où rameau latéral. Les sept derniers segmens du corps, renfermant une bonne partie du cœur, et servant d'attache aux organes respiratoires, ne peuvent plus, sous ce rapport, être assimilés à cette portion du corps qu'on nomme queue dans les décapodes; c’est un abdomen proprement dit. Son avant-dernier segment
a, de chaque côté, une nageoire composée de même que
(1) Les secondes mächoires des mêmes mandibules sont bilurquées et très denstomapodes n’ont plus aussi la forme de tées. celles des décapodes. Elles ont la figure (2) Dans tous ceux où les quatre pieds d'un triangle allongé et divisé en quatre antérieurs sont en forme de serre, les six arücles par des lignes transverses. Les derniers sont natatoires.
(e)MPI. "59, Go, 114. (è) PI, 53, fig. 3.
EN GÉNÉRAL. 157 celle de la queue des macroures, mais souvent armée ainsi que le dernier segment, ou la pièce intermédiaire, d'épines ou de dents (”. Tous les stomapodes sont marins, habitent de préférence les contrées situées entre les tropiques, et ne remontent point au-delà des zones tempérées. Quoique nous ayons vu un très grand'nombre d'individus, nous n'en avons jamais rencontré un seul portant des œufs. Leurs habitudes nous sont totalement inconnues; seulement, il est hors de doute que ceux qui sont munis de serres s'en servent pour saisir leur proie, à la manière de ces orthoptères, appelés en Provence présadious ou mantes (1). C'est à raison d'une telle conformité, que ces stomapodes ont recu la dénomination de mantes de mer : ce sont les cragones et crangines des Grecs. Au témoignage de M. Risso, ils se tiennent à de grandes profondeurs, sur les fonds sablonneux et fangeux, et s'accouplent au printemps. Mais d'autres stomapodes, ceux de notre seconde famille, moins favorisés quant aux appendices natatoires, ayant
d'ailleurs le corps très aplati et beaucoup plus étendu
(x) Quelqnes autres orthoptères analo- méme ordre, nous offriront les mêmes rapgues , tels que les phyllies, ressemblent à ports.
des feuilles. Les phyllosomes crustacés du
(a)"P1.,55, fig. 1, 2, etc.
en surface, vivent habituellement à la surface des eaux, et Sy meuvent très lentement.
Nous diviserons les stomapodes en deux familles.
Dans la première, celle
DES UNICUIRASSÉS, (UNIPELTATA.)
Le test ne forme qu'un seul bouclier, en forme de quadrilatère allongé, ordinairement élargi et libre par derrière, recouvrant la tête, à l'exception des yeux et des antennes portés sur une articulation commune et antérieure, et les premiers segmens au moins du thorax (*). Son extrémité antérieure se termine en pointe ou est précédée d’une petite plaque, finissant de même (°). Tous les pieds-mächoires, dont les seconds fort grands, et les quatre pieds antérieurs sont très rapprochés de la bouche, sur deux lignes convergentes inférieurement, en forme de serres, avec un seul doigt ou crochet mobile et replié (”). Si l’on en excepte les seconds pieds, tous
ces organes ont extérieurement, à leur naissance, une
(a) PL 55, fig. r. (&) DI, 55, fig. 1a, a’. (e) PL. 56, Gg. 1.
FAMILLE DES UNICUIRASSÉS. 159 petite vessie pédiculée (‘). Les autres pieds, au nombre de six, et dont le troisième article porte latéralement et à sa base un appendice, sont linéaires, terminés par une brosse, et simplement natatoires (‘. Les antennes latérales ont une écaille à leur base, et la tige des intermédiaires est formée de trois filets. Le corps est étroit et allongé, les pédicules oculaires sont toujours courts.
Cette famille se compose d’un seul genre, celui
DE SOUILLE (squizLa. Fab.) (PI. 55, 55 Dis, 56.)
Que nous partagerons ainsi :
Dans les uns, le bouclier crustacé est précédé d’une petite plaque plus ou moins triangulaire , située au-dessus de Particulation portant les antennes mitoyennes et les yeux, ne recouvre que la portion antérieure du thorax et ne se replient point en-dessous latéralement (ce). L'article servant de pédoncule aux antennes mitoyennes, ainsi qu'aux pédicules oculaires , et les côtés extérieurs du bout de l'abdomen, sont à découvert.
Tantôt le corps est presque demi cylindrique avec le dernier segment, arrondi, denté ou épineux au bord postérieur ; les appendices latéraux des six derniers pieds sont en forme de stylet.
LES SOUILLES propres (SQUILLA. Latr.) (PI. 55, fig. 1. PL. 55 bis, fig. 5, 6.)
Ont, tout le long du côté interne de l’avant-dernier article des deux
(a) PL 55, fig. ra, g”, k,2,j, &. (6) PL 55, fig. 1,2,ete. (c) PL 55,fig.1,1 a, 2, etc.
grandes serres, une rainure très étroite, dentelée sur lun de ses bords, épineuse sur l’autre, el l’article suivant, ou la griffe, en forme de faulx et le plus souvent denté.
La SQUILLE MANTE (Cancer mantis, Lin.) Herbst., XXXIII, 1; Encyclop. méth., atl. d’hist. nat., CCCXXIV ; Desmar., Consid., XLE, 2 (a) est longue d'environ sept pouces. Ses grandes serres ont à leur base trois épines mobiles , et leurs griffes ont six dents allongées et très acérées, dont la terminale plus forte. Les segmens du corps, le dernier excepté, ont six arêtes longitudinales, terminées pour la plupart en une pointe aiguë ; le dernier est élevé dans son milieu en une forte carène, ponctué, terminé postérieurement par un double rang de dentelures et quatre pointes très fortes, dont les dents du milieu plus rapprochées ; chacun de ses bords latéraux a deux divisions rebordées ou plus épaisses, et dont la dernière finissant en pointe. Le pédoncule des nageoires latérales se prolonge en dessous et se termine par deux dents très fortes. Elle est commune dans la Méditerranée. La Sguille de Desmarets (Risso, Crust., IL, 8), que l’on y trouve aussi, n’a que deux pouces et demi de ® long. Ses griffes ont cinq dents; le test et le milieu des segmens de l'abdomen, les derniers exceptés, sont unis. (1)
LES GONODACTYLES, (GONODACTYLUS. Latr.) (PL 55, fig. 2.)
La rainure de l’avant-dernier article des grandes serres est élargie à son extrémité, et n’offre ni dentelures ni épines. La griffe est ventrue ou en forme de nœud vers sa base, et se termine ensuite en une pointe comprimée, droite ou peu courbe. Toutes les espèces sont exotiques. (2)
Tantôt le corps est très étroit et déprimé, avec le dernier segment presque carré, entier, sans dentelures ni épines. L’appendice latéral de ses
(r) Voyez, pour les autres espèces, l’ar- (2) Squilla seyllarus, Fab.; Rumph., ticle Squille, et les planches de V'Ency- Mus. 11, F.; clopédie méthod.; Desmar., Consid. sur Squilla chiragra, Fab.; Desmar., Conla classe des crust. 11 a donné, pl. xzrr, sid., xLt1r. une figure détaillée de la squille queue- Consultez Particle Squille de YEncyclorude. pédie méthodique.
(a) PL. 55, fig. 2.
FAMILLE DES UNICUIRASSÉS. 461
six derniers pieds est en forme de palette, presque orbiculaire et un peu rebordée; les antennes et les pieds sont plus courts que dans les précédens ; l’avant-dernier article des grandes serres est garni au bord interne de cils très nombreux en forme de petites épines; la gr ffe est en faux.