V. Le Laharum
Au contraire, trois fois seulement parmi les 56g types monétaires décrits par Cohen^on trouve l'indication d'une enseigne chrétienne sous le règne de Constantin*. Au revers des mon-
- N* 5r> (Fid^ ExercUus) : n** ai 6, 3i8>2a3 (ConcordU MUiiumj
- N** 398-400 fPax Perpétua f.
* X*» 76. 3i4el 483.
naies qui portent un vexille entre deux soldats avec la légende Gloria Exercitus, et dont il a été question plus haut, la couronne qui figure ordinairement sur le drapeau est remplacée une fois par le monogramme du Christ; ces pièces ont été frappées entre 333 et 337. Dans un autre vexille, la haste est terminée par le ohrisme; à Tautre extrémité, un dragon se tord sous la pointe. Dans un exemplaire du Musée de Vienne, avec la légende Pax A i/^£/^/d, Constantin en habit militaire tientun vexille orné de la croix.
Enfin les symboles chrétiens se rencontrent trois fois également dans les monnaies de Constantin ailleurs que sur les enseignes*. Ils ne font du reste leur apparition qu'à Textréme fin de son règne, ce qui suffirait à montrer combien le rôle du labarum dans les guerres de cet empereur a été exagéré, sur la foi d'Eusèbe, par les écrivains.
Les médailles avec la tète de Constantinople, frappées sous Constantin ou ses successeurs, en tous cas après 33o, offrent des enseignes diverses, mais ne présentent jamais le labarum^.
La médaille chrétienne de Crispus, fils de Constantin, mort en 326, où figure le Christ entre Constantin et Crispus, est fausse^.
Les monnaies de Constantin II ( 337-340) donnent à peu près les mêmes indications que celles de son père : les dieux du paganisme y figurent souvent ; les types monétaires avec enseignes sont fréquents aussi ; le chrisme n'apparaît que trois fois, soit dans le champ entre deux signa ordinaires, soit sur un vexille*. Au revers d'un de ces types (n® 5 de Cohen), l'empereur debout, en habit militaire, tient d'une main le labarum
^ S^ 123 : cbrismcdans le champ; — Sao : croix dans le champ; — 189 : Constantin en paludamentum tient un globe surmonté du chrisme.
^ No 1 ; Constantinople toureléc tient un rameau et un vexille. N® 10 ; Gloria Exercitus; signum entre deux soldats. N^ 4; vaisseau avec la Victoire à la proue et à la poupe trois enseignes prétoriennes.
3 Décrite par Cohen, t. Vl, p. 191 ; pour la non-authenticité, voir t. VU, p. 384.
* Nw5, i34, 140.
Vyiw lis Lyo.>. — Re.xbl. 18
et de Tautre une haste ; à ses côtés sont deux signa ; mais dans le n" 6, c'est une enseigne ordinaire que porte Constantin IL et dans le n*^ 35, c^est une aigle légionnaire, tenant une couronne en son bec.
Sous Constant P', César de 333 à 337, Auguste de 387 à 35o, les enseignes chrétiennes, au lieu d être Texception, commencent à apparaître aussi fréquemment que les autres, et les dieux du paganisme cessent d'être représentés, sauf les abstractions comme la Victoire ^ A signaler les types suivants :
N" i5: Triumphator gentium Barbararum;ConstaintlsLUVé et vêtu du paludamentum, tient le labarum de la main droile et pose le pied sur une proue de navire ; la Victoire le couronne.
N' 12 : Buste de Constant avec la cuirasse ornée du chrisme.
N* 28 : Quatre enseignes avec le chrisme.
Sous Constance 11^ même alternance du signum ou du vexille ordinaire et du labarum. La fameuse légende i/oc signa Victor eris apparaît pour la première fois sur une médaille où Constant lauré, en habit militaire, tient d'une main le labarum et de l'autre le sceptre, tandis que la Victoire le couronne.
Sur les monnaies de Vétranion (35o), on ne trouve plus d'autre enseigne que le labarum ; sur celles de Magnence (35o~ 353), les signa ordinaires reparaissent quelquefois^; sur celles de Constance Galle (35i-354), on constate Talternance des enseignes anciennes et du labarum.
Julien (36o-363) restaure le paganisme ; sous son règne, plus de labarum ; rarement, du reste, des enseignes quelconques figurent sur ses monnaies^.
Avec Jovien prédomine encore une fois le labarum et apparaissent quelques types nouveaux ; ainsi l'empereur à cheval,
* Signa non chrétiens : n«» i, 10, 17, 44, 55, laS sq., 144 sq. Signa chrétiens : no* i5, 16, 25 sq., Sa, 116, i32, 141. Symbole chrétien sans enseigne : no la.
