Culture du Chasselas a Thomery
La pensée de publier quelque jour un petit livre sur la culture du chasselas était si loin de nous que nous n'avons fait à personne mystère de nos procédés. Nous avons été prodigue de notes et de renseignements, dans l'espoir que parmi nos visiteurs et nos amis, quelque plume mieux exercée que la nôtre se chargerait d'un travail spécial qui nous est demandé depuis bien longtemps. Nous n avons pas été tout à fait déçu dans notre attente; cependant les notices consacrées à diverses reprises et par divers auteurs à notre spécialité n'ont été ni aussi complètes ni aussi rigoureusement exactes qu'on aurait pu le désirer. Nous le regrettons, car les lacunes et les inexactitudes que le public y a remarquées nous créent ime obligation à laquelle nous aurions bien voulu échapper, celle de reprendre une besogne qui ne s'accorde guère avec les nécessités de notre pratique journalière.
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% AVANT-PROJfOS.
Cette déclaration^ qui nest point lexpressiou hypocrite d*UDe fausse modestie, nous assurera^ espéron&-le, riudulgence de nos lecteurs. Nous avons qualité, sans doute, pour traiter de la culture du chasselas, puisque Thomery la doit a un de nos aïeux et qu'elle nous a valu, à nous personnellement, les distinctions les plus flatteuses ; mais ici il ne s'agit pas de bien &ire, il s'agit de bien dire, et le cas devient embarrassant pour quiconque n'est point écrivain de profession. Nous ne connaissons qu'un moyen de racheter Tinexpérience de notre plume, c'est d'exposer ce que nous savons avec simplicité et sincérité. Nous commencerons par la culture en plein air, nous terminerons par la culluie forcée.
Thomery, leptenibre IS62.
CULTIRE DU CHASSELAS
PREMIEKË PARTIE
Historique. — Au commencement du dix-huitième sièclei la culture du chasselas était inconnue à Tho* mery; on ne la pratiquait qu'au jardin de Fontainebleau, pour les agréments de la cour, non pour les besofna du oonunerce. Les treilles de cette résidence royale jouissaient nécessairement d'une réputation méritée, réputation qui devait éveiller tôt ou tard Tattention des amateurs. Mon bisaïeul François Cfaanneux eut, le premier, l'idée de se procurer du plant de Fontmnebleau et d'établir un espalier de chàsselas en 1730. Pour cela, il dut solliciter une autorisation et il ne l'obtint que sous la condition expresse de laisser au milieu du mur une porte ouverte en tout temps, pour la facilité des chasses du roi. Depuis, cette porte a été murée, mais on en retrouve encore les traces sous le crépi de la muraille.
Ce premier espalier donna de bous et beaux produits qui se vendirent bien. Mon bisaïeul, encouragé
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par le succès^ lit construire de nouveaux murs, el, au bout de «X années environ, il eut quelques imitateurs dans la localité, mais ce ne fut réellement qu'à partir de iSûO que la nouvelle culture prit une rapide et large extension. Dans le principe, la conduite des vignes en cordons laissait beaucoup à désirer; mon grand-père y apporta d'utiles améliorations, et, plus tard, mon père réalisa des progrès trop tôt interrom* pus par la mort, et nous fit promettre, à nous encore enfant, de continuer l'œuvre si heureasement commencée. Nous fîmes la promesse et croyons l'avoir tenue convenablement.
Soi et ezpoaltloii. — Thomery appartenait jadis à rilc de France ; il fait aujourd'hui partie du département de Seine-et-Marne, et occupe une charmante situation à 6 Itilomètres est de Fontainebleau. On rapporte le nom de Thomery à un mot de Henri IV, qui avait» en face de ce village, une gracieuse résidence appelée le Château des pressoirs du roi^ et qui, des hauteurs de ce domaine, aurait dit un jour: Ici tout me rit. Voilà Tétymologie populaire ; nous la donnons comme très-vraisemblable et sans y attacher plus d'importance qu'elle n'en mérite.
Notre village, dont la réputation est plus qu'Euro-» péenne, — nous le disons avec un juste sentiment de fierté, — est assis sur le revers septentrional d'un vallon, abrité au nord par la montagne des Pressoirs du roi et par le coteau de Champagne, et à l'ouest par la forêt de Fontainebleau. La Seine passe au pied du village et ajoute aux agréments du paysage.
GOHNAISSllICES ESSENTIELLES AUX YIT1CCLTKDRS. 5
La commune de Thomery comprend, outre le cheflieo, trois bmieaux ou écarts qui sont : By, Montforts
et Effondré. La culture de la vigne s'étend dans toutes ces localités, depuis Effondré jusqu'à By, mais la meilleure exposition est sans contredit celle du chef-lieu communal, à savoir l'exposition du sud-est. fians les hameaux qui regardent directement le sud^ on conserve le raisin à la treille moins longtemps qu'à Thomery, mais ceci n'attaque en rien sa qualité.
A Thomery, le sol est de nature sablo-argîleuse, avec mélange de cailloux dans la partie rapprochée de la rivière. En tout temps, ce sol est facile à travailler. Près de hi Seine, il manque de prolondeur, en sorte qu'avant de le soumettre a la culture, il est nécessaire de le défoncer pour ouvrir le sous-sol caillouteux. Partout ailleurs, la couche végétale mesure une épaisseur de i^fiO à 2 mètres. Cette couche repose sur une argile rougeâtre, de même épaisseur qu*ellc environ, et sous celte argile, la pierre à bâtir constitue des roches brisées ou pleines de fissures. Cette pierre à bâtir est d'une extraction facile.