' Ainsi no 5o : Magnence tenant une aigle légionnaire.
3 N®* 1 et a de Cohen : trois signa prétoriens. N"* 5o et 71 : Julien tenant un veiille.
couronné par la Victoire, est précédé d'un prétorien portant le iabarum^
Sous Valenlinien P'^ (364-375), sous Vaiens et sous Procope (375-379), on trouve tantôt l'étendard ordinaire, tantôt le labarum, mais ce dernier est de beaucoup le plus fréquent*.
Les monnaies de Gratien (379-383) n'offrent pas d'autre enseigne que le labarum : celui-ci est, en même temps que Tétendard personnel de l'empereur, le symbole de sa toute-puissance. Ainsi sur un revers avec la légende Gloria Novi Saeculi^ Tempereur debout tient d'une main une Victoire sur un globe, et de l'autre le labarum surmonté d'une Victoire ; les deux déesses lui posent sur la tête une couronne qu'elles tiennent ensemble^. Maintes fois le labarum voisine avec l'antique emblème de la victoire sur un globe, et même avec celui plus païen encore de l'aigle*.
Avec Valentinien II (383-392), l'étendard simple se rencontre aussi fréquemment ou plus fréquemment que le labarum ; de même avec Théodose I" (379-395). D'ailleurs le monogramme du Christ apparaît de façons très diverses sur les monnaies de cette époque, il orne par exemple le bouclier que tient la Victoire, ou se dresse au-dessus d'une porte de camp flanquée de deux tours.
Sous Honorius (395-4^3) alternent l'étendard simple et le labarum ; l'empereur porte le sceptre surmonté tantôt de Taigle, tantôt du chrisme.
^ Adaptation des anciens types Advenlus Aug, — Coh., t. VIII, p. 76 et t. VI, p. 386.
* Voici quelques-uns des types les plus ordinaires : Valenlinien et Vaiens tiennent chacun un globe d'une main et de Tautre le labarum (Cohen, t. VIII, p. 88). — Valentinien, en paludamentum, tient le labarum d'une main et de Tau Ira un globe surmonté d'une Victoire (p. 89). — Valentinien tient d*une main un sceptre surmonté du chrisme et deTautre un globe avec une Victoire (p. 89). -» Types analogues avec un simple signum remplaçant le labarum et le sceptre au chrisme (p. 90), — Quatre enseignes avec la légende Sûlus RepU' blicae (p. 91).
» Coh., t. Vin, p. 127, n» la.
* /rf., p. i3o, n» 33.
Ainsi, sauf à de rares époques, les enseignes autres que le labarum continuent pendant tout le iv® siècle à figurer sur les monnaies. On constate seulement que les signa légionnaires ou prétoriens se font de plus en plus rares et cèdent la place soit à un vexille quelconque, soit à l'étendard chrétien tenu ordinairement par Tempereur lui-même. Quant à la croix proprement dite se substituant aux enseignes, elle apparaît vers le tiers du v^ siècle. Sous Valentinien III (425-455), on trouve la Victoire tenant une simple croix ou un globe surmonté du même symbole ou enfin une longue croix aussi haute qu'elle ; de même Rome assise porte d'une main le sceptre et de Tautre le globe crucifère; Valentinien, en habit consulaire, avec un diadème surmonté d'une croix, présente la main à une figure agenouillée et tient un sceptre terminé lui aussi par une croix ; ou ien Tempereur, appuyé sur une longue croix comme sur une enseigne, pose le pied sur un serpent à tête humaine. Tous ces symboles, et la croix dans une couronne de laurier, et la croix simple, seul ornement du revers, avec la légende Salus Mundi, détrônent définitivement Tantique enseigne et le labarum lui-même. On ne rencontre plus guère qu'eux sur les monnaies d'Avilus, de Majorien, d'Olybrius, de Julius Nepos et de Romulus Augustule. La croix triomphe alors, mais c'en est fini depuis longtemps de Rome et de l'histoire des signa, car les enseignes romaines disparurent, peut-on dire, de la scène du monde ou n'y jouèrent plus qu'un rôle insignifiant à partir de la nuit du 23 au 24 août 410, lorsque Alaric, le chefVisigoth, viola Home, la Roma Invicia Aeterna^ dont l'effigie de vierge guerrière était gravée sur les médailles, et lorsque les hordes barbares saccagèrent l'aire magnifique d'où s'étaient envolées pendant onze cents ans, pour conquérir l'univers, les aigles romaines.