Les raisins mûrissent quinze jours plus tôt dans les parties caillouteuses que dans les parties profondes et riches.
Nos ancêtres ont remarqué, comme nos contemporains, que le territoire de Thomery n'avait que pen on point à souffrir des orages ; ils attribuent ce résultat au voisinage de la forêt de Fontaineblean et de Champagne.
Variétés de vigne coltiTéea, origine et deacrip-
• GULTURK DU GUASSELAS.
tion des cépages. — Les cultivateurs de Thooery ne s'attachent réellemeat qu'à deux vaiiélés ou cépages qui sont : le chasselas doré de Fontainebleau, en première lignei et, en seconde ligne, le frankeDthal. Ce ne sont pas assurément les seules variétés dignes d'être cultivées ; mais ce sont les seules demandées par les consommateurs parisiens, au moins jusqu'à ce jour. Il faut espérer que d'autres cépages très-recommandables en réalité, quoique peu connus, auront leur tour de succès, et c'est dans cet espoir que nous nous faisons un devoir de les multiplier dans notre établissement. Nos cépages les plus méritants à divers titres, sont les suivants :
1 . Chasselas doré, dit de Fontainebleau, — Il provient des treilles de Fontainebleau, et on le croit originaire de Cabors ou du Piémont. Son bois est rongeftire, sa feuille d'un vert gai en dessus, non duveteuse en dessous et assez profondément découpée. La longueur ordinaire des entre-nceuds est de 8 centimètres.
Nous cultivons également une variété de chasselas ou mieux une sou»»variété qui a les feuilles blondes et dont les grains se colorent moins bien que ceux de la précédente. Kiie n'en est pas moins de très-bonne qualité.
2. FrankenthaL — Cette variété parut, pour la première fois, chez les amateurs de Thomery, vers 1839 ou 1840. On l'admit d'abord pour la beauté de ses grappes, puis pour son rapport dès que Ton reconnut que la vente en devoMÛt fiMÛle et lucrative. Sa culture sur une grande échelle ne date réellement
chez nous que de 1850. Nous constatons qu'elle gagne chaque joar. du terrain.
Il y a deux sortes de Frankenthal : Tune à feuilles rougeâtres et Tautre à feuilles d'un vert blond. Cette dernière est préférable à la première quant au produit et à la beauté du raisin.
3. Cha$sela$ rote royal. — Il est croquant comme le chasselas doré ; il en a la saveur et exactement les mêmes caractères, à l'exception d'un seul que voici : au lieu de se dorer en mûrissant^ il prend une ooulrar rose. C'est une délicieuse variété qui n'attend que l'occasion de s'étendre, c'est-à-dire un débouché avantageux.
4. Chasselas violet ou Tokny des jardins. — Au moment de la pousse, le bois, la feuille et la grappe ont une teinte violacée. Vers l'époque de la maturité, la couleur violacée devient grisâtre momentanément ; pnis le gris disparait et le violet se rétablit sous* une riche nuance. Ce cépage est très-fertile, son grain est croquant et délicieux, sa grappe est belle et de bonne garde.
5. Chasselas Napoléon. — Son feuillage ressemble à eelui du chasselas doré; sa grappe est forte, à grains écartés, oblongs, blancs, faiblement ambrés et d'une pulpe plus serrée que dans le chasselas ordinaire. £n plein air, ce cépage est sujet i la coulai^ mais en serre chaude ou tempérée , il se comporte admirablement.
6. Chasselas de Florence, — Le grain un peu oblong de oeloi-ci est excellent et se rapproche du chasselas doré.
8 GOLlUAfi DU GHASSSUkS.
7. Chasselas musqué, — Cépage très-fertile^ blanc, légèrement musqué, et réunissant une grande partie des caractères du chasselas de Fontainebleau.
8. Chasselas bordelais ou boudalais, — Cépage noir, trë8*fertile, a grains oblongg» de quinze jours en retard sur le précédent, mais de bonne garde.
9. Bamiourg doré, — Cépage assez tardif en espalier, mais excellent pour le forçage. Ses grains oblongs sont d'un blanc ambré.
10. Chamloi Viàert. — Variété peu vigoureuse, précoce, à grains blancs, ronds et gros.
11. Chasselas Duhamel, — Variété très- voisine de la précédente, ayant à peu près les mômes qualités, mais à feuillage plus découpé. Le chasselas Duhamel et le chasselas Vibert se rapprochent du gros couiard ; cependant leurs grains sont moins forts que ch^ ce dernier.
iâ. Chasselat rose de Falloux, — Ce cépage a les feuilles du chasselas ordinaire ; il est très-fertile. Son
grain, de couleur rose tendre groseille, est plus gros que celui du chasselas rose royal. Il se recommande par sa précocité et sa bonté.
13. Chasselas à feuilles laciniées. — Variété blanche, ne différant du chasselas ordinaire que par ses feuilles.
14. Blanc de Pagès. — Grosse grappe, grain obiong et cassant; race hâtive.
15. Cornichon blanc, — Grain allongé, un peu crodiu, bon, tardif.